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African Business

Burkina Faso : Nouvelle boussole

Adopté en juillet 2016, le Plan national de développement économique et social est le nouveau référentiel de développement du Burkina Faso, pour la période 2016-2020.

Ouagadougou, Tiégo Tiemtoré

Alors que les partenaires au dévelop­pement attendaient un second cycle 2016-2020 de la stratégie de crois­sance accélérée et de développement durable (SCADD 2011-2015), le nouveau président du Burkina Faso, Roch Marc Chris­tian Kaboré, ne voulant pas se contenter de suivre le programme de son prédécesseur, a décidé de se doter d’un nouveau programme national de développement. Ce référentiel va guider la politique économique et sociale du pays, lors de son quinquennat.

Le PNDES (Plan national de dévelop­pement économique et social) s’inscrit dans le cadre du programme présidentiel « Bâtir avec le peuple un Burkina Faso démocratique, de progrès économique et social, de liberté et de justice», socle du programme du président Kaboré.

La mise en oeuvre de ce référentiel de développement devra permettre la réalisation d’« une croissance forte et soutenue susceptible de réduire considérablement et durablement la pauvreté». Le PNDES table sur une hypothèse de croissance moyenne de 8 % l’an et une réduction de la pauvreté (de 40,1 % à moins de 35 % en 2020), et envisage une politique de développement de pôles de croissance régio­naux, en vue de doter les régions à fort poten­tiel économique d’infrastructures modernes et d’attirer l’investissement privé.

Le coût total induit par la mise en oeuvre du PNDES est estimé à 15 500 milliards de F.CFA (24 milliards d’euros), pouvant être financés sur ressources propres de l’État à hauteur de 9 350 milliards de F.CFA, soit 60,3% du coût total. Il reste ainsi 6 150 milliards de F.CFA à trouver. Le volume de ce financement sera couvert par les investissements publics et privés burkinabè et par les bailleurs et inves­tisseurs étrangers.

Opération séduction

Après l’onction des Assisses nationales sur le PNDES, en juin, le gouvernement burki­nabé prévoit une table ronde des bailleurs de fonds en décembre 2016 à Paris. Des finance­ments ont été annoncés pour le PNDES. La Banque mondiale vient ainsi de débloquer 150 millions $. Rejoignant les initiatives du Danemark, du Luxembourg, de la Belgique et de la BID (Banque islamique de dévelop­pement), qui a un représentant-pays depuis 2015.

Après avoir bénéficié en juillet 2008, d’un premier financement américain d’envi­ron 480,9 millions $ (soit 240 milliards de F.CFA) d’une durée de cinq dans le cadre du Millenium Challenge Account, le Burkina Faso en espère un second. Taïwan mettra à la dispo­sition du Burkina Faso, sur la période 2017- 2018, une enveloppe 28,2 milliards de F.CFA (43 millions d’euros) pour la mise en oeuvre de 26 projets. Quant à l’Union européenne, les appuis budgétaires programmés dans le cadre du 11e FED portent jusqu’en 2020, sur plus de 260 milliards de F.CFA (395 millions d’euros).

Vaincre les inerties

Le PNDES tirera profit des nouveaux cadres de coopération-pays qui épouseront les axes prioritaires : la Banque mondiale, avec le nouveau Cadre de partenariat-pays 2017- 2020, et la BAD, avec le Document de stra­tégie Pays (DSP 2017-2021). La BAD entend intervenir également à travers deux secteurs clés que sont l’accès à l’énergie et la promotion des infrastructures de transformation structu­relle. « La question de l’énergie apparaît comme un obstacle à la transformation de l’économie et la promotion de la croissance. Les orientations stratégiques de ce DPS cadreront avec le nouveau référentiel de développement du Burkina Faso, le PNDES », commente la représentante rési­dente, Antoinette Batumubwira.

La mise en oeuvre du nouveau plan ne sera optimale qu’avec une volonté politique de vaincre les inerties. Aux grèves à répéti­tion dans la fonction publique, s’ajoutent les difficultés à régler la dette intérieure, l’atten­tisme des investisseurs face aux risques sécu­ritaires et le chômage des jeunes (les moins de 35 ans représentent plus de 35 % de la population).

Le renforcement du dispositif sécuritaire en vue de faire face aux menaces djihadistes demeure un défi majeur pour la reprise économique, particulière­ment après l’attaque terroriste de janvier 2016. L’urbanisation s’est accélérée au cours des dix dernières années et pourrait atteindre 35 % en 2026, alors que les villes restent insuffisamment dotées pour assu­rer leur gestion durable.

ENCADRE

Rosine Sori-Coulibaly fera appel à la diaspora

Cette cinquantenaire qui est à sa première expérience gouvernementale est le chef d’orchestre de la mise en oeuvre du PNDES, en tant que ministre de l’Économie, des finances et du développement. La ministre a fait carrière dans les hautes fonctions du Système des Nations unies, en Mauritanie, au Burundi, au Togo et au Bénin. Aussi, les Burkinabé fondent beaucoup d’espoir dans son initiative. Dans la conduite de ce nouveau plan de développement, Rosine Coulibaly devra aussi faire face à une société civile très vigilante et de plus en plus politisée, qui ne veut pas que le PNDES soit la seule affaire des politiques. De sa longue expérience à l’étranger, le contact avec les compatriotes l’a convaincue que la diaspora peut jouer un rôle important. Aussi, Rosine Coulibaly veut-elle « mobiliser les ressources nationales et organiser des levées de fonds auprès de la diaspora, sous la forme de diaspora bonds ».

ENCADRE

Les mines en pôle position

Les performances du secteur minier seront très attendues, avec l’entrée en application du nouveau Code minier, l’ouverture de nouvelles mines d’or et la quête de nouveaux investisseurs asiatiques notamment. Les ressources aurifères participent pour plus de 12 % dans la formation du PIB du Burkina Faso.

La production aurifère projetée en 2016 est de 40 tonnes. Cette quantité passera à 40,9 tonnes en 2017 puis à 44,7 tonnes en 2018, pour s’établir à 47,7 tonnes en 2019, soit une hausse moyenne annuelle de 7 % sur la période 2016-2019.

Le secteur sera renforcé par la mise en exploitation des nouvelles mines d’or de Karma (True Gold), Yaramoko (Rox Gold), Nianka-Nogbelé (Gryphon Minerals), Konkera (Ampella Mining), Bomboré (Orezone Resources), Houndé (Avion Gold) et Kiaka (Kiaka Gold).

Quant au zinc, la production attendue serait de 130 000 tonnes par an sur la période 2016-2019. Concernant le manganèse, il est attendu une production de 500 000 tonnes en 2017, qui passera à 750 000 tonnes en 2018 et à 1 million de tonnes en 2019, avec Pan African Tambao de Franck Timis. De gros espoirs résident dans la diversification du secteur. Des études préliminaires indiquent « quelques informations très intéressantes, sur des dépôts qui étaient inconnus jusqu’à maintenant et comprenant l’or, le lithium, le nickel et un peu d’uranium », selon le ministre des Mines, Alfa Omar Dissa.

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Written by African Business

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