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Politique

Burkina Faso : Le Dialogue national cherche sa voie

Promis par le président Roch Marc Christian Kaboré dès le début de son mandat, le processus de réconciliation peine à se réaliser, face aux impératifs de justice.

Ouagadougou, Tiego Tiemtoré

La réconciliation nationale demeure un enjeu majeur pour le Burkina Faso. L’histoire du pays est traversée de différents soubre­sauts et de nombreuses victimes exigent justice et réparation. Pour le président de la Convergence citoyenne et panafricaine (CCP), So Ousmane, « la situation poli­tique, économique et sociale délétère exige de l’ensemble des citoyens burkinabè le dépas­sement de soi et de mettre de côté les intérêts individuels pour converger vers un destin commun. Seule la réconciliation nationale, gage du retour d’un climat de paix indispen­sable permettra la relance de notre pays sur les chantiers du développement ».

Cinq chantiers prioritaires, que sont la vérité, justice et réconciliation nationale ; les réformes constitutionnelles, politiques et institutionnelles ; la réforme électo­rale ; les finances publiques et le respect du bien public ; la gestion des médias et de l’information.

C’est à ce titre que le gouvernement de transition avait, en 2015, mis en place une Commission pour la réconciliation nationale et les réformes (CRNR), dis­posant du mandat de proposer les outils et suggérer les réformes nécessaires en vue d’un renouveau national sur cinq chantiers prioritaires, que sont la vérité, justice et réconciliation nationale ; les réformes constitutionnelles, politiques et institutionnelles ; la réforme électo­rale ; les finances publiques et le respect du bien public ; la gestion des médias et de l’information.

Difficile mission

Le chantier institutionnel de la réconciliation est porté par le Haut conseil pour la réconciliation et l’unité nationale, (HCRUN) depuis jan­vier 2016. La création de cette institution chargée de « solder le lourd passif de notre histoire commune et d’établir les fondations d’une nation véritablement démocratique, juste, libre et inclusive », avait été une recommandation forte dans le rapport final de septembre 2015 de la CRNR.

Pour l’instant, le Haut conseil, miné par des dissensions internes au point de se discréditer, sème le doute sur ses capa­cités réelles à accomplir la mission qui lui a été confiée. À une certaine partie de l’opinion qui accuse le Haut conseil de traîner les pieds, le chef de l’État a réaffirmé que « le peuple burkinabè veut savoir la vérité sur un certain nombre de crimes aussi bien politiques qu’écono­miques. Nous avons le devoir de faire en sorte qu’à tous les niveaux, la justice nous permette de savoir comment les choses se sont passées. Je souhaite que la lumière soit faite et que chacun en fonction du rôle qu’il a pu jouer en son temps puisse s’assu­mer devant le peuple burkinabè. Ce que le Burkinabè cherche n’est pas de se venger de quelqu’un. Il a besoin qu’on lui dise ce qui s’est réellement passé, il a besoin qu’on situe la responsabilité de chacun ».

Le Présimètre est une plateforme qui évalue l’action du chef de l’État et qui propose des actions pour renforcer son mandat. Il conclut notamment : « Le chef de l’État doit être l’incarnation de l’unité nationale et de la réconciliation. Il doit affirmer ce rôle et engager une consulta­tion des forces vives, aux fins d’entériner une réforme du Hcrun. Il en sera déduit une vision du vivre ensemble, l’aval de la doctrine prônée par le Collège de sages et la CRNR sur la réconciliation, une politique assortie d’une stratégie de dialogue national pour renouer le fil de la confiance et miti­ger la défiance et la méfiance citoyenne. »

La CODER passe à l’offensive

Face à l’urgence d’impulser la dyna­mique réconciliatrice au Burkina Faso et de vider tous les contentieux passés et réinventer un vivre-ensemble nouveau, l’offre politique est venue de la Coalition pour la démocratie et la réconciliation. La CODER, constituée des partis poli­tiques proches de l’ex-président Blaise Compaoré, a fait du pardon et de la réconciliation nationale, son cheval de bataille dès sa création en 2016. Le leit­motiv de la CODER est de faire de la « réconciliation nationale, une réalité au Burkina Faso ».

Même si elle peut être suspectée par une partie de l’opinion publique et surtout par des acteurs poli­tiques qui voient dans son initiative une ruse et une prime à l’impunité, elle a eu le mérite de proposer une offre dans l’agenda de la question de la réconcilia­tion. « Le processus de réconciliation natio­nale doit intégrer tous les Burkinabè, et il faut aller vers chacun d’entre eux. Aller voir quelqu’un ne veut pas dire l’absoudre. Cela ne veut pas dire que la personne n’a pas de responsabilité dans ce qui se passe. Il s’agit seulement de lui donner la liberté et la pos­sibilité de s’exprimer. C’est l’ensemble des vérités mises en commun qui va permettre d’éclairer le peuple burkinabè et de sortir la vérité », explique Gilbert Ouédraogo, l’un des leaders de la CODER.

Comment pardonner ?

La Journée nationale du pardon (JNP) instituée en 2001 sur proposition du Collège de sages, et qui devrait trou­ver les mécanismes nécessaires pour une sortie heureuse de la crise sociopolitique qui a suivi l’assassinat de Norbert Zongo en 1998, n’a pas répondu à sa vocation.

Au regard des crimes depuis l’accession à l’indépendance à 1999 (91 crimes de sang, 81 crimes économiques et 49 autres crimes liés à la torture, la séquestration, aux carrières brisées, etc.), ledit collège avait alors proposé la JNP pour ressou­der le tissu social, avec comme schéma de sortie de crise, le triptyque «Vérité-justice-réconciliation nationale », qui n’a pas été suivi par Blaise Compaoré.

Même si l’ancien chef d’État avait demandé pardon au peuple burkinabè, « pour les tortures, les crimes, les injustices, les bri­mades et tous autres torts commis sur des Burkinabè par d’autres Burkinabè, agis­sant au nom et sous le couvert de l’État, de 1960 à nos jours », des voix se lèvent pour une autre forme de pardon national.

Au regard de la nécessité d’apurer le passif judiciaire, la société civile prône l’adoption d’un modèle sui generis de justice avec une dimension transi­tionnelle de « catharsis thérapeutique » portée par le HCRUN rénové et une dimension institutionnelle, mise en strajectoire par la nomination de juges d’instruction et magistrats spécialisés à charge d’apurer tout le passif des dossiers judiciaires emblématiques, de crimes de sang et de crimes économiques dans un délai légal restreint et des conditions par­ticulières. « Il reste évident qu’il faut solder les comptes des assassinats politiques qui ont endeuillé de nombreuses familles. Le modèle sud-africain, vérité-justice-réconci­liation ferait l’affaire. Sinon, je ne vois pas comment tourner la page», se convainc ce diplomate ouest-africain.

ENCADRE

Le coup de main des Nations unies

En application des deux résolutions du Conseil de sécurité et de l’Assemblée générale en 2016, l’ONU propose une nouvelle approche de « Paix durable » pour soutenir la consolidation de la paix et la démocratie au Burkina Faso et aider à prévenir tout retour à une situation de crise.

Guidée par une Stratégie de consolidation de la paix innovante, cette approche cherchera à aborder les éléments déclencheurs de l’instabilité par un engagement politique qui met l’accent sur l’appropriation nationale, un partenariat solide avec des acteurs clés, et appuyée par une structure légère, des mécanismes de financement spécifiques et des organes de coordination actifs aux niveaux national, régional, en lien avec le siège.

La Stratégie de la paix durable au Burkina Faso visera les interventions politiques immédiates et le renforcement institutionnel dans des domaines sensibles à la politique tels que la justice et l’État de droit, la sécurité, la réconciliation nationale et la transformation des conflits transfrontaliers.

Pour les Nations unies, cela contribuera à créer un environnement politique et social favorable à la mise en oeuvre des objectifs de développement à plus long terme du gouvernement, tels qu’ils sont énoncés dans le Plan national de développement économique et social (PNDES), le référentiel du pays sur la période 2016-2020.

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