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African Business

Bruno Mettling, PDG d’Orange Afrique Moyen-Orient…

Vous sillonnez l’Afrique depuis des années et vous apparaissez comme un « leader d’opinion » en matière d’expertise sur le continent. Vous êtes actif au sein du MEDEF, une sorte de porte-voix au prochain sommet Union africaine et Union européenne, vous coprésidez Africa- France… Qu’est-ce qui explique cette forme de reconnaissance ?

Les opérateurs portent une importante responsabilité dans ce bouleversement numérique. Par ailleurs, Orange a pris une place tout à fait particulière dans ce processus. Il n’est pas possible de dire que la transformation numérique représente une chance incroyable pour l’Afrique, que cette transformation est engagée et qu’il faut la réussir, d’un côté et d’un autre côté, lorsqu’on a l’honneur d’être en charge d’Orange pour l’Afrique et le Moyen-Orient, ne pas prendre ses responsabilités, aussi bien pour représenter les entreprises françaises qui investissent en Afrique – c’est le sens des responsabilités que j’exerce au sein du MEDEF International – qu’au côté de Lionel Zinsou au sein d’Africa France, quand il s’agit de repenser et renouveler la coopéra­tion entre notre pays et l’Afrique.

Mais nous parlons de vous…

C’est vrai, j’essaie de m’engager pleine­ment avec une certaine passion, que j’assume parce que nous sommes face à une période tout à fait particulière. Beaucoup se jouera dans les deux ou trois prochaines années. S’agissant par exemple du sommet Union africaine – Union européenne, il s’agit tout simplement d’engager le processus qui doit refondre la coopération entre nos deux conti­nents, qui doit décider de la suite des accords de Lomé. Ce n’est pas rien ! Quel périmètre pertinent ? Peut-on imaginer que le continent continue d’être fragmenté dans sa représen­tation, avec l’Afrique du Nord en dehors du périmètre ? Quelle place pour le numérique dans les programmes d’aide au développe­ment historiquement fondés sur le finance­ment des grandes infrastructures physiques.

Face à de tels enjeux, il faut transmettre ses convictions, exprimer ses attentes, celles des entrepreneurs, du secteur privé. Ce qui légitime cette prise de parole, c’est aussi que j’ai la chance de coordonner les activités d’Orange en Afrique, l’un des plus grands investisseurs, au service de 127 millions de clients parmi lesquels dix millions de clients 4G – les choses vont extraordinairement vite ! – -, et 34 millions de clients Orange Money.

Quel va être le nouveau paradigme de la présidence Macron dans les relations entre la France et l’Afrique ?

Beaucoup de changements peuvent être envisagés et sont attendus. C’est vrai, le nouveau Président français incarne – en Europe comme en Afrique au demeurant – une volonté de renouvellement et une dynamique de transformation très positive.

Tous les acteurs et notamment la jeunesse africaine, souhaitent ce renouvel­lement. Son intervention est attendue aussi par les acteurs économiques, par rapport à la persistance de certaines pratiques qui portent atteinte aux règles de conformité en vigueur dans la plupart des économies du reste du monde, à la nécessaire adaptation et simpli­fication des outils de financement de projets, par rapport la manière dont l’Europe, et la France en Europe, s’adresse et écoute les représentants du continent africain.

Le renouvellement des accords de Lomé pose ainsi de nombreuses questions, à l’heure du Brexit – la Grande Bretagne représentait 15 % du montant des contri­butions au FED, le plus grand fonds de soutien au développement en Afrique ? Quel équilibre entre subventions aux politiques budgétaires des États et finance­ment de projets via des prêts garantis ? Quel périmètre pour les accords : la base Afrique Caraïbes Pacifique qui rassemble plus de 70 pays mais exclue l’Afrique du Nord est-elle toujours pertinente pour fonder la coopéra­tion entre nos deux continents ?

Mais le big-bang est souhaité par tout le monde…

Les changements sont attendus dans un cadre institutionnel : la voix du secteur privé doit être présente. C’est d’ailleurs un peu la responsabilité que l’on m’a demandé d’animer.

Quelles vont être les nouvelles orientations ?

Nous devons aller vers une coopération renouvelée et plus exigeante, qui fasse par exemple toute sa place au numérique, qu’il s’agisse de soutien à la nouvelle économie, de transformation numérique du secteur traditionnel ou de formation aux nouvelles compétences. Il faut écouter ces nouveaux entrepreneurs africains et leurs représen­tants exprimer leurs attentes y compris par rapport à l’Europe, y compris par rapport aux grandes entreprises françaises ou européennes présentes sur place, pour les aider à bénéficier d’un cadre plus transpa­rent, pour être plus soutenu dans le dévelop­pement de leurs affaires, dans une logique partenariale, à l’opposé d’un modèle passé.

Comment concilier le dynamisme extraordinaire de la jeunesse africaine avec un logiciel politique local qui semble dater ? On l’observe tous les jours, à travers les crises et la difficulté des alternances.

Je suis un homme d’entreprise. À ce titre, il m’est difficile de commenter la vie politique. Mais je connais surtout la difficulté de la tâche. J’ai eu l’honneur et la chance de rencontrer la plupart des dirigeants des 21 pays où nous sommes présents. Il faut bien mesurer ce que repré­sente la responsabilité d’un chef d’État, aujourd’hui, dans la zone du Sahel, entre les enjeux économiques, sécuritaires, etc. Elle est très lourde, et je me garderai bien de donner des leçons ! Il est vrai que le logiciel politique doit évoluer, mais cela vaut pour tous, pour les entreprises, pour les bailleurs de fonds aussi bien que pour les respon­sables politiques.

Quand on présente aux bailleurs de fonds des projets de développement de l’énergie solaire en zone rurale, via la diffu­sion de centaines de milliers de kits solaires à des particuliers, ils ne cachent pas leur difficulté à présenter de tels dispositifs à leur comité d’investissement, habitués à financer de très grosses infrastructures de produc­tion d’énergie. Mais c’est vrai aussi pour les équipes d’Orange, qui doivent passer d’un métier traditionnel de déploiement de réseau à un métier d’opérateur multiservice délivrant par exemple des services bancaires via le mobile.

Face à l’ampleur de vos responsabilités, on a l’impression que vous travaillez 25 h/24…

C’est ce que me disent parfois mes proches lorsque je parais fatigué… Mais j’ai de très belles équipes à mes côtés sur lesquelles j’ai la chance de pouvoir m’appuyer, aussi bien au siège d’Orange Afrique et Moyen-Orient que dans tous les pays du continent.

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Written by African Business

Fort de son succès, ce magazine est une référence pour les femmes et les hommes d’affaires en Afrique. Il permet aux décideurs d’avoir une approche concrète du marché et de saisir de nombreuses opportunités à travers le continent africain. African Business est respecté et reconnu pour son intégrité éditoriale et sa contribution au développement de
l’Afrique. Tous les secteurs de l’économie sont couverts par des journalistes renommés. Les numéros annuels sur les “200 Premières banques” et les ‘‘250 Premières entreprises’’ sont devenus de réels outils de travail et des indicateurs du climat des affaires en Afrique. Chaque année, les Trophées d’African Business récompensent la réussite des entrepreneurs et des les entreprises les plus performantes du continent.

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