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African Business

Bruno Mettling, PDG d’Orange Afrique Moyen-Orient…

Dans les transformations à venir, quelle est la place de l’innovation ? Comment faites-vous pour être à la pointe, en recherche & développement ?

Notre groupe a une tradition d’inno­vation très forte. Tout le monde connaît l’histoire de notre entreprise. Mais ce que Stéphane Richard a souhaité avant tout, c’est que l’innovation s’imagine et se conçoive de plus en plus en terre d’Afrique. Concrè­tement, nous sommes le seul opérateur à posséder un technocentre en Côte d’Ivoire, où nous réfléchissons principalement aux innovations en Afrique subsaharienne et un technocentre en Jordanie, où nous conce­vons les innovations pour la zone Afrique du Nord – Moyen-Orient. Avec tout leur savoir-faire, nos ingénieurs, réfléchissent à l’échelle du monde entier, mais en ce qui concerne l’Afrique et le Moyen-Orient, ce qui est imaginé et conçu l’est principalement sur place en proximité des marchés où ces innovations ont vocation à être déployées.

L’Afrique a besoin de transfert de savoir-faire et de partage des valeurs. Quelle place occupe ce besoin dans votre approche stratégique ?

Cela se joue à plusieurs niveaux. Le premier concerne notre responsabilité par rapport à l’écosystème local. Orange est l’opérateur qui investit le plus dans l’accom­pagnement des start-up, à travers ses incuba­teurs, ses accélérateurs ou encore son fonds d’investissement, Orange Digital Venture Africa. Le deuxième niveau concerne l’inno­vation et l’investissement. Orange investit chaque année un milliard d’euros en Afrique.

Enfin, l’enjeu des compétences est essentiel. À cet égard, la question centrale est bien de savoir si l’Afrique va être capable de former les centaines de milliers de jeunes aux compétences numériques dont nous avons besoin. Comme l’a dit le président Alassane Ouattara, l’Afrique ne peut pas rater la nouvelle révolution industrielle du numérique. Orange, pour sa part, y prendra toutes ses responsabilités en multipliant les structures de formation aux métiers du numérique.

D’ailleurs, l’Afrique est-elle en mesure d’affronter ce défi ?

Quand on voit la qualité des structures de formation aux différents niveaux des métiers de l’informatique au Maroc et en Tunisie par exemple, cela donne confiance. La situation en Afrique subsaharienne est plus contrastée. La question vient de ce que ce que ces compétences seront massive­ment nécessaires dans les toutes prochaines années, faute de quoi on risque de voir se reproduire un schéma très néfaste qui verrait les applications, systématiquement conçues hors du continent, puis transférées clé en main sur place. De même la localisa­tion des infrastructures numériques, telles que les data center ou les plateformes de supervision des réseaux, ne seront localisées sur place que si les compétences pour les faire fonctionner et les faire fructifier y sont disponibles.

Bien entendu, la formation est un enjeu majeur ; elle doit impliquer la coopéra­tion européenne ou française mais elle est aussi une responsabilité des acteurs privés, comme Orange.

Ainsi, la Sonatel à Dakar vient-elle d’ouvrir une école de codage pour les bacheliers. En Côte d’Ivoire, Orange Côte d’Ivoire a créé une chaire d’ingénieurs qui forme les meilleurs Bac+4 en maths de toute la région aux métiers de data scientist, en partenariat avec l’Institut Polytechnique Félix Houphouët-Boigny à Yamousssoukro. Chacun doit prendre ses responsabilités.

Et au niveau des États et des grands bailleurs de fonds, nous avons besoin de grands programmes de développement et de financement des formations.

Dans l’imagerie populaire, les grandes entreprises de télécom sont des vaches à lait qui génèrent beaucoup de bénéfices. Est-ce une réalité ou une perception fausse ?

Si Etisalat au Nigeria, Airtel ou Millicom dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest ou d’Afrique centrale, ont dû cesser leur activité et se sont retirés c’est que les choses ne se présentent pas exactement comme vous le décrivez ! Nous devons faire et refaire de la pédagogie économique : nous sommes un secteur très capitalistique, c’est-à-dire qui nécessite des montants très élevés d’inves­tissement. Il faut investir des montants considérables pour construire un réseau, et notre exploitation doit donc dégager des résultats suffisants pour financer nos inves­tissements. Comme je l’ai dit, chaque année, Orange investit un milliard d’euros en Afrique. Sinon, que se passe-t-il ? Les réseaux ne sont pas renouvelés, la 4G n’est pas installée, il n’est pas possible d’acheter des fréquences, et je ne parle pas des centaines de milliers d’emplois directs et indirects que le numérique a permis de créer.

De plus, dans certains pays, les autorités et les régulateurs sont tentés de surtaxer le secteur formel; après les mines qui vont moins bien, le secteur des télécoms est lourdement touché, ce qui fragilise, là encore, la situation des opérateurs.

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Written by African Business

Fort de son succès, ce magazine est une référence pour les femmes et les hommes d’affaires en Afrique. Il permet aux décideurs d’avoir une approche concrète du marché et de saisir de nombreuses opportunités à travers le continent africain. African Business est respecté et reconnu pour son intégrité éditoriale et sa contribution au développement de
l’Afrique. Tous les secteurs de l’économie sont couverts par des journalistes renommés. Les numéros annuels sur les “200 Premières banques” et les ‘‘250 Premières entreprises’’ sont devenus de réels outils de travail et des indicateurs du climat des affaires en Afrique. Chaque année, les Trophées d’African Business récompensent la réussite des entrepreneurs et des les entreprises les plus performantes du continent.

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