Close
Avez-vous trouvé cet article intéressant?

Art et Culture

CirkAfrika3 : De Zanzibar aux portes de l’Orient

Le voyage auquel vous êtes invités vous transportera cette année de la partie la plus australe de l’Afrique à la mythique Égypte qui en ouvre la porte vers l’Orient. Le clown, José sera votre étonnant guide. 

Par Serges David

Signe des temps : Nous sommes dans le chapiteau Phénix à la pelouse de Reuilly à Paris. Lieu pour le déroulé du spectacle CirkAfrika 3. C’est là que la magie s’opère. Car tout au long du périple, les ahurissantes pitreries de José amuseront les petits quand ses inventions déconcertantes aiguiseront la curiosité des plus grands. Prêts à embarquer dans la valise à triple fond de José ? Laissez au vestiaire vos habits du quotidien, c’est un costume de lumière que vous allez revêtir pendant la fantastique épopée de CirkAfrika 3.

L’hiver, les arbres dénudés du bois de Vincennes disparaissent pour laisser place à la magie d’un continent embrasé de couleurs  chatoyantes. À l’instar de José, vous serez téléportés comme par magie sur la piste depuis le pays des baleines à bosse. Puis, tirés par la main de trois sirènes éthiopiennes qui bouleverseront toutes vos notions d’équilibre, vous remonterez l’océan indien jusqu’à la corne de l’Afrique pour prendre pied sur le continent. Là, les jeux d’adresse et les numéros en apesanteur des acrobates des hauts  plateaux vont vous couper le souffle et vous crierez «entracte» pour redescendre sur terre.

Mais votre expédition africaine ne s’arrête pas là. Vous survolerez le continent pour explorer la côte occidentale à plus de 10 pieds au-dessus de la piste dans les pas des échassiers du Togo. Ceux-là ne se contentent pas d’être les plus hauts du monde, ils habillent leurs performances de facéties clownesques.

C’est à Brooklyn, en 2002, que débute l’histoire de CirkAfrika. Alain M. Pacherie découvre l’Universal Circus, un cirque communautaire fait par des Noirs à destination de la population noire américaine. Sous le chapiteau où il s’avère être le seul Blanc caucasien, il ressent un choc émotionnel puissant (…) De cette expérience inattendue, naît immédiatement le désir de partager avec le public français cette force émotionnelle. En 2012, CirkAfrika naît au Cirque Phénix.

Stupéfaits et morts de rire en même temps, il ne vous reste plus qu’à tomber dans les bassines ivoiriennes qui vont vous mettre sens dessus-dessous à un rythme endiablé. La musique trépidante va alors laisser place à une mélopée apaisante et vous serez hypnotisés par la fluidité de la danse aérienne de Younès Es-Safy, lauréat du mondialement reconnu Festival du Cirque de Demain en 2016…

Mais chut… quelques secrets sur ce spectacle totalement inédit, tel voyage ne peut se faire par anticipation. Il vous faudra descendre du tapis volant aux portes de l’Orient après une odyssée qui vous aura menés jusqu’en Égypte où l’artiste égyptien de Rola Rola sans bandelettes ni némès de pharaon, saura séduire toutes les Cléopâtre du public.

Cirkafrika : à l’origine, une révélation

C’est à Brooklyn, en 2002, que débute l’histoire de CirkAfrika. Alors que New York panse ses plaies du 11 septembre, Alain M. Pacherie découvre l’Universal Circus, un cirque communautaire fait par des Noirs à destination de la population noire américaine. Sous le chapiteau où il s’avère être le seul Blanc caucasien, il ressent un choc émotionnel puissant, une révélation : la magie totale, fruit de l’harmonie entre l’énergie des artistes et l’ambiance extraordinaire de la salle réceptive aux moindres inflexions du rythme. Lui, qui traque de par le monde les meilleurs numéros pour son tout jeune Cirque Phénix, il découvre une autre façon d’« être » au cirque : plus organique, plus collective, plus festive.

Stupéfaits et morts de rire en même temps, il ne vous reste plus qu’à tomber dans les bassines ivoiriennes qui vont vous mettre sens dessus-dessous à un rythme endiablé. La musique trépidante va alors laisser place à une mélopée apaisante et vous serez hypnotisés par la fluidité de la danse aérienne de Younès Es-Safy, lauréat du mondialement reconnu Festival du Cirque de Demain en 2016…

C’est l’expression d’une communauté qui, à travers les performances d’artistes africains-américains et africains, recherche ses racines profondes. De cette expérience inattendue, naît immédiatement le désir de partager avec le public français cette force émotionnelle. Puisqu’un nouveau continent fait son cirque en bousculant les codes du genre, il veut relever le défi d’en montrer le meilleur. Il lui faudra 10 ans pour y parvenir : en 2012, CirkAfrika naît au Cirque Phénix.

2002/2012 : Un volontarisme sans failles

C’est en Tanzanie, qu’Alain M. Pacherie ressent la même émotion profonde que sous le chapiteau de l’Universal Circus, 10 ans plus tôt à Brooklyn.

Pourquoi a-t-il fallu 10 ans pour créer CirkAfrika ? Comme d’autres grands cirques internationaux, le Cirque Phénix doit trouver sa place dans le paysage français et imposer sa marque de fabrique : ne pas seulement enchaîner numéros sur numéros mais captiver le public par un récit qui raconte l’histoire des hommes et des femmes présents sur la piste.

Et la piste africaine, c’est celle des origines de ce continent, creuset de l’humanité, qui en ce début du XXIe siècle brûle toutes les étapes pour incarner l’avenir. Il faudra donc une décennie pour qu’un art balbutiant sur un nouveau territoire et un Cirque résolument moderne grandissent parallèlement pour enfin donner naissance à un spectacle d’un genre nouveau. Dix ans pendant lesquels avec un volontarisme sans failles, Alain M. Pacherie explore la genèse de cette expression nouvelle en parcourant le continent africain.

Et la rencontre fondatrice a enfin lieu…

Aucun artifice, aucun habit de lumière, ne vient habiller les corps des athlètes qui s’entraînent dans une salle qui manque de tout sauf de grâce et de talent à l’état brut. Alain M. Pacherie et son équipe vont alors commencer un long travail avec Winston Ruddle et les jeunes élèves de l’école, qu’il a créée à Dar Es Salaam pour donner un espoir et des débouchés professionnels à des enfants des townships.

À l’inverse des artistes portés au firmament international des Cirques de Pékin ou de Moscou, les jeunes Africains n’ont pas de culture ou de pratique académique. Sans emprunter à leurs prédécesseurs émérites, c’est au fond d’eux-mêmes et de leur histoire qu’ils trouvent l’essence de leur art. C’est leur spontanéité et leur fraîcheur qui feront la différence et régénéreront un art désormais classique.

Alain M. Pacherie doit donc oublier tout ce qu’il a appris au fil de ses précédentes collaborations avec Annie Fratellini et les grands artistes internationaux qu’il a accompagnés au cours des créations de ses spectacles. Il doit faire peau neuve pour remonter aux sources d’une expression originelle à l’image de l’émergence du continent africain.

Quand s’éteignent les feux de la piste, de nouvelles histoires s’écrivent…

À la fin de la tournée, les jeunes artistes prennent conscience qu’ils peuvent transformer cette expérience et en faire profiter d’autres enfants d’Afrique. En effet, ils ont découvert leur potentiel et appris à structurer leur travail pour obtenir un résultat à la fois individuel et collectif. Se lever tous les jours tôt le matin, s’imposer un rigoureux programme de répétitions et un régime alimentaire sain, se confronter à ses propres limites pour tenter de les dépasser, apprendre à travailler collectivement dans le respect de chacun, la rigoureuse école du cirque a été pour eux l’école de la vie.

En Afrique, l’absence de structuration du marché de l’emploi ne permet pas aux jeunes diplômés, de plus en plus nombreux, d’entrer rapidement dans la vie active. Que dire alors de ceux qui n’ont aucune formation ? Plus de 50% des jeunes sont chômeurs, et l’absence de travail ressentie comme une fatalité crée un sentiment d’exclusion et d’inutilité qui entraîne violence, toxicomanie et extrémismes. À leur retour, les jeunes circassiens s’aperçoivent qu’ils sont devenus des modèles inspirants pour leurs pairs et que leur exemple peut susciter un nouvel espoir. Ils se sentent investis d’une mission et veulent participer à leur niveau, à la transformation de leur pays et du continent. Vont alors s’écrire de bien belles histoires…

Trombi

Celle d’Arnold commence mal. Enfant, il a vécu des traumatismes d’une extrême violence. À l’école du Zip Zap Circus, fondée à Cape Town par Laurence Estève et Brent Van Rensburg pour aider les enfants des ghettos, il a pu surmonter son traumatisme et retrouver confiance en autrui. « Oser m’élever à plusieurs mètres sur les épaules de jeunes qui me ressemblent, savoir que l’on me rattrapera si je tombe m’a permis de voir le monde autrement, de retrouver ma confiance et de croire en la bienveillance des autres ».

José, après avoir rencontré l’amour de l’autre côté du Rhin, est désormais citoyen allemand. Son parcours d’artiste débute aussi au Zip Zap Circus. Puis José le Blanc et Arnold le Noir montent ensemble un numéro de banc acrobatique, une performance mêlant technique, humour et poésie.

Ils remportent ensemble un prix au prestigieux Festival Mondial du Cirque de Demain. Puis, leurs routes se différencient lorsqu’Arnold met fin à sa carrière d’artiste de cirque pour se consacrer pleinement à l’École Zip Zap où il enseigne. José, quant à lui, poursuit son aventure avec le Cirque Phénix dont il devient le clown officiel, et travaille en Europe avec d’autres compagnies. Rebaptisé Joe le clown, ses pitreries ponctueront le spectacle et feront baisser la tension après l’adrénaline et le suspens des performances acrobatiques.

Baraka n’a que 17 ans quand il est repéré par Alain M. Pacherie à l’école de cirque tanzanienne. Ce gamin de Zanzibar a quitté sa famille et son île pour tenter sa chance sur un monocycle. Tout à la fougue de sa jeunesse, il aura des difficultés à acquérir la rigueur et la précision qu’exige une carrière professionnelle. Soutenu sans relâche par l’équipe, il deviendra une des étoiles montantes de la piste du Phénix. De retour en Tanzanie, il initiera les enfants de son quartier à son art, en leur inculquant les vertus de l’effort et la nécessité de se remettre en selle quelles que soient les difficultés. Il deviendra ainsi un exemple pour les jeunes de son village.

Les addictions de Lizo avaient entamé son intégrité physique. « Rattrapé » lui aussi par ses camarades du Zip Zap Circus, il va se réconcilier avec la vie en créant avec José, son complice, un numéro de mâts chinois. Confortés par ce succès, ils décideront de transmettre leur technique en devenant à leur tour enseignants au Zip Zap Circus.

Cherchant à restituer les valeurs apprises dans l’exercice du cirque, Lizo anime aussi à Cape Town un programme éducatif à destination d’enfants séropositifs. Après avoir goûté aux pistes du monde entier, contrairement à José, Arnold et Lizo décident de retourner en Afrique du Sud à l’instar des « guépards », ces étudiants africains diplômés des grandes universités américaines, rentrés au pays pour servir leur nation. Ils font le choix d’enseigner à Zip Zap.

Certains artistes renouent en cela avec l’histoire de leur aîné et professeur, Winston Ruddle.

Orphelin à l’âge de quinze ans, ce jeune zimbabwéen fait vivre ses frères et sœurs en devenant artiste de rue puis acrobate reconnu internationalement. C’est lui qui, aujourd’hui rassemble comme une grande famille et forme dans son académie de Dar Es Salaam les jeunes talents africains.

Tous sont réunis autour d’une même idée : le cirque, c’est avant tout un ascenseur social et l’école de la vie. D’autres acrobates participent d’une autre façon à la transformation de leur pays. Le fruit de leur travail, un petit pactole (le cachet quotidien qu’ils perçoivent au Phénix équivaut à un mois de travail dans leur pays d’origine) leur permet de construire une maison, de monter un commerce ou une petite affaire et d’assurer ainsi une vie meilleure à leurs proches.

Et d’autres, comme nombre de nos jeunes étudiants Erasmus, ont trouvé l’amour hors de leur continent, participant ainsi à la création d’une nouvelle génération multiculturelle et multiethnique.

C’est l’histoire de Aïdani, jeune acrobate tanzanien, lui aussi épris d’une jeune femme qui lui donnera une petite fille prénommée Magda, en hommage à l’assistante mise en scène d’Alain M. Pacherie du Cirque Phénix. Au-delà de ces histoires personnelles montrant comment la culture populaire et notamment le cirque peuvent renforcer le lien entre les peuples et participer à la transformation du continent africain, CirkAfrika devient ambassadeur de l’Afrique et emblème de son identité.

Un spectacle pour enfants aussi !

On entend dire parfois, que les créations du Cirque Phénix ne sont pas adaptées aux enfants. Or, nous enregistrons un nombre important de jeunes spectateurs de 3 ans et plus. D’où vient alors cette idée fausse ? Il existe en France, comme en Italie, en Allemagne et en Suisse, une grande tradition de cirques avec animaux. Chacun d’entre nous y avons découvert dans notre enfance pour la première fois, fauves et pachydermes.

Aujourd’hui, parents à notre tour, nous avons gardé cette nostalgie de notre jeune âge, et désirons partager avec nos enfants ce que nous avons nous-mêmes vécu autrefois… Depuis 2003, soit trois ans seulement après son inauguration, le Cirque Phénix a choisi de ne plus présenter de numéros de dressage d’animaux sauvages ou domestiques. Il a, dans le même temps, fait l’impasse du traditionnel Monsieur Loyal. Par ces choix, il s’est affranchi des codes traditionnels du cirque, signant ainsi une orientation artistique hors des sentiers battus.

INFORMATIONS PRATIQUES*

LIEU

Spectacle CirkAfrika 3 : Chapiteau Phénix à la pelouse de Reuilly à Paris (Paris 12è)

Pelouse de Reuilly, Paris 12e. Métro : Liberté (ligne 8). Bus : 87 Porte de Reuilly. Tramway : T3a, Porte Dorée

À partir de 19 euros

NOVEMBRE 2017

Dimanche 19 au Mercredi 29 10H30 14H00 ou de 14H00 à 17h15 ou 20H

DECEMBRE 2017

Samedi 2 au Dimanche 21 à partir de 15H00

JANVIER 2018

Lundi 1er au Dimanche 21 à partir de 15H00

*Voir horaires précis sur www.cirquephenix.com

Related Posts

Recevez nos Newsletter

Si vous souhaitez recevoir par mail une information pertinente, crédible et incontournable, inscrivez-vous à notre newsletter.

Aidez-nous à améliorer notre contenu