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African Banker

Dhafer Saïdane pointe les grands défis des banquiers

En effet les acteurs de l’offre et de la demande de crédit ne parlent pas le même langage du fait de trois problèmes essentiels : les modalités de mesure et d’évaluation du risque par les prêteurs ne sont pas efficaces et adaptées ; les entrepre­neurs ne sont pas aux standards bancaires ; l’instabilité juridique et l’indiscipline fiscale sont patentes.

Ensuite, les banques préfèrent les clients « de longue date » et pratiquent la politique de « premier dépôt ». Ce qui constitue une barrière pour les TPE-PME sans antécédents de crédits et sous-capitalisées. À ces zones d’ombre s’ajoute la question : quelle dimension de l’entreprise faut-il financer ? Dettes, capitaux, affacturage, fournisseurs, besoin en fonds de roulement, trésorerie, charges sociales ?..

Face à ce défi de la gestion des risques « africains », les banques en Afrique n’ont pas trop le choix. Elles sont coincées entre leur rôle macroéconomique qui consiste à intervenir dans le financement des entre­prises grandes et petites. Elles doivent aussi faire face à des défis de taille, notamment la concurrence des banques à capitaux étrangers et à l’arrivée de la banque digitale et des opérateurs mobiles.

Cette finance devrait être au service d’une population dont 72 % des jeunes sont attirés par l’entreprenariat. Ces TPE pourraient jouer un rôle important dans l’économie. Hélas en Afrique, la PME a du mal à accéder au financement. Seules 23 % d’entre elles bénéficient de prêts bancaires.

Il y aurait une autre façon d’approcher la problématique de la dette. Elle consiste à ouvrir le marché des capitaux aux TPE-PME via la titrisation. Mais encore faut-il qu’il y ait déjà un marché financier et une définition claire de ce qu’est l’entre­prise africaine.

Mimétisme réglementaire

En effet, lorsqu’on s’intéresse au financement de l’entreprise africaine et au marché financier, la première question qui vient à l’esprit est qu’est-ce qu’une entreprise Africaine ? Qu’est ce qui la différencie des autres entreprises ? Quelles sont les difficultés que rencontrent les créateurs d’entreprises ? Pourquoi les entreprises souffrent-elles ? Les délais de création sont longs et lents par rapport au reste du monde et le risque-pays inquiète souvent les investisseurs étrangers. À cela se rajoutent les coûts et les délais, variables selon le type d’entreprise.

Le financement de l’économie par les banques n’est pas un problème en soi. Mais il est ralenti car l’Afrique a mis en oeuvre une réglementation inspirée de celle des pays avancés (Bâle 2 et 3), ce qui a créé un problème d’impact sur le financement des entreprises. Cet impact n’a pas été chiffré par les autorités. Pour résoudre ce problème, il faut trouver le bon calibrage dans le degré d’intermédiation du financement des entreprises. Les banques ne peuvent pas satisfaire les besoins de financement de toutes les entreprises. Pour cela il faut créer d’autres sources de financement, et notamment aider à l’émergence des marchés financiers.

La formation des cadres bancaires africains doit s’adapter en continu à ces défis, surtout avec l’apparition de nouvelles spécialités et d’innovations comme la digitalisation des services bancaires et financiers. Mais aussi le passage de Bâle 2 à Bâle 3 qui impose des adaptations constantes et des formations en phase avec ces nouveaux instruments.

Des banques pressées qui brûlent des étapes ?

La banque est en train d’animer un nouvel écosystème. Dans cette phase de fougue juvénile, elle sera conduite à revoir son business model basé sur l’innovation et la technologie et intégrer une gamme complète de services financiers digitaux.

Sur certaines questions, l’Afrique a pu gagner du temps par rapport aux autres pays qui l’ont précédée, notamment en passant directement au réseau de téléphonie mobile sans passer par le développement coûteux de réseaux de téléphonie fixe.

De ce point de vue, les cinq étapes de la croissance économique établies en 1960 par l’économiste américain Walt Rostow n’auraient-elles pas été brûlées par les banques africaines passant directement de « la société traditionnelle » à « l’âge de la consommation de masse » laissant de côté « les conditions au décollage », « le décollage » et la « maturité » ?

Mais l’enjeu qui reste posé en Afrique est celui de la formation car on risque très vite de buter sur des limites techniques.

L’environnement de la banque africaine est aujourd’hui le mobile, il constitue une technologie de rupture pour la banque et le marché bancaire. Cette dynamique techno­logique est en mouvement. La banque entre dans une ère d’opportunités et doit se réinventer puisque l’innovation est devenue incontournable face aux Fintechs qui arrivent à concurrencer la banque. En effet, les GAFA envisagent d’offrir et de contrôler les fonctions de paiement.

En Afrique, se constitue donc un nouveau marché de masse dans le domaine de la formation digitale. Tout le monde est au courant que le mobile peut gérer l’argent ! Mais il faut instaurer une inclusion financière puisque le potentiel de bancarisation reste important. La techno­logie pourrait aider à atteindre cet objectif.

Les questions qui fâchent ou l’angle mort de la finance

Un des problèmes souvent éludé en Afrique est le nombre très important de banques. Une restructuration s’impose. Tandis qu’ il importe de trouver d’autres sources de financement (fonds de capital investissement, ou des fonds de liquidité).

L’autre question qui fâche : l’Afrique a-t-elle besoin d’un marché boursier ? À ce stade de l’histoire de sa finance, l’Afrique peut-elle améliorer la crédibilité de son marché financier ? Alors, il conviendrait de pousser les entreprises de grande taille à aller en Bourse pour se financer, afin de laisser les PME accéder au crédit.

À cela se rajoutent les questions éludées : quelles sont les bonnes règles de gouvernance d’entreprises ? Quelles sont les frontières entre l’informel et le formel ? Comment former les promoteurs aux bases de la gestion des entreprises ? Certes pour faire face au déficit d’application de la réglementation, les autorités créent des tribunaux de commerce et des cours d’arbitrage pour traiter les conflits entre banquier et emprunteur en particulier. Ils constituent un énorme progrès, mais des problèmes aussi basiques que ceux des garanties cadastrales restent posés. Autant dire qu’aujourd’hui être banquier en Afrique n’est pas une mission de tout repos. 

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Written by African Banker

C'est le seul magazine dédié au secteur bancaire et financier en Afrique. Deux éditions en français et en anglais couvrent la totalité du continent. African Banker est un réel outil de travail pour tout les acteurs de ce secteur. Le monde bancaire et financier connaît une croissance et une concurrence de plus en plus fortes et joue un rôle essentiel dans le développement économique de l’Afrique.

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