Close
Avez-vous trouvé cet article intéressant?

Politique

Congo-législatives: L’opposition affaiblie

En dépit des difficultés économiques, le Congo organisera des élections législatives en 2017. L’opposition est divisée et inaudible, malgré les offres du pouvoir de Denis Sassou N’Guesso pour lui accorder une légitimité politique.

Brazzaville, J.J Arthur Malu-Malu

La réduction drastique du train de vie de l’État n’empêche pas les autorités de préparer les élections législatives, prévues courant 2017. Sur le papier, l’appel aux électeurs est censé redistribuer les cartes, dans un Congo où les voix discordantes se font inaudibles.

Dans ce contexte difficile, le gouvernement s’est « fait vio­lence », en prévoyant de consacrer 1 mil­liard de F.CFA du budget de l’État au financement des partis politiques, cette année. Alors que la date précise des élec­tions n’était pas connue, les 153 forma­tions politiques du pays étaient déjà en ordre de bataille.

Mais dans quel état ? L’opposition, qui est sortie fragilisée de l’élection prési­dentielle de mars 2016, est en mauvaise posture et panse ses plaies. Pourrait-elle recoller les morceaux pour tenter d’ac­croître ses chances de succès lors des pro­chains scrutins ?

« Si nous étions conséquents avec nous-mêmes, nous ne serions pas allés à la prési­dentielle, sachant que la loi électorale nous était défavorable et que la Cour constitu­tionnelle est un instrument du pouvoir. Nous avons mal géré la période post-élec­torale. Il y a des fissures. L’opposition est actuellement affaiblie et divisée en deux camps », explique, avec une pointe de regret, le premier secrétaire de l’Union panafricaine pour la démocratie sociale (UPADS), Pascal Tsaty-Mabiala, qui est arrivé quatrième en mars 2016, avec 5 % des voix.

« Après analyse des rapports de force, nous n’avons pas pris les bonnes décisions. Certains pensaient qu’on pouvait régler le problème en faisant appel à la rue ou en prônant le boycott. L’élection présidentielle est derrière nous. Il faut maintenant que nous regardions devant nous », ajoute-t-il.

La réconciliation des courants de l’opposition n’est pas à l’ordre du jour. Les différentes franges se parlent, mais les divisions de l’après- présidentielle 2016 ont laissé des traces. Et les législatives approchent…

L’opposition s’interroge sur la conduite à tenir après les arrestations de quelques-uns de ses dirigeants, notam­ment le général Jean-Michel Mokoko et l’ancien ministre Okombi Salissa, tous deux candidats malheureux à la présidentielle, remportée haut la main, dès le premier tour, par le président Denis Sassou N’Guesso, sur fond de contestation.

Les deux prisonniers se morfondent dans la maison d’arrêt de Brazzaville, dans l’attente d’un procès que les Congolais qualifient déjà de « politique ».

Accusé d’avoir voulu renverser les institutions en place, le général Mokoko est inculpé pour « atteinte à la sûreté de l’État ». Les rangs hier nourris de ses sou­tiens sont désormais clairsemés ; l’ancien chef d’état-major des forces armées semble abandonné à son triste sort, face à une justice qui ne brille pas par son indépendance.

 En quête d’un chef de file de l’opposition

André Okombi Salissa, pour sa part, a été arrêté dans un quartier nord de la capitale, où il a clandestinement passé six mois, après le lancement contre lui d’un mandat d’arrêt pour « détention illé­gale d’armes de guerre » et « atteinte à la sécurité de l’État ».

Paulin Makaya, autre figure de l’op­position, est détenu depuis plus d’une année pour « incitation aux troubles à l’ordre public », après avoir organisé une manifestation jugée « illégale » par les res­ponsables de la police nationale.

L’opposition se cherche un nouveau leader, qui rassemblerait ses différentes tendances, en vue des prochaines législatives ; lesquelles pourraient ne constituer qu’une simple formalité pour le Parti congolais du travail, le parti du président Denis Sassou N’Guesso, et ses alliés.

Une loi définit un statut particulier pour le chef de l’opposition parlementaire. Ce statut sera attribué au dirigeant du parti de l’opposition qui aura remporté le plus grand nombre de sièges à l’Assemblée nationale.

Cette loi, qui existe sous différentes formes dans d’autres pays africains, est une nouveauté au Congo. Elle vise à décrisper l’atmosphère et à retisser un lien de confiance entre l’opposition et la majorité présidentielle.

Qui pour prendre ce fauteuil ? Les paris sont ouverts. L’UPADS, avec sept élus (sur 139) à l’Assemblée nationale, est le parti de l’opposition congolaise qui compte le plus grand nombre de députés.

Des opposants bien peu virulents

Tout naturellement, dans les salons de Brazzaville, le nom de Tsaty-Mabiala circule. Toutefois, Guy Brice Parfait Kolelas, arrivé deuxième et crédité de plus de 15 % des suffrages à la présidentielle, se tient en embuscade.

Fort de ce bon score, il mise sur sa popularité pour faire le plein des voix dans des quartiers sud de Brazzaville et dans les villes du sud du pays, qui lui sont traditionnellement favorables.

Tsaty-Mabiala et Kolelas ont reconnu, du bout des lèvres, la victoire électorale de Denis Sassou N’Guesso, au grand étonnement de leurs camarades.

Les deux dirigeants se montrent quelque peu accommodants avec le chef de l’État. Leurs critiques sont mesurées – ce qui leur vaut quelques quolibets de militants qui n’hésitent plus à exprimer leur déception face à la tournure des événements.

Visiblement, Denis Sassou N’Guesso, 74 ans, qui cumule plus de 33 ans de pouvoir à la tête du pays et qui était au creux de la vague peu avant la présiden-tielle, a réussi à reprendre la main.

Il fait désormais la course en tête, gambadant de succès en succès et imposant son rythme à ses concurrents désorientés. « Je regrette que nous n’ayons pas pu consolider notre unité. Nous devons réinventer l’opposition. Nous devons avoir une nouvelle vision. Si tout le monde est capable de revenir à la raison, alors nous pourrons aller de l’avant », indique Tatsy-Mabiala.

Reste que pour l’heure, la réconciliation des courants de l’opposition n’est pas encore à l’ordre du jour. Les différentes franges se parlent, sans pour autant parvenir à accorder leurs violons sur une stratégie commune. Cet épisode a laissé des traces. Et rien ne garantit que le temps fasse son œuvre d’ici à la tenue des élections législatives tant attendues.

Related Posts

Recevez nos Newsletter

Si vous souhaitez recevoir par mail une information pertinente, crédible et incontournable, inscrivez-vous à notre newsletter.

Aidez-nous à améliorer notre contenu