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African Business

Congo: Dangote bouscule

La nouvelle cimenterie Dangote au Congo s’apprête à entrer en fonction. Bientôt, sa production dépassera les besoins du pays, bousculant la concurrence. Le groupe songe à l’exportation, notamment en RD Congo.

Brazzaville, J.J Arthur Malu-Malu

Le puissant groupe Dangote finalise la construction d’une cimenterie au Congo, la première dans le pays. L’usine est située dans le département de la Bouenza, entre les villages de Ndongui et de Mfila, dans le sud du pays.

Le site est accessible par la route bitumée qui part de Madingou, le chef-lieu du département, jusqu’à Mouyondzi, un peu  plus à l’Est, et déborde déjà d’activité avant la mise en service de l’usine, prévue en décembre 2016. Le choix de cette localité est surtout liée à la qualité du calcaire de cette partie du territoire, qui présente une faible teneur en magnésium.

Les analyses effectuées dans les laboratoires spécialisés du groupe ont établi, en effet, que ce site recèle le type de calcaire dont Dangote Cement a besoin pour inonder le marché congolais de ses produits. Le groupe Dangote a investi environ 300 millions $ dans ce projet qui marque l’ex-pansion de ses activités sur le continent où il est présent dans 14 pays.

Une trop forte capacité de production ?

Cette usine, la plus grande d’Afrique centrale, vise, six mois après son inauguration, un rythme de production d’environ 1,5 million de tonnes par an. Une production suffisante pour couvrir les besoins actuels du Congo en ciment estimés à 700 000 tonnes par an.

La société compte ainsi se positionner en leader sur le marché du ciment congolais où elle ambitionne des parts de marché élevées, à l’instar de ce qu’elle a pu réaliser au Nigeria. Dans ce pays d’Afrique de l’Ouest, sa division cimentière, Dangote Cement, considérée comme le fer de lance du groupe, contrôlait déjà plus de 65 % du marché du ciment en 2015.

Néanmoins, au Congo, l’ouverture prochaine de l’usine de Dangote Cement suscite inquiétude et mécontentement des opérateurs déjà présents dans le pays. Il s’agit de la Société nouvelle des ciments du Congo (Sonocc), implantée à Loutété, dans le département de la Bouenza, à environ 300 kilomètres au sud de Brazzaville, et de Forspak International, établie à Dolisie, le chef-lieu du département du Niari, à environ 360 kilomètres à l’ouest de la capitale.

Le capital de ces deux sociétés est détenu majoritairement par des groupes chinois qui ont cru faire de bonnes affaires dans ce pays, désormais ouvert aux investisseurs étrangers après avoir privilégié, pendant des années, un « socialisme scientifique » rétif au libre-échange et à l’économie de marché. « Il est sûr que l’arrivée de Dangote nous inquiète. Ce groupe aura une plus grande capacité de production et nous ne savons pas ce que l’avenir nous réserve. Nous avons baissé nos prix, mais la concurrence sera rude. Je crains que les choses tournent mal pour nous dans ce pays », explique un porte-parole chinois de la Sonocc.

Un nouveau bassin d’emplois

Dangote Cement compte non seulement permettre au Congo d’être autosuffisant en matière de ciments, mais aussi exporter le reste de sa production vers des pays de la région, notamment la RDC, plus particulièrement vers l’enclave angolaise de Cabinda, prise géographiquement en sandwich entre les deux Congo, et le sud du Gabon.

Les pourparlers sont déjà avancés avec ces pays qui se montrent ouverts aux propositions du puissant groupe nigérian. L’implantation de cette imposante cimenterie modifiera le tissu industriel embryonnaire de ce département à vocation agropastorale.

Les autorités départementales s’attendent à voir l’activité économique se dynamiser autour de cette vaste cimenterie dont le personnel aura un pouvoir d’achat élevé. L’écosystème ainsi créé devrait favoriser l’arrivée dans la Bouenza de divers prestataires de services. À Mouyondzi, des propriétaires immobiliers sont sur le qui-vive.

Ceux qui en ont les moyens se lancent dans des travaux d’aménagement de leurs propriétés ou de construction de nouveaux logements, en vue d’accueillir les cadres supérieurs de cette société.

Le groupe Dangote, qui prévoit de créer plus de 1 000 emplois directs, suscite l’intérêt des jeunes des villages avoisinants qui cherchent à s’insérer dans le marché de l’emploi, dans un environnement offrant peu de perspectives.

La société reçoit chaque semaine une cascade de CV émanant des demandeurs d’emploi de la Bouenza et de départements voisins, notam­ment le Niari et le Pool. Techniciens, agents de sécurité, simples manœuvres, petite main-d’oeuvre non qualifiée, etc. Les postulants ont des aspirations variées.

Une porte d’entrée dans le pays

En revanche, les postes qui nécessitent de grandes qualifications seront pourvus par des personnels de diverses nationalités recrutés pour partie à l’étranger. Dangote Cement s’engage à privilégier non pas la couleur du passeport, mais l’expérience et la compétence.

Partout où elle est implantée, y compris en Asie, cette société procède à un savant dosage de compétences et de nationalités pour atteindre un rendement optimal. Elle ne compte pas déroger à cette règle au Congo. Le groupe a d’ores et déjà commandé 200 camions, pour livrer le ciment dont les nombreux chantiers de construction à travers le pays ont crucialement besoin.

La cimenterie pourrait ainsi représenter la porte par laquelle Dangote Group entre au Congo, avant de se déployer dans d’autres secteurs dans les années à venir, si la terre congolaise lui est fructueuse.

Avec sa grande force de frappe financière, il pourrait entre­prendre d’autres projets dans ce pays où l’économie est restée longtemps tributaire des exportations de pétrole. La chute des cours sur les marchés internationaux a toutefois contraint le pays à changer de braquet. Il s’agit, pour le Congo, d’amortir le choc provoqué par cette situation qu’il n’avait pas anticipée et d’être mieux préparé à faire face à la survenue d’une situation analogue à l’avenir.

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Written by African Business

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