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African Business

Côte d’Ivoire : Le ministre Jean-Louis Billon s’exprime…

Naguère ministre du Commerce, entrepreneur actuellement, Jean-Louis Billon considère que la croissance doit être davantage stimulée. Il juge que la Côte d’Ivoire doit poursuivre ses efforts en faveur des entreprises, notamment des PME.

Interview réalisée par JO, envoyé spécial en Côte d’Ivoire

Comment allez-vous depuis votre départ du gouvernement, en janvier 2017 ?

Comme vous le constatez, je me porte bien ! Sur le plan politique, je suis actif, puisque je suis au secré­tariat général du PDCI-RDA dont je suis également porte-parole. Donc je reste audible. Et puis, s’il y a bien un domaine où il n’y a pas de has been, c’est bien la politique…

Au gouvernement, vous aviez lancé le projet Phoenix qui visait la création de 600 000 emplois et le passage de 50 000 à 120 000 PME. Quel bilan en tirez-vous ?

Le projet Phoenix ne m’appartient pas. Il a été conçu par des spécialistes avec pour objectif la promotion et la création des PME, secteur le plus fragile de notre économie. La gestion de l’État étant une continuité, le projet continue ! Ce que je peux dire, c’est qu’il faudra le déployer un peu plus rapidement, car il semble lourd et lent. Mon expérience au gouvernement m’a montré combien les choses étaient lentes à démarrer au niveau de l’État.

Pour le ministre Jean-Louis Billon, voici pourquoi il faut aider les PME

Face à l’écart entre l’essor démographique et la création actuelle d’emplois en Afrique, seule une politique en faveur des PME peut apporter une réponse. La Côte d’Ivoire n’y échappe pas. Nous sommes l’exemple même de ce qui se passe sur le continent. Soit on arrive à apporter une réponse aux préoccupations de cette jeunesse, soit on court un risque social important, comme en témoigne déjà le nombre de jeunes qui veulent s’expatrier.

Concrètement, pouvez-vous dresser un bilan de la période où vous étiez ministre du Commerce, de l’artisanat et de la promotion des PME ?

Nous avons promulgué la loi sur les PME. Elle apporte aux entreprises des avantages sur le plan des marchés publics où un pourcentage minimum du marché leur est réservé lors d’un appel d’offres. Le paiement des factures des PME ne doit pas excéder 90 jours. Des améliorations ont été apportées en leur faveur sur le plan fiscal.

Toutes ces mesures n’ont de sens que si elles sont appliquées. Le fait est que dans la pratique, nombreuses sont les PME qui continuent à ne pas avoir accès aux financements, aux marchés et qui sont payées en retard. Là effectivement, je ne peux que constater le problème et interpeller le gouvernement sur ce sujet central.

Permettre aux PME d’avoir du souffle accentue-t-il leur professionnalisme ?

Dans tous les secteurs, les TPE, les entreprises artisa­nales et industrielles ont des difficultés de financement, de structuration, de formation, de capacité d’adapta­tion.

Servir son pays et le plus grand nombre est grati­fiant. Je retiens que beaucoup de personnes entrent en politique davantage par carriérisme que pour servir l’intérêt général. C’est un constat et en même temps un regret ! Ceux que j’ai servis, que ce soit les artisans, les PME, les commerçants, vous diront que je suis resté juste et droit.

Donc, toute cette attention qu’on leur porte va permettre à la plupart d’être plus solides sur le marché local et à d’autres d’être plus compétitives sur le marché international.

Pourquoi en arrive-t-on à une situation où les PME déjà fragiles ne sont pas payées à temps par leur principal client qui est l’État ? Le poids des mauvaises habitudes ?

Sans doute… Il faut dénoncer les problèmes de gouvernance. Les structures de l’État reçoivent elles-mêmes leur budget en retard, elles vont alors exécuter les marchés en retard… donc tout cela forme une chaîne ! Ce n’est pas la peine d’accepter plus de marchés qu’on ne peut payer ! Sinon on se disperse et après on ne peut pas faire face et on fait souffrir les entreprises.

Quel avenir voyez-vous pour SIFCA que vous dirigiez jusqu’en 2012 ?

La bataille est quotidienne pour que l’entreprise vive et qu’elle poursuive sa croissance. La SIFCA développe d’autres marchés au Liberia, au Nigeria, au Ghana et en France. L’idée est de consolider notre position et d’accroître notre efficacité et notre capacité de transfor­mation des matières premières.

Pensez-vous que vos prises de position publiques ont pu jouer sur l’image de la SIFCA ?

Mes prises de position sont celles d’un acteur économique qui a été pendant dix ans président de la Chambre de commerce et d’industrie. Qui vit au quoti­dien le climat des affaires dans lequel il évolue et qui ne peut qu’être critique pour que ce climat des affaires s’améliore !

Le monde économique doit rester dynamique. Quand les entreprises font face à des tracasseries ou à des lois rétrogrades par rapport à ce qui se fait ailleurs, il faut le dire haut et fort.

C’est pourquoi vous vous opposez aux monopoles. On se souvient de votre intervention dans l’affaire du terminal à conteneurs octroyé au groupe Bolloré.

Par principe, je suis contre les monopoles. Tout le monde doit être contre les monopoles ! L’Union européenne, les États-Unis, les pays organisés et la Côte d’Ivoire ont des lois anti-trust. On ne peut pas avoir nos propres règles et les piétiner ! Je vous ai parlé de la problématique de l’emploi dans les années à venir ; un monopole ne peut pas apporter de réponse. Tout simplement, parce qu’il faut de la concurrence. Le monde politique veut le multipartisme et ne peut se satisfaire d’un seul acteur économique ! J’ai eu le courage de dire ce que je pensais. Certains pensaient la même chose comme moi, mais se sont tus ! Je pense qu’on est plus coupable quand on se tait que quand on dit la vérité.

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