Close
Avez-vous trouvé cet article intéressant?

African Banker

Cameroun : Quand l’assurance se digitalise  

Les solutions d’assurance via le mobile fleurissent au fil des jours et les compagnies s’adaptent aux nouvelles technologies. Enjeu : offrir aux plus de 18 millions d’abonnés mobiles les solutions d’assurance digitalisées.

Yaoundé, Beaugas-Orain Djoyum

Sébastien souscrit à une police d’assurance- Vie à la compagnie Activa Assurances depuis près de deux ans. Aujourd’hui, à travers son téléphone portable, il n’a plus besoin de se rendre en agence pour régler ses primes d’assurances. Avec Orange Came­roun, Activa a signé un partenariat qui permet à l’opérateur d’afficher sur sa plateforme de paiement mobile des factures via le service de règlement des factures de la compagnie.

Le régulateur intègre ce souci de vulgariser les produits d’assurance dans le sens d’accompagner les acteurs du secteur et non pas d’être un frein. La régulation accompagne ce qui est irréversible.

Dans le cas pratique, Sébastien a juste besoin de composer le code #150# et de le valider sur son téléphone pour accéder à la plateforme des différents services qu’il peut régler via son porte-monnaie électronique. Et parmi ces services, celui d’Activa. Dans son compte, il a déjà préenregistré les différentes polices d’assurance et les montants y afférant. En quelques secondes, il a terminé le règlement de ses primes d’assurance. Les paiements mensuels qu’il effectue sont ainsi simplifiés.

Ils sont donc nombreux comme Sébastien à utiliser régulièrement cette méthode de paie­ment des primes d’assurance. En toute sécurité. Et s’il arrivait que la compagnie d’assurances affirme ne pas avoir reçu la somme due ? « Lors du paiement, nous recevons par SMS un message indiquant que la prime a été payée. Et en cas de problème, on peut se présenter à l’agence avec ce SMS qui vaut reçu de règlement », explique Sébastien.

Micro-assurance

Ce service est un exemple de l’utilisation des TIC pour faciliter l’appropriation et la vulgarisation des produits d’assurance. Aussi, toujours avec l’opérateur Orange, Activa avait lancé en 2015 un autre service de micro-assu­rance baptisé « Activa Makala ». Cette fois-ci exclusivement dédié aux personnes défavorisées et accessible par Orange Money. Ce service couvre les accidents, y compris les plus graves, de la vie privée et de la vie professionnelle.

S’exprimant sur cet engagement dans les offres mobiles, Richard Lowe, le PDG du groupe Activa, expliquait en décembre 2015 qu’il est important de tirer avantage du fort taux de pénétration du mobile au Cameroun. « Nous sommes partis du constat selon lequel l’assurance a, en Afrique de manière générale, un taux de pénétration de 2 %. Or, celui de la téléphonie mobile est bien plus élevé, soit environ 70 %, voire plus de 90 % au Cameroun. Donc, il nous a semblé naturel de penser qu’en passant par la téléphonie mobile, notre cible pourrait être mieux atteinte. »

Mais Activa n’est pas la seule compagnie à s’engager dans le digital. En avril 2016, le conseil des ministres de la Conférence interafricaine des marchés d’assurance (CIMA) a autorisé AXA Cameroun à lancer son service de micro-assurance. Sont concernées par ce service les assurances en matière d’accidents corporels, de maladie et dommages aux biens. L’objectif étant de mettre à la disposition du plus grand nombre de Camerounais des produits adaptés, moins onéreux et accessibles aux personnes à revenus moyens.

Une nécessité

En plus des offres disponibles par mobile, les différentes compagnies d’assurances présentes au Cameroun disposent d’un site Web où elles exposent leurs différents services et produits. Mais de nombreux sites sur le Net n’offrent pas encore la possibilité aux Camerounais de souscrire à des polices d’assurance en ligne sans se déplacer en agence. Area Assurances, une compagnie basée à Douala, a lancé ce service en ce mois de juillet 2017. Elle est engagée dans un partenariat avec le cabinet de conseil en assurances P2A (Prévoyance, Assistance et Assurance) de Protais Ayangma, qui développe un logiciel, InsurAfrica, destiné à intégrer la possibilité de souscrire une police d’assurance ou encore de régler ses primes d’assurances uniquement en ligne.

Le directeur d’Area Assurance, Jacob Sindze, explique pourquoi à la revue spécialisée Tic Mag : « Il nous semblait tout à fait légitime à ce moment où le monde opère une transition très rapide vers la technologie, de trouver des solutions d’assurance tenant compte de l’accélé­ration de l’Internet et de la digitalisation. C’est pour cela que tout naturellement nous nous sommes tournés vers cette solution qui est celle de demain pour l’activité de l’assurance. » Pour lui, il est inéluctable que la digitalisation soit la solution de demain pour le développement de l’assurance au Cameroun.

Protais Ayangma est un professionnel camerounais du secteur de l’assurance, connu pour avoir fondé la compagnie La Citoyenne et pour avoir dirigé Saham Cameroun. Pour lui, à l’ère du numérique, il est important que les compagnies d’assurances se digi­talisent et s’adaptent aux habitudes des Camerounais.

« Le travail des assureurs aujourd’hui doit être de trouver de bons produits d’assurance et de les proposer au plus grand nombre. Les choses vont très vite en matière de pénétration de l’Internet mobile au Cameroun. Le gouvernement a fait des infrastructures numériques, notamment la fibre optique, une priorité. Je suis confiant pour les perspectives car les assureurs devraient en profiter. »

Le rôle des femmes

Celui qui a été huit ans président de la FANAF (Fédération des sociétés d’assurances de droit national africaines) conseille : « En matière de démocratisation des produits d’assurance, il faut davantage communiquer. Les gens ne savent pas toujours ce qu’est l’assurance. Il faut que les assureurs leur permettent d’accéder à ces produits en toute simplicité où qu’ils se trouvent. »

Autre défi à relever par les assureurs, celui des coûts des produits de l’assurance digitalisée et de la réorientation des cibles. Chrétien Tabet­sing, directeur général d’Alliance Financial Cameroun, avance une piste : « Puisque l’objectif est d’augmenter le taux de pénétration de l’assu­rance au Cameroun, il faudrait aussi songer à une réduction des frais, mais également à une classe particulière : les femmes. Si une femme est assurée, elle n’oubliera pas ses enfants. Si une femme dans un ménage est sécurisée, c’est pratiquement toute la famille qui est sécurisée. C’est une catégorie vers laquelle il faut orienter la stratégie de digitalisation. »

Les pouvoirs publics poursuivent leurs efforts de régulation, après une période de « réglementation assez contraignante, surtout pour les distributeurs de produits d’assurance », ainsi que le reconnaît Blaise Abel Ezoo Engolo, le directeur en charge des assurances au minis­tère des Finances. « Le régulateur voulait que ceux qui parlent d’assurance sachent effective­ment de quoi ils parlent. Certains disent que les assureurs vendent des promesses et du vent. Il s’agissait donc pour le régulateur de s’assurer que ce ne soit pas du vent qu’ils vendent. Celui qui devait distribuer les produits de l’assurance devait être un fin connaisseur de ce qu’il fait ! »

Aujourd’hui, le ministère est disposé à accompagner la digitalisation des services. En permettant notamment à des services tiers de proposer les solutions d’assurance digitalisées. « Parlant des distributeurs des produits d’assurance, si l’on prend le cas des call-boxeurs (vendeurs de crédit de communi­cation), ils ne seront pas là pour convaincre. Ils vont simplement présenter le produit au potentiel client. Le régulateur intègre ce souci de vulgariser les produits d’assurance dans le sens d’accompagner les acteurs du secteur et non pas pour être un frein. La régulation est là pour accompagner ce qui est irréversible. La tutelle encourage l’introduction du digital dans le secteur de l’assurance », rassure Blaise Abel Ezoo Engolo. Ainsi, assureurs et gouvernement regardent dans la même direction : celle de la démocratisation des produits de l’assurance via le numérique.

ENCADRE

Un marché en ligne des assurances

En marge du forum Assurtech, un événement organisé le 31 mai 2017 à Douala par le cabinet de conseil en assurance P2A pour présenter aux Camerounais « Les technologies qui assurent », Protais Ayangma, ex-directeur de Saham Cameroun et actuel directeur général de P2A, a présenté l’application Mica Assurances.

Cette application, conçue en partenariat avec les jeunes développeurs d’Abbia Digital, permet aux assurés d’accéder, sur la même application, à plusieurs offres d’assurance de différentes compagnies du pays. Aussi, elle permettra aux compagnies de mieux commercialiser et faire connaître leurs produits et services d’assurance auprès du grand public. Car chaque compagnie mettra ses produits sur cette plateforme.

Les internautes ou mobinautes y retrouvent des formulaires et questionnaires généralement demandés par chaque assureur. L’utilisateur peut donc remplir son formulaire et payer sa prime à partir de son terminal, ordinateur ou smartphone sans avoir besoin de se rendre en agence. Une fois pleinement testée, l’application est disponible depuis juillet 2017. Une application saluée par l’ensemble des professionnels de l’assurance réunis à Assurtech.

Rate this article

Author Thumbnail
Written by Beaugas-Orain Djoyum

Beaugas-Orain Djoyum est correspondant Senior à IC Publications. Il s’intéresse particulièrement aux questions économiques et financières. Beaugas est aussi directeur Afrique centrale de l’Agence Ecofin. Les TIC et Télécommunications sont également des domaines où l’on retrouve ses écrits. Il est directeur de publication de www.ticmag.net, la plateforme web d’actualités sur les TIC et Télécommunications en Afrique centrale. Il est par ailleurs Rédacteur en chef du magazine panafricain spécialisé Réseau Telecom Network. Beaugas-Orain Djoyum a également créé ICT Media Agency, un cabinet de veille stratégique et de fourniture de contenus médiatiques.

Related Posts

  • Nominations & Agenda

    La Côte d’Ivoire, la Guinée et la Guinée équatoriale ont nommé un nouvel administrateur à la Banque africaine de développement (BAD). Moussa Dosso peut compter …

  • Opinion : Nos banques font-elles leur métier?

    Les progrès réalisés par les banques africaines ces vingt dernières années sont indiscutables. L’Afrique est dotée de banquiers visionnaires qui ont permis la réalisation de …

  • Togo : L’État veut des banques plus actives

    Le Togo bénéficie d’un secteur bancaire solide et en croissance. Néanmoins, l’État considère qu’il concourt trop peu au financement de l’économie, et multiplie les initiatives …

  • 4e édition du Forum Africa SMB

    La 4e édition du Forum Africa SMB s’est tenue le 8 juin dernier à Paris. Malgré des rencontres régulières pour accompagner les PME en Afrique, …

Recevez nos Newsletter

Si vous souhaitez recevoir par mail une information pertinente, crédible et incontournable, inscrivez-vous à notre newsletter.

Aidez-nous à améliorer notre contenu