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Burkina Faso : Un fonds d’investissement pour les start-up

À travers le programme « Burkina Start-up », le président Roch Marc Christian Kaboré veut rendre concrète sa promesse de campagne : créer des conditions favorables pour l’insertion professionnelle des jeunes.

Ouagadougou, Rodrigue Arnaud Tagnan

Depuis 2017, le Burkina Faso dispose d’un fonds d’investissement de 10 milliards de F.CFA échelonné sur cinq ans, destiné à financer la création des start-up. Concrétisé en juillet 2017 par le ministère de l’Économie, des finances et du développement, à travers le Fonds burkinabè pour le développement économique et social (FBDES), le programme « Burkina Start-up » identifie de nouvelles entreprises rentables et les accompagne dans le développement de leurs activités.

Les projets sélectionnés en 2017 concernent des secteurs structurants de l’éco­nomie burkinabè telles que l’agroalimentaire, l’agriculture, l’énergie, les télécommunications et les TIC.

D’après Blaise Parfait Kiemdé, directeur général du fonds, l’objectif du gouvernement est de faciliter l’accès des jeunes pousses à un financement direct. Tout en permettant à l’État, via le FBDES une prise de participation (capital-risque ou capital de croissance) de l’ordre de 10 %.

Une stimulation pour l’auto-entrepreneuriat

Pour la phase pilote de ce programme qui a débuté en 2017, l’État avait mis à la disposition du FBDES quelque 3 millions d’euros, alors que celui-ci avait reçu 421 dossiers pour un besoin de financement qui s’élevait à 22 millions d’euros. Le budget disponible a permis de sélectionner douze jeunes entreprises, ayant chacune bénéficié d’un appui financier de 23 000 à 61 000 euros.

« L’annonce du programme a suscité un engouement chez la plupart des jeunes diplômés, y compris ceux de la diaspora ; les jeunes d’aujourd’hui veulent de plus en plus s’essayer à l’auto-entrepreneuriat », se réjouit le directeur du FBDES. Blaise Parfait Kiemdé nourrit fortement l’espoir de voir naître des entreprises porteuses de croissance et capables de stimuler dans l’immédiat l’économie du Burkina Faso.

De son côté, Mahamadi Rouamba, promo­teur du centre d’incubation BeoogoLab, se montre plus prudent. Il prévient de tout excès d’optimisme qui engendrerait des désillusions : « Il est impératif qu’on fasse comprendre aux jeunes qu’une idée n’est pas une entreprise. Et que sa mise en oeuvre ne génère pas nécessai­rement de plus-value. »

Sur ce point, Blaise Parfait Kiemdé tient à rassurer : « Les douze retenus sont ceux qui avaient leur entreprise déjà formalisée. C’est-à-dire qu’au stade de la sélection, ils étaient à la maturation d’un plan d’affaires. Notre apport a été de les former en entrepreneuriat et de les accompagner sur le plan juridique pour le démarrage de leurs activités. Aujourd’hui chacune de ces start-up est une entreprise qui fonctionne en bonne et due forme. »

La dernière enquête multisectorielle conti­nue, effectuée en 2014 par l’Institut national des statistiques et de la démographie (INSD), indique un taux de chômage important chez les jeunes actifs : 14,1 %. Dans son programme présidentiel, le futur chef de l’État avait fait de l’emploi des jeunes une priorité de son quinquennat.

Une solution pérenne au chômage des jeunes

Le programme « Burkina Start-up » ambi­tionne ainsi de créer pour les cinq prochaines années 10 000 emplois directs à travers la nais­sance d’une centaine de PME. Si le programme couvre tous les secteurs d’activité, le FBDES accorde une attention particulière aux projets innovants à fort potentiel de croissance, admet son directeur Blaise Parfait Kiemdé : « Nous pensons que l’innovation est au coeur du déve­loppement. Et nous voulons nous assurer que ceux que nous accompagnons ont un business model viable, qu’ils sont capables d’optimiser leur intervention pour participer à la croissance à court terme. »

De fait, les projets sélectionnés en 2017 concernent des secteurs structurants de l’éco­nomie burkinabè telles que l’agroalimentaire, l’agriculture, l’énergie, les télécommunications et les TIC. Deux projets ont séduit le jury.

Le premier, Agri Minga, propose une solution technologique pour la culture des terres arides à partir d’un mécanisme facilitant l’approvi­sionnement des plantes en éléments nutritifs. Tandis que le second, Faso Drone, permet de détecter et d’éliminer, grâce aux aéronefs conçus à cet effet, les espèces envahissantes dans les exploitations agricoles. 

ENCADRE

De jeunes pousses dynamiques

Depuis quelques années, les jeunes Burkinabè se font de plus en plus remarquer dans le domaine de l’innovation. En l’espace de quatre ans, au moins une dizaine d’incubateurs ont vu le jour à Ouagadougou. Créé en 2015, le centre d’entreprenariat numérique BeoogoLab, dirigé par le jeune Mahamadi Rouamba, témoigne du dynamisme et du génie créateur de la jeunesse burkinabè, qui a su profiter de l’ouverture au monde avec les technologies de l’information et de la communication.

À l’actif de Mahamadi Rouamba, dont la structure génère déjà un chiffre d’affaires annuel de plus de 760 000 euros : la conception de la plateforme QG Jeune pour la promotion de la santé sexuelle et reproductive ; et la plateforme mobile HealthBurkina permettant au ministère de la Santé d’avoir une remontée en temps réel des informations sanitaires des six districts de la région du Nord.

Ces deux plateformes numériques ont été conçues par TICAnalyse, le bureau d’ingénierie numérique et d’appui conseil en transformation digitale qu’il a fondé en 2011. TICAnalyse constitue un puissant levier de financement pour les projets soutenus le centre d’incubation BeoogoLab. « Nous disposons non seulement des fonds, mais aussi de la ressource humaine et technique », explique Mahamadi Rouamba.

Actuellement, BeoogLab accompagne onze projets, dont six en incubation et cinq en accélération, dans les domaines de la santé, de la sécurité et de l’éducation.

À 32 ans, le jeune gestionnaire de projet technologique est convaincu que le développement des services en ligne offre des opportunités d’investissement dans le e-commerce, secteur à fort potentiel de croissance en Afrique et au Burkina Faso. Ainsi, depuis mai 2017, TICAnalyse a lancé SwagPay, une plateforme de paiement en jetons électroniques. SwagPay permet d’acheter et de vendre sur Internet en toute sécurité via les porte-monnaie mobiles.

« Nous avons remarqué que beaucoup de transactions se font sur les réseaux sociaux. Mais, les acteurs n’ont aucun moyen de payement direct. D’où l’idée de lancer cette plateforme, car le rôle d’une start-up, c’est d’identifier un problème et proposer une solution », argumente-t-il.

Outre BeoogoLab, le Burkina Faso compte des incubateurs tout aussi dynamiques tels que la Fabrique, spécialisée dans l’entrepreneuriat social, ou encore le technopôle 2iE qui évolue dans l’environnement. Le challenge serait d’arriver à créer une bonne synergie d’action entre ces différents acteurs pour renforcer un peu plus le pôle de développement que constitue Ouagadougou.

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Written by African Banker

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