Close
Avez-vous trouvé cet article intéressant?

African Business

Côte d’Ivoire : Nialé Kaba, ministre du Plan et du développement

Dans un pays en quête de visibilité pour les investisseurs nationaux et internationaux, le ministère du Plan et du développement joue un rôle majeur. Économiste réputée, Nialé Kaba développe sa vision.

Interview réalisée par JO, envoyé spécial en Côte d’Ivoire

Quel bilan partiel pouvez-vous présenter depuis que vous êtes aux affaires ?

Nous sommes chargés de la mise en oeuvre de la politique du gouvernement en matière de planification et de programmation du développement économique, social et culturel à moyen et long terme.

Depuis mon arrivée en janvier 2016, nous avons pris l’engagement de poursuivre les importants chantiers devant conduire notre pays à l’émergence, à l’horizon 2020, selon la vision du président de la République.

Pour Nialé Kaba, ministre du Plan et du développement, le secteur privé est au coeur de l’émergence…

Le groupe consultatif pour le financement du Plan national de développement (PND) 2016-2020 a permis des intentions de financement bien au-delà des attentes. Abidjan a abrité deux grandes rencontres internationales durant «La semaine de l’émergence»: la Conférence internationale sur l’émergence de l’Afrique (CIEA 2017) et le Forum des marchés émergents 2017.

À ce jour, où en est le Plan national de développement ?

Pour 2016, le montant total des investissements s’est établi à 4 453,8 milliards de F.CFA (6,79 milliards d’euros) contre une prévision initiale du PND de 4 277,1 milliards, soit un taux de réalisation de 104 %. Ce montant se décompose ainsi : 2 979,9 milliards d’investissements privés (66,9 %) et 1 473,9 milliards d’investissements publics (33,1 %). Ce qui prouve une fois de plus le rôle central accordé au secteur privé dans la marche de notre pays vers l’émergence.

Cette hausse des investissements privés reflète les efforts du gouvernement en matière d’amélioration de l’environnement des affaires, notamment de la simpli­fication des procédures de création d’entreprises, la bonne gouvernance et la lutte contre la corruption. Ces investissements sont orientés majoritairement vers les secteurs des BTP, de la télécommunication (17 %), de l’agroalimentaire ou agro-industrie (15 %), du transport (14 %) et de l’industrie chimique (8 %).

Quant aux investissements publics, ils ont permis à l’État de réaliser plusieurs grands projets majoritai­rement dans les domaines des infrastructures écono­miques (26,3 %), de l’éducation-formation (9 %), l’agriculture (8,4 %), la santé (7,2 %) et l’énergie (6,7 %).

Et qu’en est-il de l’état de développement des infrastructures ?

Le bitumage de 1 122 km de routes neuves est en cours. Plusieurs projets dont les financements sont acquis sont en phase de démarrage. Il s’agit de la construction de 37 km d’autoroutes, de l’échangeur de l’amitié ivoiro-japonaise (Solibra), du quatrième pont reliant Yopougon-Attécoubé et des voies d’accès, des échangeurs Orca et Palmeraie sur le boulevard François- Mitterrand…

Dans le cadre de la réalisation du vaste projet de Train urbain d’Abidjan, une convention de concession a été signée entre la Côte d’Ivoire et le consortium de sociétés pour la ligne de Métro 1. La réhabilitation et exploitation de l’axe ferroviaire Abidjan-Ouagadougou- Kaya a fait l’objet d’une signature de protocole avec le Groupe Sitarail.

Au niveau de l’accès à l’eau potable, sur la période 2012-2016, les nouvelles réalisations ont permis, au total de construire 42 HVA (hydraulique villageoise améliorée) et 6 000 pompes villageoises réhabilitées. La fin des travaux de l’AEP d’Abidjan à partir de Bonoua renforcera la couverture des besoins en eau potable. Le taux de couverture des infrastructures s’est ainsi amélioré, passant de 53 % en 2015 à 57 % en 2016 et la proportion de la population ayant accès de façon durable à une source d’eau potable est passée sur la période 2012-2016 de 78 % à 80 %.

Tenez-vous compte des PME et PMI dans votre stratégie ?

Bien entendu ! Le soutien au développement des PME est un axe important d’appui du gouvernement. Nous renforçons le cadre juridique, fiscal et prudentiel en matière de financement des PME ; la mise en oeuvre d’un programme d’appui à l’innovation ; et les liens entre entreprises et universités en matière de recherche et développement.

En outre, la promotion du contenu local constitue un des axes d’intervention du gouvernement, ce qui assurera un meilleur transfert de compétences ; et une plus forte utilisation de facteurs de production locaux comme la main-d’oeuvre et les matériaux. Aussi, est-il recommandé aux multinationales ou aux grandes entreprises qui remportent les appels d’offres émis par l’État, d’accorder au moins 30 % de leur sous-traitance à des PME locales.

Après le dernier Recensement général de la population en 2014, quelles sont les futures étapes ?

Les résultats préliminaires du Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH) achevé en juin 2014, ont fait l’objet d’une rapide communication. Et les résultats définitifs ont été rendus disponibles dès juin 2015. À cet égard, il est bon de rappeler que la Côte d’Ivoire est l’un des rares pays ayant publié les résultats d’un tel recensement en l’espace d’un an !

Le RGPH étant un long processus dont les premiers résultats sont les résultats globaux ; il s’est poursuivi avec la production des principaux indicateurs (par région et département) de développement sur l’éducation, l’alpha­bétisation, la fécondité, la mortalité, l’urbanisation, les conditions de vie des ménages… Les enquêtes étant décennales, il est bon que les données soient actualisées à mi-parcours en 2019. Nous recherchons le financement d’une enquête démographique par sondage.

Abordons la situation de la lutte contre le chômage et la pauvreté…

Le niveau de pauvreté a connu une inflexion, passant de 48,9 % en 2008 à 46,3 % en 2015. Il n’était que de 38,4 % en 2002 avant la crise politico-militaire. Depuis 2015, l’Uemoa a engagé ses membres dans un vaste chantier d’harmonisation et de modernisation des enquêtes sur les conditions de vie des ménages. Ce programme qui bénéficie de l’appui technique et finan­cier de la Banque mondiale, permettra à chaque pays de produire des statistiques sur la pauvreté et les conditions de vie des ménages en toute transparence et de façon concertée en 2018 et en 2021.

Les dépenses en faveur des populations pauvres ont presque doublé entre 2012 et 2016 passant ainsi de 1 080,3 milliards de F.CFA en 2012 (1,65 milliard d’euros) à 1998,5 milliards de F.CFA en 2016 (3,05 milliards). Soit une hausse de 85 % sur la période. Les mesures spécifiques ont concerné principalement la mise en oeuvre du programme de filets sociaux productif ainsi que le déploiement du système de Couverture maladie universelle.

Related Posts