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African Business

Cameroun : Sortir de la crise anglophone

Pour l’instant, la crise dans les régions anglophones n’a pas eu d’impact notable sur les équilibres macroéconomiques du Cameroun. La levée de l’incertitude pourrait réduire le risque pays et favoriser les investissements étrangers.

Dossier réalisé par Christine Holzbauer

Le 13 octobre 2017, Standard & Poor’s Global Ratings a confirmé ses nota­tions « BB » attribuées à la dette souveraine à long et à court terme de la République du Cameroun. « La perspective est stable », écrit l’analyste en chef de S&P, Rémy Carasse, car elle reflète «nos prévisions de croissance solide dans le pays et de conso­lidation budgétaire progressive au cours de l’année prochaine ». Il prévient, toutefois, que ces notes pourraient être abaissées « si une instabilité politique prononcée ou d’autres chocs venaient à se matérialiser, conduisant par exemple à des pressions sur les réserves de change ».

Les risques économiques de la crise

Par exemple, si la crise dans les régions anglophones se soldait par une sortie de devises ou réduisait l’entrée de devises dans le pays du fait d’une perte de confiance. Quoi qu’il en soit, la dette extérieure et la dette publique posent les problèmes les plus importants, compte tenu de la baisse des cours du brut, qui a creusé le déficit budgé­taire. Le gouvernement va devoir donner des gages que des élections libres et transparentes seront organisées en 2018. Les analystes de S&P tablent, pour améliorer la notation du Cameroun, sur une accélération du rythme de croissance sous l’impulsion d’investis­sements publics dans les infrastructures ou bien grâce à d’autres réformes structurelles, sans toutefois créer de déséquilibres supplé­mentaires.

Contraintes

Les risques politiques entourant les prochaines élections, la faiblesse du revenu par habitant, l’augmentation de la dette publique et extérieure, principalement libellées en devises, sont les principaux défis auxquels le Cameroun est aujourd’hui confronté. Son appartenance à la Cemac (Communauté économique et monétaire des États de l’Afrique centrale, avec la République du Congo, le Gabon, la République centrafri­caine, le Tchad et la Guinée équatoriale), en limitant sa flexibilité monétaire, lui permet d’atténuer les risques extérieurs et de contenir l’inflation. « La solvabilité du pays reflète nos prévisions selon lesquelles la croissance robuste du PIB réel va perdurer dans les prochaines années, stimulée par la mise en oeuvre de vastes projets d’investissements », précise S&P dans son profil institutionnel et économique du Cameroun.

Pour Rémy Carasse, les « vives tensions » qui subsistent entre la minorité anglophone et le gouver­nement central dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du pays se rajoutent aux menaces du groupe terroriste Boko Haram qui persistent dans la région de l’Extrême-Nord. Mais pour les analystes de S&P, « les risques de déstabili­sation restent pour le moment contenus suite aux campagnes de l’armée camerounaise et la coopération régionale et internationale, notamment avec le Tchad, le Nigeria et les États-Unis».

Résilience

Malgré la chute des prix du pétrole et la fragilité de la situation en matière de sécu­rité dans l’Extrême-Nord du fait de la proxi­mité de la frontière avec le Nigeria, l’activité économique a bien résisté aux chocs, ces dernières années. Le repli des cours pétro­liers a partiellement été compensé par une hausse de 27 % de la production en 2015, qui a atteint 35 millions de barils. Ce, grâce à la mise en service de nouveaux champs pétroliers et à la production accrue des champs existants. Toutefois, aucune hausse de la production n’est anticipée dans les années à venir. « Le secteur pétrolier a repré­senté moins de 10 % du PIB, près de 30 % des exportations et 15 % des recettes budgétaires en 2016. Nous prévoyons un cours du Brent à 50 dollars le baril en moyenne en 2017 et 2018, puis à 55 $ en 2019 », souligne S&P.

Avec un PIB par habitant estimé à 1 425 dollars en 2017, le Cameroun conti­nue de faire une bonne figure en Afrique subsaharienne. Sur la période 2017-2020, les prévisions de croissance moyenne du PIB réel tournent autour de 4,6 % l’an, du fait de la mise en oeuvre de vastes projets d’infrastruc­tures tels que le port en eaux profondes de Kribi, le barrage de Lom Pangar et d’autres projets routiers. La production gazière devrait également augmenter en 2018, avec la mise en route du terminal flottant de gaz naturel liquéfié permettant, ainsi, de compenser le recul observé depuis 2016. Enfin, la produc­tion agricole devrait également continuer à augmenter grâce aux investissements visant à stimuler la productivité et à la politique de substitution aux importations. Des réali­sations qui ne seront possibles que si les engagements d’investissement étrangers et le développement de l’industrie locale se concrétisent.

Promesses d’investissements

Avec la deuxième édition du Cameroon Investment Forum (CIF), organisé par l’Agence de promotion des investisse­ments (API), les 11 et 12 novembre 2017 à Douala, la capitale économique du pays, le président Paul Biya a de quoi se réjouir. Pas moins de 1 200 participants issus de milieux d’affaires locaux et étrangers ont discuté, pendant deux jours, de la « mise en relation des porteurs de projets et des partenaires techniques et financiers pour la promotion de l’industrie locale et l’attrac­tion des investissements ».

Plus de 130 milliards de F.CFA d’in­vestissements ont été annoncés pour 25 projets au Cameroun qui avaient déjà été identifiés lors du premier Forum des investissements organisé à Yaoundé en 2016 à l’initiative du chef de l’État, mais qui peinaient depuis à concrétiser leur financement. Parmi les secteurs concer­nés figurent l’agro-industrie, l’industrie chimique, l’habitat social, l’énergie, les infrastructures aéroportuaires, portuaires et routières, ainsi que le tourisme pour lesquels les banques locales, les entre­prises africaines, européennes ou améri­caines ont marqué leur intérêt.

La chute des cours du cacao et du café, conjugués avec la baisse du prix du baril de pétrole, ont durement éprouvé les termes de l’échange du Cameroun, qui reste encore très dépendant des recettes tirées des exportations des matières premières ; néanmoins, le pays parvient à tirer son épingle du jeu. Son économie est l’une des plus diversifiées d’Afrique centrale grâce, notamment, à des implan­tations étrangères mais également au développement de l’industrie locale.

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Written by Christine Holzbauer

Christine Holzbauer travaille comme journaliste en Afrique pour les éditions en français de New African, African Business et African Banker depuis 2012. Auparavant, elle était correspondante régionale pour «L'Express », « La Croix » et « La Tribune », d’abord basée au Mali puis au Sénégal. Elle est diplômée de Sciences Po. Paris, a obtenu un DESS de la Sorbonne et fait ses études de doctorat à American University (Washington, D.C.) en relations internationales, développement et communication internationale.

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