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Congo: Dans l’espoir d’un rebond du pétrole

Le Congo figure parmi les pays qui se réjouissent de la décision de l’Opep de réduire la production de pétrole brut. Une économie – trop – dépendante du pétrole espère la poursuite du redressement des cours.

Brazzaville, J.J Arthur Malu-Malu

Réunis à Vienne le 30 novembre 2016, les 14 membres de l’Opep ont décidé de réduire leur production quotidienne à partir du 1er janvier 2017, en vue de faire remonter les cours du pétrole. Il s’agira, pour les pays producteurs, de diminuer leur production quotidienne de 1,2 million de barils, pour la ramener à envi­ron 32,5 millions. L’organisation, qui avait prôné l’ouverture des vannes en 2014, a ainsi changé de direction.

Le prix du brut était tombé sous la barre des 40 $ le baril en 2016, rendant la situation un peu plus difficile pour les pays produc­teurs tels que le Congo dont l’économie n’est pas très diversifiée.

Si ce petit pays d’Afrique centrale, quatrième producteur africain, ne fait pas partie des États membres de l’Opep, son économie est fortement tributaire des exportations de pétrole qui assurent envi­ron 75 % des recettes publiques. La baisse prolongée du prix du baril de brut sur les marchés internationaux a gravement affecté les finances publiques, à telle enseigne que les autorités congolaises ont décidé de réduire les dépenses de l’État.

L’État s’est rabattu sur quelques fonds de réserves pour honorer certains de ses engage­ments. Toutefois, ces fonds, qui ne sont pas illimités, s’amenuisent progressivement. « Je ne sais pas si les cours vont remonter rapide­ment, mais je serais tenté de dire que le Congo ne peut commencer à mieux respirer que si le prix du baril remonte à au moins 70 $ », précise Michel Niama.

« Je dois reconnaître que c’est très difficile, ces jours-ci. Le Premier ministre est très regardant sur la dépense. Et nos demandes sont passées au peigne fin. Il faut batailler ferme, et parfois faire jouer certains réseaux pour obtenir des crédits. L’État réalise moins de recettes qu’avant, ce qui entraîne des réajustements », affirme un ministre de l’équipe gouvernementale formée après la réélection, en mars 2016, du président Denis Sassou N’Guesso.

Face à la dégringo­lade continue de ses revenus, l’État a dû revoir ses priorités. Dans la foulée, le conseil des ministres a adopté, en octobre, une deuxième loi de Finances rectificative, après celle passée mi-juin, qui prévoit des recettes budgétaires de 1 680 milliards de F.CFA (2,56 milliards d’euros) en 2017, soit une baisse d’environ 28 % par rapport aux 2 333 milliards de F.CFA inscrits dans la précédente loi de Finances.

Pression sur la dette

Le gouvernement a prévu une réduction de 8 % de ses dépenses pour 2016. Après avoir revu ses calculs à la baisse, l’État s’attend à voir la production pétrolière du Congo tomber à 93,5 millions de barils en 2017. L’objectif visé pour l’année 2016 dans le précédent budget rectificatif se situait à plus de 94,125 millions de barils.

Le Congo a été contraint de revoir ses prévisions à la baisse, malgré la décou­verte de deux nouveaux gisements, à Moho Nord, au large des côtes congolaises, et à Lianzi, à cheval entre les zones maritimes de l’Angola et du Congo.

Le paiement de la dette intérieure s’effec­tue au compte-gouttes, au mieux. Au pire, les fournisseurs de services sont invités à s’armer de patience, jusqu’à ce que le pays entrevoie le bout du tunnel. L’État reconnaît qu’il n’est pas capable, dans le contexte actuel, d’honorer ses engagements.

Il ne serait pas surprenant que certaines entreprises, qui misent essentielle­ment sur les commandes de l’État, déposent leur bilan dans les prochains mois. La situa­tion devient de plus en plus intenable pour elles. Les autorités sont conscientes que le Congo joue aussi sa crédibilité et se démènent pour ne pas donner l’image d’un État insol­vable qui peine à payer ses dettes.

Le BTP premier touché

Il suffit de se promener dans les rues de Brazzaville pour constater l’impact de cette situation. Nombre de chantiers de construc­tion sont à l’arrêt. La capitale congolaise, où étaient visibles par endroits de gigantesques chantiers de construction, grouillant d’ou­vriers, a changé de visage, en raison du manque de financement. Les maîtres d’oeuvre frappés de plein fouet par la crise restent dans l’expec­tative, en attendant des lendemains meilleurs.

« Cette situation affecte surtout les entre­prises de BTP. Beaucoup de chantiers sont à l’arrêt dans le pays », explique Michel Niama, le directeur général de l’Économie.

L’imposant bâtiment du ministère de l’Intérieur, en construction tout près du Centre culturel français, à l’entrée du quar­tier Bacongo, dans le sud de Brazzaville, a fait les frais de la crise. Grues, marteaux-piqueurs, ouvriers qui travaillaient il y a à peine quelques mois, ont disparu du paysage.

L’immeuble inachevé affiche une triste mine qui ne surprend plus personne. « La chute des cours du pétrole a provoqué une forte baisse des investissements publics. La tendance se poursuit, en attendant une nette remontée des cours. Le budget d’investissement public est actuellement de quelque 300 milliards de F.CFA en termes de recettes propres et de recettes d’emprunt, alors que ce budget tournait autour de 3 000 milliards de F.CFA (4,57 milliards d’euros) il y a encore quelques années », indique Michel Niama.

L’État s’est rabattu sur quelques fonds de réserves pour honorer certains de ses engage­ments. Toutefois, ces fonds, qui ne sont pas illimités, s’amenuisent progressivement. « Je ne sais pas si les cours vont remonter rapide­ment, mais je serais tenté de dire que le Congo ne peut commencer à mieux respirer que si le prix du baril remonte à au moins 70 $ », précise Michel Niama.

Petite consolation pour le Congo : cette situation touche trois autres pays de la zone Cemac : la Guinée équatoriale, le Tchad et le Gabon. Cette réalité suffit à donner des arguments aux autorités qui tentent de  justifier cette relativement longue période de vaches maigres.

Malgré tout, les détrac­teurs de l’équipe au pouvoir se plaignent du manque d’anticipation du gouvernement, d’autant que ce n’est pas la première fois que les cours de pétrole chutent de manière signi­ficative sur une longue période. Ils dénoncent les « éléphants blancs » qui, selon eux, parsè­ment le pays.

Dans cette catégorie, ils rangent la construction d’aérodromes ici et là. Deux d’entre eux sont distants d’une centaine de kilomètres, dans des zones qui ne sont pas nécessairement densément peuplées.

Des dépenses contestées

Ces mêmes pourfendeurs du camp prési­dentiel pointent également le fait que les villes d’Owando, le chef-lieu du département de la Cuvette, dans le nord du pays, et de Dolisie, dans le Sud, ont été dotées chacune d’un hôpital, alors que leur construction n’était pas prioritaire.

Ils affirment que les deux villes disposaient déjà d’établissements hospitaliers de bonne qualité qui répondent aux besoins des habitants. Ils considèrent que les priori­tés du gouvernement ne correspondent pas nécessairement aux attentes de la population.

Un mal pour un bien ? La baisse des cours aura eu le mérite d’inciter les autorités à réflé­chir profondément à la diversification de l’économie qui, on le sait, repose démesuré­ment sur l’or noir.

Ainsi les ministères du Tourisme et des Mines sont déterminés à accroître leurs parts dans la richesse produite. De même, les agri­culteurs s’organisent dans le nord du pays, notamment dans la région de Ouesso, pour augmenter leur production cacaoyère.

La route nationale 2, entièrement bitu­mée de Ouesso (près de la frontière avec le Cameroun) jusqu’à Brazzaville, et la route nationale 1, intégralement asphaltée, qui relie la capitale à la ville portuaire de Pointe-Noire, dans le Sud, offrent de nouvelles opportuni­tés aux opérateurs qui veulent se lancer dans cette filière. À la longue, la baisse des cours du pétrole ne sera peut-être pas une mauvaise nouvelle pour tout le monde.

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Written by African Business

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