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African Banker

De nouvelles solutions pour les PME

La microfinance permet aux petites et moyennes entreprises de trouver des financements. Pourtant, la rencontre entre la demande et l’offre de crédit n’est pas toujours optimale.

Par Estelle Brack

Lors du Forum Convergences de 2015 à Paris, Ibrahima Diouf, directeur des PME au ministère des Mines du Sénégal, avait cartographié précisément les entreprises en Uemoa. Quatre grands groupes homogènes peuvent être ainsi identifiés :

  • La petite entreprise individuelle représente aujourd’hui 20 % du marché dans les pays de la sous-région.
  • La petite entreprise artisanale représente 35 % du marché. Ce groupe homogène s’adresse exclusivement à la microfinance, il polarise 55 % de ses besoins de financement.
  • La petite entreprise émergente représente 25 % du marché, segment qui intéresse à la fois les banques et les institutions de microfinance.
  • La PME structurée, avec une taille critique, a un potentiel de crois­sance avéré, elle représente 20 % de la demande et s’adresse exclu­sivement au secteur bancaire. Le financement des PME s’opère par le crédit interentreprises, qui est la première source de financement. Moins du tiers des besoins des PME sont satisfaits par le secteur bancaire. Les IMF (institutions de micro­finance) couvrent moins de 60 % des besoins. « Quand on compare les besoins de financement exprimés par les PME et les besoins satisfaits, poursuit Ibrahima Diouf, on note que : les besoins compris entre 1 et 30 millions de F.CFA ne sont satis­faits qu’à hauteur de 2,5 millions, les besoins compris entre 1 et 40 millions de F.CFA ne sont satisfaits qu’à hauteur de 5 millions, les besoins compris entre 40 et 100 millions de F.CFA ne sont satisfaits qu’à hauteur de 15 millions, au-delà de 100 millions de F.CFA, les besoins ne sont satisfaits qu’à hauteur de 45 millions. Rapporté aux besoins totaux de financement des PME, le manque est de 500 milliards. »

En effet, la microfinance a montré qu’elle pouvait résoudre le problème de l’accès au crédit pour les entrepreneurs aux plus petits besoins, mais beaucoup de PME sont à la fois trop grosses pour les capacités limitées des IMF et trop petites pour faire face aux exigences des banques traditionnelles. Les micro-entreprises urbaines, auxquelles s’adresse la microfinance,

peuvent bénéficier de prêts qui atteignent 300-400 euros pour les crédits solidaires, et 1 000-2 000 euros en général. Certaines IMF essayent de financer des montants plus importants, en particulier certains de leurs clients qui ont grandi, ou des entreprises de taille supérieure.

De plus, dans la zone Uemoa, comme à Madagascar ou au Cameroun, certaines institutions ont développé un guichet dédié avec un crédit qui peut atteindre 10 000, voire 30 000 euros. La difficulté est bien de pouvoir traiter du cas par cas et d’appréhender le poten­tiel de croissance des petites entreprises. De leur côté, les banques financent des projets à partir de 1 million d’euros, c’est donc entre les deux que se trouvent les besoins aujourd’hui mal satisfaits.

Pallier la méfiance des entreprises

L’AFD a développé un cadre stratégique pour encourager et soutenir cette dynamique privée. Pour Marc Dubernet, responsable du programme Ariz, « ce cadre stratégique repose sur un triptyque qui consiste à traiter d’une manière aussi attentive le volet offre de financement c’est-à-dire le secteur financier (les institutions de microfinance, les banques), le volet acteur, la demande de financement, l’entreprise ». Il s’agit d’identifier comment on peut l’aider à se structurer pour être en état d’accéder au financement.

D’autre part, des institutions qui octroyaient des microcrédits à des clients localisés en Afrique se sont intéressées depuis une dizaine d’années au fi nancement des PME en cher- chant à renforcer leur impact en milieu rural et agricole. Pour Catherine Bellin-Sculz, de Solidarité internationale pour le développement et l’investissement (SIDI), « on s’est rendu compte qu’il n’était pas si facile pour les institutions de microfinance de financer des productions agricoles ; elles ont tendance à financer des crédits d’embouche, du petit maraîchage, mais très peu d’investissement agricole. On s’est donc tourné vers une autre catégorie d’acteurs qui sont les organisations de producteurs. Ces organisations qui appartiennent aux producteurs, créent des services pour leurs membres, comme des services de transformation de produits agricoles en produits alimentaires, des services d’octroi de crédits… Plutôt que de financer des institutions de micro- finance, la SIDI a décidé de financer aussi des organisations de producteurs ou de mettre en relation ces organisations de producteurs avec des IMF. On s’est rendu compte qu’il y avait une autre catégorie d’acteurs très importante en milieu rural, celle des entrepreneurs ruraux sociaux qui eux justement cherchent à mettre en lien des producteurs avec le marché. » Une des difficultés souvent citées dans la rencontre entre entrepreneurs et banquiers est une méfiance vis-à-vis des petites entreprises. Lesquelles pâtissent de la faiblesse des fonds propres, du manque d’expertise et de capacité financière en matière d’information et de reporting. Ce sont des éléments liés surtout à la faiblesse de la formation concrète en entrepreneuriat sur le sol africain, de même qu’en éducation financière. Il en va ainsi des notions de base de la gestion financière et comptable d’une entreprise, aussi petite soit-elle, associée à la connaissance des services financiers qui peuvent opportunément accompagner son activité, voire de la fiscalité applicable à l’entreprise formelle. Les petites entreprises ont du mal à donner une information financière fi able ; il convient de les accompagner pour mettre en place des systèmes d’information. Des consultants locaux, tout à fait compétents, peuvent les accompagner, mais les petites entreprises ont parfois du mal à pouvoir financer cette expertise. Aider une entreprise à structurer sa force de vente demande aussi un savoir-faire, qui n’est pas encore très répandu en Afrique de l’Ouest. Au-delà du commercial, le marketing semble être un sujet sur lequel les compétences ne sont pas très courantes, tant chez les entrepreneurs que du côté des consultants.

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Written by African Banker

C'est le seul magazine dédié au secteur bancaire et financier en Afrique. Deux éditions en français et en anglais couvrent la totalité du continent. African Banker est un réel outil de travail pour tout les acteurs de ce secteur. Le monde bancaire et financier connaît une croissance et une concurrence de plus en plus fortes et joue un rôle essentiel dans le développement économique de l’Afrique.

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