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African Banker

Boualem Djebbar, le sauveur de la BADR

À la fois PDG d’une des plus grandes banques publiques – la Banque algérienne de développement rural – et président de l’Association des banquiers algériens, Boualem Djebbar est un acteur majeur dans le processus d’automatisation des opérations interbancaires.

Alger, Samia Lokmane-Khelil

Il n’avait pas apprécié d’être recadré publiquement par le Premier ministre, lors d’une visite d’inspection à Biskra (sud-ouest de l’Algérie) en octobre 2015. Abdelmalek Sellal avait interpellé Boualem Djebbar à propos d’un permis de construire réclamé par sa banque, la BADR (Banque algérienne de développement rural) à un promoteur agricole qui souhaitait obtenir un prêt pour l’aménagement d’un hangar sur son exploitation. « C’est de la pure bureaucratie », s’était emporté le chef de l’exécutif, face à un banquier confus.

Pourtant, jusque-là, le parcours de Boualem Djebbar était sans faute. Quelques mois plus tôt, le président Abdelaziz Bouteflika avait remplacé tous les directeurs des banques publiques, sauf lui ; le bilan flatteur de son établissement a largement plaidé en sa faveur.

La BADR compte parmi les plus grands établissements financiers du pays. Sa très large implantation (300 agences, 39 directions régionales et 7 000 employés) fait d’elle la première banque de réseau d’Algérie. La BADR se distingue pour son rôle précurseur dans l’automatisation des opérations bancaires.

La BADR a accordé depuis trois ans, 120 000 crédits aux agriculteurs, dont une partie aux jeunes promoteurs agricoles. Elle a également souscrit à la formule du microcrédit en faisant bénéficier 50 000 paysans en situation précaire de prêts avantageux.

Elle vient d’ailleurs de s’associer à l’opérateur privé de téléphonie mobile Ooredoo, pour le lancement du premier service de Mobile Banking. « Le partenariat que nous avons conclu s’inscrit en droite ligne de notre stratégie globale de développement et de généralisation, au profit de nos clients, des modes de paiement modernes et entièrement sécurisés », se félicite Boualem Djebbar.

Ce début d’année marque une autre étape importante pour la banque, qui à l’instar d’autres établissements financiers publics et privés ont lancé le e-paiement. Elle a, dans ce cadre, conclu un accord avec l’Algérienne des eaux qui permet aux 5 millions de clients de la compagnie de régler leurs factures en ligne.

Une modernisation réussie

Pour le PDG de la BADR, l’automatisation des transactions constitue « un édifice supplémentaire dans le processus de modernisation du service bancaire de manière générale et du système de paiement en particulier ». Les autres jalons ont été posés par sa banque au fil des années.

Ils concernent, pêle-mêle, la généralisation de l’usage des cartes de retrait interbancaires (des centaines de milliers ont été délivrées), la multiplication des terminaux de paiement ainsi que la simplification des opérations de virement.

Il n’avait pas apprécié d’être recadré publiquement par le Premier ministre, lors d’une visite d’inspection à Biskra (sud-ouest de l’Algérie) en octobre 2015. Abdelmalek Sellal avait interpellé Boualem Djebbar à propos d’un permis de construire réclamé par sa banque, la BADR…

La mise sur le marché de tous ces produits a été confiée à la Société d’automatisation des transactions interbancaires et de la monétique (SATIM), que la BADR a créée, en concertation avec la communauté bancaire, pour accélérer le passage à l’ère de la technologie digitale.

La banque s’est aussi développée dans d’autres domaines, en multipliant graduellement son offre de services. Elle compte aujourd’hui de nombreuses filiales, dont une compagnie d’assurances (CAGEX) ainsi que des sociétés d’investissement, de placement, de leasing et de refinancement.

Elle dispose également de divers fonds de cautions mutuelles de garanties. La banque est enfin l’un des instigateurs de la création d’un institut de formation.

Recentrage sur l’agriculture

Personne n’avait pourtant misé sur sa résurrection en 2006, après le scandale financier qui a provoqué une érosion importante dans les comptes. Pour sauver les murs, le ministère des Finances congédie les responsables négligents et nomme à leur place Boualem Djebbar.

Qui reçoit comme consigne de régler en priorité les problèmes de trésorerie. Le nouveau patron s’applique et permet à la banque en 2012, d’enregistrer son premier excédent depuis des années. Sur un autre registre, il est chargé de recentrer les activités de la BADR sur le financement de l’agriculture – un secteur qui pèse 10 % du PIB.

Aujourd’hui, il constate satisfait que « les mécanismes de financement ont évolué dans le sens d’une meilleure adaptation aux besoins du secteur agricole ». Sur le plan statistique, la BADR a accordé depuis trois ans, 120 000 crédits aux agriculteurs, dont une partie aux jeunes promoteurs agricoles. Elle a également souscrit à la formule du microcrédit en faisant bénéficier 50 000 paysans en situation précaire de prêts avantageux.

« Grâce aux nouvelles technologies introduites dans le secteur et à la persévérance des institutions agricoles nationales et du ministère de tutelle, l’Algérie pourrait d’ici peu augmenter sa production agricole et enregistrer des excédents », s’enthousiasme Boualem Djebbar, qui rappelle qu’une majeure partie du portefeuille de son établissement a été consacrée en 2015 au financement des projets agricoles engagés dans le cadre des dispositifs de soutien de l’emploi des jeunes.

Une des formules, Ettahadi (le défi), porte sur un crédit bonifié qui vise à valoriser des activités agraires et d’élevage insuffisamment développées. Quelque 5 000 promoteurs ont jusque-là bénéficié de ce prêt. Dans le sud du pays, la BADR a permis, grâce à ce type de financements la création de petits jardins d’Éden. Son aide aux agriculteurs comprend la mise à leur disposition d’une large palette de produits d’assurances.

Un service de plus qui permet, selon Boualem Djebbar, de bancariser complètement le monde agricole et d’aider la BADR à rentabiliser son apport au développement de l’agriculture. Même si les dividendes ne sont pas importants, le PDG assure que le taux de recouvrement des prêts reste « acceptable ».

Faisant valoir la bonne santé de la BADR, le banquier affirme également que la crise financière – provoquée par la chute des cours du pétrole – n’a pas eu de grande incidence sur le fonctionnement de son établissement. Son constat s’applique à l’ensemble de la communauté bancaire qu’il représente en sa qualité de président de l’ABEF (Association des banques et des établissements financiers).

À l’en croire, les crédits alloués à l’économie vont même augmenter. Avec le même optimisme, le banquier table sur la réussite du projet de digitalisation des opérations bancaires avalisé dans le cadre d’une charte interbancaire adoptée en décembre 2016 et mis en route à travers le lancement officiel de l’e-paiement dans le pays.

Outre les banques, de grands manufacturiers ont souscrit à cette opération qu’il compte étendre à l’ensemble du secteur des services. « Il n’y a plus de place pour la réticence », fait-il remarquer, en songeant déjà à la prochaine étape dans le processus de digitalisation : le lancement du e-commerce.

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Written by Samia Lokmane-Khelil

Samia Lokmane-Khelil est journaliste collaboratrice au Magazine de l’Afrique, Africain Business et African Banker depuis 0ctobre 2009. Elle également correspondante à Paris (auparavant à Londres) du quotidien algérien Liberté. Détentrice d’un magistère en sciences politiques et en relations internationales, elle s’intéresse tout particulièrement aux thématiques en rapport avec l’éducation, la bonne gouvernance politique et économique et l’autonomisation des femmes.

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