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Art et Culture

Cinéma : Bienvenue au Gondwana

Le premier film de l’humoriste Mamane sort en salles le 12 avril. Il s’adresse à la fois au public africain et français. Un pari audacieux pour une œuvre comique réussie qui donne aussi à réfléchir.

Par Guillaume Weill-Raynal

Ne cherchez pas le Gondwana sur une carte ou un planisphère, vous ne l’y trouverez pas. Ce pays de pure fiction n’est pas pour autant une terra incognita pour les Africains.

Inventée de toutes pièces par l’humoriste nigérien Mamane, la « République très très démocratique du Gondwana » – qui concentre à elle seule toutes les tares de bon nombre de pays africains, notamment en matière de corruption et de mauvaise gouvernance – a consacré sur le continent le succès de la chronique que celui-ci tient quotidiennement sur les ondes de Radio France Internationale depuis 2009.

À tel point que le nom propre est désormais passé dans le langage courant. Il n’est pas rare, même, qu’ici ou là en Afrique, l’opposition interpelle tel pouvoir en place en lui reprochant de se comporter « comme au Gondwana… »

L’idée de passer de la radio au grand écran est venue naturellement. Les auditeurs de RFI sollicitaient souvent Mamane – « À quand le film ? » – selon qui le cinéma apparaissait comme la poursuite logique de sa carrière de comédien commencée sur les planches des one man shows. « Et puis nous sommes fatigués que ce soit toujours les autres qui racontent l’Afrique à notre place », ajoute l’humoriste.

Bien sûr, le scénario d’un long-métrage ne peut consister en une suite de sketchs ou de billets radiophoniques et Mamane s’est attaché à écrire celui de Bienvenue au Gondwana dans les règles de l’art, de la manière la plus cohérente et la plus rigoureuse possible. « L’écriture aura été la phase la plus difficile du travail », confie-t-il. Il a fallu d’abord choisir un thème. Celui des élections – sujet ô combien délicat dès qu’on parle de l’Afrique – a été retenu.

À partir de quoi une histoire a été imaginée : celle d’une mission d’observation électorale internationale (composée de deux français, d’un allemand, d’un suisse…) débarquant au Gondwana pour y surveiller le scrutin.

Au final, une vraie réussite, comique, mais pas uniquement. Car la construction de ce film, qui veut faire rire tout en faisant réfléchir sur des sujets sérieux, repose sur un fin mécanisme de regards croisés.

En raison d’une histoire et d’une langue communes, et de sociétés qui s’interpénètrent, par les diasporas africaines vivant en France, et les communautés françaises vivant en Afrique, les deux publics sont condamnés à cheminer ensemble.

Celui d’un réalisateur africain sur l’Afrique, bien sûr, mais aussi celui du même réalisateur sur le regard que portent les Français sur l’Afrique… « Un va-et-vient entre deux visions » qui a imprégné la réalisation du film tout au long du tournage et de sa préparation : production à capitaux essentiellement français, équipe technique panafricaine, bande originale créée par le musicien congolais Ray Lema.

Entre rires et boule au ventre

Aux comédiens français sont venus s’ajouter des acteurs maliens, sénégalais, ivoiriens, dont les deux vedettes comiques Gohou et Digbeu. « Le film parle de l’Afrique et pas d’un seul pays », explique Mamane.

En revanche l’essentiel du tournage s’est déroulé en Côte d’Ivoire, dont la population a été largement mise à contribution, pour les seconds rôles et les figurants. « Les Ivoiriens sont des comédiens nés ! J’ai été bluffé ! » Après la crise de 2010-2014, le pays veut redevenir un phare culturel en Afrique de l’Ouest, en s’appuyant sur la tradition de melting-pot des années Houphouët-Boigny.

D’ailleurs, Mamane écrit déjà le scénario de son deuxième film dont il pense débuter le tournage fin 2018 : les deux hommes de main du gouvernement interprétés dans Bienvenue au Gondwana par le duo Gohou-Digbeu partiront en France à la recherche du fils du président, disparu… Le titre est déjà trouvé : Bienvenue à Paris.

Le gouvernement qui a financé une petite partie de la production n’a mis aucune réserve aux autorisations de tournage, allant jusqu’à mettre gracieusement à disposition ses palais nationaux – et même la prison de Grand-Bassam ! – sans demander la moindre modification du scénario, pourtant cruel quant à sa description des mœurs politiques africaines…

« Les autorités tiennent à faire savoir que le pays a changé. Parce qu’en Afrique, chaque pays a à cœur de convaincre que le Gondwana, ce n’est pas lui… », relève malicieusement Mamane. L’Afrique change. Et Mamane aimerait que son film contribue à accélérer le mouvement…

Diffusé sur 200 écrans en France, le film sort simultanément ce  12 avril, dans plusieurs pays africains. Les deux publics riront – car le film est drôle – même s’ils constituent deux cibles différentes.

Pour le public français, il constitue un très bon divertissement, bien que certains aspects du film fassent réfléchir sur les réalités africaines. Le public africain, de son côté, pourrait ressentir « une boule au ventre » : celle que Mamane reconnaît avoir sentie lors du visionnage de certaines scènes, et qui n’est pas très loin de la « colère » qu’il revendique comme moteur essentiel de sa démarche d’humoriste.

« Parce qu’en tant qu’Africain, tu te dis, oui, ça, c’est vraiment ce qui se passe aujourd’hui, ce n’est pas de la fiction ! » Pour autant, « les publics français et africains sont condamnés à cheminer ensemble ». En raison d’une histoire et d’une langue communes, et de sociétés qui s’interpénètrent, par les diasporas africaines vivant en France, et les communautés françaises vivant en Afrique.

D’ailleurs, Mamane écrit déjà le scénario de son deuxième film dont il pense débuter le tournage fin 2018 : les deux hommes de main du gouvernement interprétés dans Bienvenue au Gondwana par le duo Gohou-Digbeu partiront en France à la recherche du fils du président, disparu… Le titre est déjà trouvé : Bienvenue à Paris.

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