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Politique

Côte d’Ivoire : Affi N’Guessan, président du FPI

L’ancien Premier ministre Affi N’Guessan poursuit la phase de reconstruction du Front populaire ivoirien, principale force d’opposition. Il plaide pour un dialogue national constructif et une économie sociale de marché.

Interview réalisée par JO, envoyé spécial en Côte d’Ivoire

Comment voyez-vous le pays ?

Je le vois confronté à d’importants défis et problèmes. Comment faire pour que le pays retrouve la paix, la stabilité et la démocratie ? Comment faire pour libérer les prisonniers politiques, assurer le retour des exilés et que les principes démocratiques guident l’action publique ? Notre responsabilité est de travailler à résoudre tous ces problèmes. Et ce n’est pas simple !

Que devient le Front populaire ivoirien presque dix ans après avoir perdu pouvoir ?

Nous sommes dans l’opposition et la nature de nos responsabilités n’a pas changé. Comment faire pour que la sortie de crise de la Côte d’Ivoire soit définitive et totale ? C’est un défi qui incombe à la fois au pouvoir et à l’oppo­sition. Nous avons le devoir de veiller à ce que le pouvoir pose les actes nécessaires au retour à la paix définitive.

Pour Pascal Affi N’Guessan, président du Front populaire ivoirien : « Le FPI sera prêt pour l’alternance ».

En conséquence, nous communiquons, nous émettons des propositions et nous nous battons pour essayer de les faire avancer. C’est cela aussi notre respon­sabilité : être un contre-pouvoir en assurant un contrôle permanent de l’action gouvernementale et en dénonçant les insuffisances, les dérives. Nous le faisons que ce soit sur le plan de la gouvernance économique, sur le plan de la corruption, sur les investissements inutiles, que sur l’endettement exorbitant qui hypothèque l’avenir.

Nous prenons des positions sur ces questions, comme nous prenons des positions sur l’école, la santé, la pauvreté, le chômage des jeunes. Nous essayons d’être présents sur tous ces problèmes qui sapent le quotidien des Ivoiriens comme la question de la sécurité avec le phénomène des «microbes», sur l’absence d’une Armée républicaine à travers ce que nous avons observé depuis le début de l’année, les mutineries et autres. C’est à travers nos dénonciations et nos propositions que nous regagnerons la confiance de nos concitoyens et ferons du FPI une force politique alternative pour 2020.

Êtes-vous seulement entendu ?

L’opposition a le devoir de dire ! Elle n’a pas souvent le pouvoir de faire. Mais elle doit être à la hauteur de ses devoirs. Si le gouvernement nous écoute, ce serait tant mieux pour la Côte d’Ivoire, puisque nos idées peuvent enrichir l’action, mais si nous trouvons, en face, un pouvoir sourd à toutes propositions, le peuple devra prendre ses responsabilités pour le sanctionner lorsque l’occasion lui en sera donnée. Nous faisons notre travail, nous espérons que le pouvoir fera le sien et que le peuple aussi, fera son travail le moment venu.

Avec vous, peut-on prétendre à une autre façon de faire de la politique quand on est la principale force de l’opposition ?

De 2001 à 2002, le FPI était au pouvoir. Nous avons mis en oeuvre de grandes réformes et de grands travaux dans le domaine de l’assurance-maladie, dans le domaine social… Nous avons permis au pays de retrouver sa position sur la scène internationale, de renouer avec les bailleurs de fonds, de retrouver la croissance économique. Nous étions donc dans une période où la Côte d’Ivoire avait commencé à espérer.

Et puis il y a eu la période de la rébellion armée de 2002 jusqu’en 2010. Durant cette période, le FPI a été mis à l’épreuve militaire et politique où sa survie même était en jeu. Notre travail a consisté à faire en sorte que le parti ne disparaisse pas.

À partir de 2011, après la crise, nous nous sommes engagés dans le projet de reconstruction du parti. La reconquête du pouvoir est un défi difficile. Grâce à la résilience du parti, nous sommes en train de retrouver notre place.

Sauf qu’au sein du FPI, vous connaissez des difficultés avec vos propres compagnons de route…

Nous sommes, aujourd’hui, en train de converger vers une voie de compromis pour affronter les défis futurs ensemble. L’important est d’être prêt pour 2020. Au niveau national, nous essayons de faire ce que nous avons à faire pour offrir aux Ivoiriens le visage d’un parti renouvelé qui a tiré les enseignements de cette crise, d’un leadership nouveau, d’une démarche nouvelle, d’un style nouveau et de nouvelles idées.

Vous cherchez à « dédiaboliser » le FPI…

C’est exactement cela ! Nous sommes dans une phase où nous devons travailler à dédiaboliser le FPI et à lui donner la crédibi­lité et la notoriété qu’il mérite.

Vos adversaires au sein du FPI vous accusent de ne pas défendre la ligne de Laurent Gbagbo…

Cela ne m’étonne pas dans la mesure où je sais qu’il s’agit d’une bataille de leadership ! Et de l’instrumenta­lisation de la notoriété de Laurent Gbagbo à l’intérieur du parti pour affaiblir un concurrent politique. Mais ce qu’ils oublient, c’est que dans la situation actuelle, le soutien de Gbagbo ne suffit pas ! Il faut faire preuve de compétences et de capacités politiques. Quand il s’agit de conduire une grande bataille, ce n’est pas parce que vous bénéficiez de la confiance que vous êtes compétent.

Croyez-vous sincèrement au dialogue politique tel que mené actuellement avec le pouvoir ?

Notre rôle est d’abord d’être un acteur du dialogue politique. C’est-à-dire accepter le principe même du dialogue. Notre objectif ne s’inscrit pas dans une action violente à l’image d’une rébellion armée. Il revient à l’oppo­sition de faire le choix, soit de la violence ou de la paix par le dialogue. L’option de l’opposition est importante, parce qu’elle est déterminante pour l’avenir du pays : nous avons opté pour le dialogue et la paix.

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