Close
Avez-vous trouvé cet article intéressant?

African Business

Cameroun : Concurrence accrue dans le ciment

Depuis l’inauguration, le 16 décembre 2016 à Douala, de la cimenterie Medcem, le Cameroun compte désormais quatre producteurs de ciment. Accentuant la concurrence au monopole de Cimencam, entamée depuis trois ans.

Par Eugène Shema

Des Turcs, des Marocains, des Nigé­rians et des Français. Telles sont les nationalités représentées sur le marché du ciment, au Cameroun.

Le Premier ministre a inauguré à Douala la cimenterie Medcem, filiale du groupe turc Eren Holding. Dernière née dans le secteur, elle est dotée d’une capacité de production de 600 000 tonnes, extensible à 1 million de tonnes par an.

Avec cette usine, la capacité de production de ciment au Cameroun culmine désormais à 4,3 millions de tonnes par an.

Ce volume est aussi le résultat de l’instal­lation d’une usine à Douala par le marocain Ciments d’Afrique (Cimaf), filiale du groupe Addoha de Anas Sefrioui, avec une capacité de production de 500 000 tonnes par an, exten­sible à 1 million de tonnes selon la demande.

Deux mois avant Cimaf, c’était le milliar­daire nigérian Aliko Dangote qui rece­vait le Premier ministre, Philemon Yang, pour la coupure du ruban de Dangote Cement Cameroon, cimenterie d’un coût de 70 milliards de F.CFA (106 millions d’eu­ros) pour une capacité de production de 1,5 million de tonnes par an.

Dangote Cement Cameroon envisage d’étendre sa capacité de production en installant une usine à Yaoundé en 2017, également d’une capacité de produc­tion annuelle de 1,5 million de tonnes.

Ces trois nouveaux acteurs, instal­lés en l’espace de trois ans seulement, sont venus bousculer le monopole exercé par les Cimenteries du Cameroun (Cimencam) pendant un demi-siècle.

La filiale du groupe français Lafarge (devenu LafargeHolcim en 2015), qui a implanté sa première usine au Cameroun en 1963, a aujourd’hui une capa­cité de production annuelle de 1,6 million de tonnes.

L’impact de cette concurrence est positif : le ciment est disponible régulière­ment. Seul bémol : le sac de 50 kg coûte encore 4 500 F.CFA (6,84 euros), tardant à enregistrer une baisse significative.

Promotion des investissements

La proximité des dates, dans l’installa­tion des récentes usines, n’est pas à mettre au compte du hasard. C’est la résultante d’efforts entrepris par le gouvernement camerounais depuis trois ans à la faveur de la promulgation, en avril 2013, par le président de la République, de la « loi fixant les incitations à l’investissement privé en République du Cameroun ».

Suivie par la mise en application du ministère des Mines, de l’industrie et du développement technolo­gique (Minmidt) et par le travail de l’Agence de promotion des investissements (API), cette loi accorde de nombreux avantages fiscaux, douaniers, administratifs aux investisseurs souhaitant s’établir au Cameroun, pendant la phase d’installation de leur projet comme dans sa phase de production.

Ainsi, nos trois nouveaux producteurs de ciment ont bénéficié des dispositions de cette loi. Pendant la phase de production, ce texte stipule par exemple que l’opérateur bénéficie de l’exonération du droit de sortie sur les produits manufac­turés localement.

Il peut, en outre, bénéficier de l’exemption du paie­ment de droits, taxes, et redevances de douane, sur les importations de biens d’équipement destinés à être affectés et utilisés pour son programme d’investissements.

Vers de nouvelles infrastructures

Sont tout aussi significatifs « l’exonération de la patente, l’exonération des taxes et droits de douane sur tous les équipements et matériels, l’enlèvement direct des équipements et matériels lors des opérations de dédouanement, l’exonéra­tion de la taxe foncière sur les immeubles bâtis, ou non, faisant partie du site dédié à l’unité de transformation et de tout prolongement immo­biliers par destination », entre autres éléments.

Cette vision comprend la construction de barrages hydroélectriques (Lom Pangar, Memve’ele, Mekin) pour fournir l’énergie ; de ports (port en eau profonde de Kribi et complexe industriel prévu autour du projet) ; d’autoroutes (Yaoundé – Douala ; Yaoundé – Nsimalen) ; de ponts (deuxième pont sur le Wouri), stades et infrastructures hôtelières en prévision de la Coupe d’Afrique des Nations masculine de football que le pays organise en 2019, logements, etc.

Et la matière première indispensable est le ciment. Le gouvernement s’est engagé « à maintenir la disponibilité des intrants (ciment, fer à béton, etc.) de façon à ce que des réponses adéquates soient fournies à la demande. Les autorités encourageront la production locale de ces matériaux».

La crainte de faire face à une pénurie comme celle vécue en 2008, avec autant de chantiers, a aussi oeuvré pour l’ouverture du marché à d’autres acteurs. « Pour comprendre l’évolution de l’offre de ciment au Cameroun, il faut se rappe­ler qu’en 2007 et 2008, le Cameroun a connu une sévère pénurie de ce produit, imputable, pour l’es­sentiel, à l’insuffisance de la production locale.  

À la suite de cet événement, le gouvernement a décidé d’encourager les investissements dans ce secteur stratégique, en même temps qu’il procédait à la libéralisation de ce marché jadis considéré comme tabou. C’est le sens de la révision à la baisse du tarif extérieur commun applicable à l’importation de ciment et du lancement, en 2009, d’un programme spécial d’importation de 100 000 tonnes de ciment », rappelle le ministère du Commerce.

De nouveaux acteurs sur les rangs

Qui considère que ces mesures ont, « l’une et l’autre, contribué à ramener la sérénité dans ce marché ». Depuis lors, de nouveaux investissements ont été réalisés, d’abord par la Cimencam, l’opérateur historique, qui a porté sa capacité de production à 1,6 million de tonnes contre 1,1 million de tonnes aupa­ravant, et par de nouveaux industriels.

D’après les données du ministère de l’Éco­nomie, la demande nationale de ciment au Cameroun est évaluée à plus de 3 millions de tonnes par an et projetée à 8 millions de tonnes en 2020. Pour satisfaire cette demande, en l’état actuel de la production qui culmine à 4,3 millions de tonnes, il faudra avoir recours à des importations.

Les nouveaux investisseurs ne sont donc pas de trop pour un marché en plein essor. On annonce de longue date l’intérêt de deux autres cimentiers pour le Cameroun : le coréen Afko Cement et l’allemand GPower Cement.

Reflet du cap fixé cette année par le gouvernement, le ministère des Travaux publics a reçu la plus importante dotation dans le budget de l’État pour l’exercice 2017, soit 461,9 milliards de F.CFA (704 millions d’euros) sur les 4 373,8 milliards de F CFA (6,7 milliards d’euros) de l’enveloppe globale.

1

Rate this article

Author Thumbnail
Written by African Business

Fort de son succès, ce magazine est une référence pour les femmes et les hommes d’affaires en Afrique. Il permet aux décideurs d’avoir une approche concrète du marché et de saisir de nombreuses opportunités à travers le continent africain. African Business est respecté et reconnu pour son intégrité éditoriale et sa contribution au développement de l’Afrique. Tous les secteurs de l’économie sont couverts par des journalistes renommés. Les numéros annuels sur les “200 Premières banques” et les ‘‘250 Premières entreprises’’ sont devenus de réels outils de travail et des indicateurs du climat des affaires en Afrique. Chaque année, les Trophées d’African Business récompensent la réussite des entrepreneurs et des les entreprises les plus performantes du continent.

Related Posts

Recevez nos Newsletter

Si vous souhaitez recevoir par mail une information pertinente, crédible et incontournable, inscrivez-vous à notre newsletter.

Aidez-nous à améliorer notre contenu