Close
Avez-vous trouvé cet article intéressant?

African Business

Charlotte Libog, fondatrice et coordinatrice d’Afrique Grenier du monde

Une passionnée de l’agrobusiness

En 2008, éclate la bulle internet à la suite de la crise financière mondiale. Elle se lance alors dans une activité de commercialisation en ligne d’objets artisanaux. Parallèlement, elle entame un processus d’achat de terres arables à Nkoteng, à deux heures de route de Yaoundé, où les élites de la capitale économique ont leur maison de villégiature.

« Avec ma famille, nous voulions monter un projet d’exploitation agricole sur plusieurs hectares pour faire du maraîchage facile à écouler», précise-t-elle. Hélas, son ambition est considérablement freinée. « À cause d’un notaire véreux qui nous a vendu des terres qui n’étaient pas vendables, nous avons perdu beaucoup d’argent. Il n’y avait aucun recours possible», regrette-t-elle.

Aujourd’hui encore, elle déplore le manque de mesures d’accompagnement pour les entrepreneurs agricoles face à l’urgence de la relance de ce secteur clé en matière de création de richesses en Afrique.

Cette passionnée de l’agrobusiness, comme elle se décrit elle-même, décide alors de transfor­mer cet obstacle en opportunité et réfléchit à la création d’un outil dédié à l’accompagnement de l’entrepreneur agricole.

En 2013, elle fonde la plateforme Afrique Grenier du Monde (AGM) afin de promouvoir l’agrobusiness et participer ainsi, de manière efficace et durable, à l’émer­gence de l’agriculture africaine.

Structure à but non lucratif, elle assure une mission de plai­doyer auprès des institutions internationales et des dirigeants politiques et économiques pour l’adoption de politiques favorables à l’émer­gence d’une agriculture génératrice d’une crois­sance inclusive et durable.

Faire connaître le potentiel de l’Afrique

AGM s’emploie surtout à valoriser l’énorme potentiel agricole et agroalimen­taire partout en Afrique. Un secteur qui pour­rait générer, selon la BAD, 1 000 milliards de dollars à l’horizon 2030 contre 313 milliards $ annuels de nos jours.

«Le but de cette plate­forme est d’oeuvrer efficacement pour la relance de l’agriculture africaine via l’investissement privé sur l’ensemble de la chaîne de valeur agri­cole : production, logistique, commercialisation, transformation, services annexes », explique la militante franco-camerounaise qui opère depuis Paris, Cotonou et Yaoundé.

Parallèlement, elle fait connaître les oppor­tunités d’investissement dans le domaine agri­cole à d’éventuels bailleurs en multipliant les rencontres en direct ou virtuelles. Son but étant de rendre l’exploitation des terres en Afrique plus efficace et de répondre ainsi à divers enjeux liés au développement du continent : garantir la sécurité alimentaire, assurer l’emploi des jeunes et favoriser la croissance économique.

«Nous sommes dans un contexte mondial d’insécurité alimentaire avec une offre largement inférieure à la demande et l’Afrique, – continent agricole par excellence avec plus de 60 % des terres arables mondiales –, reste aujourd’hui le seul continent encore importateur net de denrées alimentaires », fait valoir son site internet.

Malgré son énorme potentiel agri­cole, l’Afrique continue d’importer pour 30 milliards $ annuels de denrées alimentaires. « Nous devons changer la donne en passant à l’action », martèle Charlotte Libog.

Persuadée que « le temps de l’Afrique est arrivé », elle entend utiliser sa maîtrise des TIC pour infor­mer et connecter les producteurs africains au reste du monde. « Les organisations paysannes sont importantes en Afrique mais il y a eu une dislocation, pour ne pas dire une déstructuration du monde rural. Il est important aujourd’hui de redynamiser ce secteur et de mieux le professionnaliser », explique-t-elle.

Grâce aux Agrobusiness Meetings, dont les prochaines éditions seront organisées à Abidjan en septembre et Lomé en novembre, elle péren­nise les mises en relation avec le secteur privé, favorisant une meilleure insertion des femmes et des jeunes ainsi que leur accès aux marchés et aux financements.

L’expérience accumulée sur le terrain et son excellente connaissance du secteur agricole et agroalimentaire en Afrique lui ont valu d’être reconnue par des grandes institutions comme le Nepad, la Cnuced ou la PAFO (Plateforme des organisations paysannes de l’Afrique) qui l’invitent réguliè­rement.

Elle est par ailleurs fondatrice d’une structure, Moringaland, spécialisée dans la commercialisation du moringa en graine ou en poudre, dont elle est très fière. « C’est pour moi l’occasion, en aidant les productrices à trou­ver des débouchés commerciaux, de garder un pied dans l’entrepreneuriat », affirme-t-elle.

D’autant qu’au vu de la forte demande pour ce produit aux vertus désormais reconnues par tous, et qu’elle a contribué à mieux faire connaître, son commerce est en train de pros­pérer. Une façon de rendre à la terre africaine qui la nourrit grâce au moringa, ses lettres de noblesse.

Rate this article

Author Thumbnail
Written by Christine Holzbauer

Christine Holzbauer travaille comme journaliste en Afrique pour les éditions en français de New African, African Business et African Banker depuis 2012. Auparavant, elle était correspondante régionale pour «L'Express », « La Croix » et « La Tribune », d’abord basée au Mali puis au Sénégal. Elle est diplômée de Sciences Po. Paris, a obtenu un DESS de la Sorbonne et fait ses études de doctorat à American University (Washington, D.C.) en relations internationales, développement et communication internationale.

Related Posts

Recevez nos Newsletter

Si vous souhaitez recevoir par mail une information pertinente, crédible et incontournable, inscrivez-vous à notre newsletter.

Aidez-nous à améliorer notre contenu