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Cameroun: Difficile essor de l’assurance santé

Des compagnies privées développent, non sans mal, des formules pour permettre aux populations d’accéder à l’assurance santé, un service souvent considéré comme un luxe, au Cameroun.

Par Eugène Shema

Il arrive que des familles s’appauvrissent subitement, lorsqu’un problème de santé occasionne une charge financière importante. C’est le cas des maladies virales comme les hépatites, des opérations chirurgicales, le dépistage et le traitement de cancers, de certains examens de laboratoire, etc.

Dans un rapport présenté devant des chefs d’entreprise aux universités du Groupement interpatronal du Cameroun (Gicam), en juin 2015, le professeur Pierre Ongolo-Zogo, spécialiste des questions de santé publique, relevait le fait que les paiements directs des ménages pour leur santé appauvrissaient des familles « dont certaines vendaient leur patrimoine en cas d’hospitalisation ».

Il constate qu’« à peine 2 % des Camerounais disposent d’une couverture face au risque maladie, alors que ce dernier est universel ». Pour 98 % de la population, la prise en charge des urgences médicales et chirurgicales est généralement conditionnée au paiement préalable.

En l’absence de couverture publique, les rares personnes privilégiées sont essentiellement des travailleurs assurés par leur entreprise. Les conditions exigées par les sociétés d’assurance n’aident pas à la démocratisation de l’assurance maladie. Un marché à prendre ?

D’après le Rapport sur le marché camerounais des assurances : exercice 2014, publié par l’Association des sociétés d’assurance du Cameroun (ASAC), le pays comptait 24 sociétés d’assurances, dont 16 en dommages et huit en assurance vie. « La répartition par branche met largement en évidence les assurances de dommages qui représentent 72,5 % du marché avec un chiffre d’affaires de 117,09 milliards F.CFA (environ 178 millions d’euros) », note l’ASAC, qui s’appuie sur les données de la CIMA (Conférence interafricaine des marchés d’assurances).

Les accidents corporels et la maladie (un des éléments des assurances Dommages) avaient un poids de 23,5 % sur le marché des assurances en 2014 et avaient généré, au cours de cet exercice, 27,6 milliards F.CFA (41,9 millions d’euros).

L’expérience pilote de MC2 Santé

La plupart des assurances qui interviennent dans la branche Dommages ne proposent pas une assurance santé pour les particuliers. Chez NSIA Cameroun, comme dans d’autres sociétés, l’assurance santé est un « produit en groupe ». Il faut, pour ce produit, un minimum de 20 personnes, ce qui tend à le proposer à des entreprises ou des familles.

«Pour une seule personne, ce serait cher », explique un cadre de la compagnie. Le taux de couverture peut aller de 50% à 100 % des frais engendrés par la prise en charge de la maladie de l’assuré, selon le type et le montant de contrat annuel auquel le groupe de personnes souscrit.

Pour une vingtaine de personnes, le coût de la souscription peut aller très facilement au-delà de 1 million de F.CFA (1 520 euros). Afriland First Bank a lancé, au début des années 1990, les Mutuelles communautaires de croissance (MC2), institutions de micro-financement du développement rural.

La philosophie de ces mutuelles : contredire la pensée économique classique qui affirmait que « le pauvre est trop pauvre pour épargner et pour recevoir un crédit ». Conditions pour y adhérer à la création de ces MC2 en 1992 : faire un dépôt de 12 000 F CFA (18,20 euros) à l’ouverture du compte et épargner au moins mensuellement 1 000 F CFA (1,52 euro). L’octroi de crédit aux mutualistes offre des taux attractifs. Aujourd’hui, il existe 37 structures de ce type à travers le territoire camerounais.

En 2013, constatant un secteur délaissé par l’État et les opérateurs privés, Afriland First Bank, l’ONG ADAF (qui accompagne MC2 depuis leur création en apportant l’appui au niveau de la formation), et le groupe de la SAAR (Société africaine d’assurances et de réassurance) qui évolue dans le giron d’Afriland First Group, ont décidé de lancer les « MC2 Santé », produit présenté comme « l’assurance maladie pour les couches vulnérables ».

Un succès tardif

La SAAR, qui pilote le service, demande d’abord au potentiel client, en zone rurale ou éloignée, d’adhérer à la MC2. Ensuite, le mutualiste doit payer 10 000 F.CFA (15,20 euros) de prime, pour sa couverture sur une durée d’un an dans les principaux hôpitaux publics et confessionnels partenaires de la SAAR. « Le plafond de remboursement est de 300 000 F.CFA par personne et par an, ceci pour une prise en charge totale à 100 % », explique la SAAR.

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Written by African Banker

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