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Bonaventure Mve Ondo candidat à l’Université Senghor

Pourquoi le professeur Bonaventure Mve Ondo veut-il être candidat à l’université Senghor de Alexandrie en Egypte. Il le dit dans une profession de foi, puis fait acte formel de candidature.

Ma profession de foi pour l’Université Senghor d’Alexandrie

L’Université Senghor d’Alexandrie est une institution internationale de la Francophonie au service du développement de l’Afrique. Créée par le III° Sommet des Chefs d’Etat et de Gouvernement de la Francophonie qui s’est tenue à Dakar en mai 1989, elle se caractérise par sa double identité, sa double mission et sa double logique opératoire.

Une double identité

L’Université Senghor est d’abord à la fois une université professionnelle de 3° cycle, reconnue d’utilité publique internationale et un Opérateur direct des Sommets de la Francophonie. Dans cette perspective, sa Programmation quadriennale, comme celle de tous les autres opérateurs, prend son sens dans les principes du Cadre stratégique Décennal de l’Organisation Internationale de la Francophonie.

Une double mission

L’Université Senghor a une double mission qui est tout à la fois de former et perfectionner les cadres et les experts de haut niveau et d’accompagner le développement de l’Afrique dans des domaines pertinents et hautement spécialisés.

Mon objectif est de poursuivre la stratégie engagée et de (…) faire de l’Université Senghor ce que lui avaient prescrit ses fondateurs, savoir : une université de développement, c’est-à-dire une université professionnelle et ouverte avec une masse critique forte d’étudiants et d’auditeurs au service de l’Afrique.

Une double logique de formation

Face à cette double identité et à cette double mission, l’Université Senghor a engagée une double logique de formation initiale, d’abord dans ses murs à Alexandrie avec son master professionnel en développement autour de 9 spécialités, ensuite et en même temps, de formation à distance à travers différents masters cogérés avec des universités locales africaines au sein du réseau des Campus Senghor. Il s’agit là en effet d’une dynamique innovante qui lui permet d’accroitre de manière substantielle son impact et son attractivité et de coller à la forte demande d’enseignement supérieur pour les professionnels en Afrique. J’ai d’ailleurs eu moi-même l’occasion de mesurer sur le terrain cet impact et de recevoir les appréciations de diverses autorités ministérielles et universitaires des pays qui abritent ces campus Senghor.

Un exécutif stratégique fort

Pour accomplir ses missions, l’Université Senghor dispose d’un Conseil d’Administration qui joue son rôle en matière d’orientation stratégique, d’une direction exécutive (Rectorat) qui donne l’impulsion et rend compte, et d’organes de gouvernance scientifique et administrative et surtout d’un personnel de qualité et engagé qui lui permet d’asseoir son efficacité. Il s’agit là d’acquis importants dans un contexte économique et universitaire africain à la fois difficile et porteur.

L’Afrique aujourd’hui : un continent en pleine transformation

L’Afrique (j’ai parcouru une trentaine de pays) doit faire face aujourd’hui à des défis sans précédent en matière de formation au regard de sa démographie et plus particulièrement en raison de nouvelles transformations liées à ses nouveaux besoins en ce qui concerne par exemple la nouvelle économie entrepreneuriale et le numérique.

Avec une population jeune (50% a moins de 15 ans et 2/3 moins de 25 ans), l’Afrique dispose d’une population dont la tranche d’âge des 15 – 25 ans, qui représente aujourd’hui 200 millions d’individus, doublera d’ici 2050. A cet horizon, l’Afrique sera la première force de travail mondiale devant la Chine et l’Inde. Encore faut-il qu’elle dispose de cadres de haut niveau et de techniciens supérieurs capables de développer une activité et d’assurer les performances des entreprises et leurs décisions d’investissement. Or, si le continent veut bénéficier de son dividende démographique, il lui faudra innover et inventer de nouvelles formes d’accès à la formation, encourager l’entrepreneuriat et réaliser des sauts technologiques et conceptuels.

On le sait, d’ici 2020, c’est plus de 122 millions de jeunes qui vont arriver sur le marché du travail et surtout plus de 20 millions qui vont rentrer dans l’enseignement supérieur. Actuellement 70% des jeunes en âge de travailler sont sans emploi ou avec un emploi qui ne correspond pas à leur formation initiale. En Afrique francophone subsaharienne, plus de 4.000.000 diplômés des universités sont sans emploi ou ont un emploi précaire alors que l’on recense plus de 3.000.000 offres d’emploi non pourvues.

Une université professionnelle de haut niveau

L’Université Senghor doit prendre la mesure de ces mutations en terme d’emploi et au titre des nouveaux besoins en matière de formation. Ceci au moins dans deux axes : 1- accompagner la nouvelle économie entrepreneuriale et la révolution numérique ;  2- consolider les masters actuels.

En effet, la nouvelle dynamique économique africaine s’oriente de plus en plus hors du fonctionnariat et de la culture commerçante et s’installe, sous forme d’auto-emploi dans les PME – PMI, dans les services, la petite agro-industrie, les économies d’énergie, le traitement des déchets par exemple.

Autre secteur, les médias et plus globalement le secteur audiovisuel et publicitaire sont en pleine mutation tant du point de vue de la production que de la diffusion. L’arrivée de la TNT, précédée par le déploiement des téléphonistes et les cablo-opérateurs, modifie en profondeur l’ensemble de ces secteurs.

Dans les années à venir, l’Afrique doit former mieux et davantage de cadres et experts d’élite dans ces différents secteurs et renforcer également la formation des professionnels actuellement en activité.

Si le secteur éditorial (des contenus) est passablement traité en matière de formation, le secteur technique est lui laissé à lui-même alors que ses besoins sont particulièrement importants. Plus d’une centaine de métiers est concernée qui en termes de niveau vont du BAC pro aux ingénieurs en passant la formation de généraliste de type BTS, DUT ou licence. Les secteurs économiques prioritairement concernés sont les médias d’information, les producteurs-éditeurs de contenu (programmes de TV, documentaires, magazine, jeux, les fictions, l’industrie du cinéma et du doublage, la diffusion des matchs de football) et la publicité. Il importe que ces secteurs disposent des professionnels crédibles capables d’orienter les politiques et de devenir un réseau d’experts avérés.

L’ensemble de ces secteurs recouvrent deux notions importantes : l’état de droit ( à travers la production et la diffusion d’une information de qualité)  et l’imaginaire ( ou encore l’espérance à travers la culture et plus précisément la fiction et le cinéma).

Sur le plan de la formation, l’Université Senghor pourrait réaliser des formations professionnelles avec les appuis de certaines structures académiques (écoles supérieures de Journalisme de Lille, de Dakar et de Yaoundé) de type Licence et Master en audiovisuel et en production numérique à la mesure des besoins. Elle pourrait aussi développer en partenariat des formations certifiantes et des formations co-diplomantes in situ et à distance pour le recyclage des formateurs et des enseignants, la révision des cursus et des curricula, etc.

Pour l’ensemble de ces secteurs, j’ai été approché par certaines universités et grandes écoles africaines mais aussi et surtout par les partenaires au développement (Banque mondiale, BAD), et par les professionnels nationaux et internationaux du secteur. Et parmi les groupes internationaux, je peux citer quelques grands groupes français comme Orange, Bolloré (Canal Plus Afrique) et Lagardère (le réseau radio Vibe). Tous m’ont fait valoir le problème de la formation notamment technique et professionnelle en regard de la transition économique et numérique qui est engagée.

Un projet d’avenir : les Campus Senghor

Depuis quelques années, en raison de la forte attractivité de ses programmes de formation, des difficultés liées à la mobilité des étudiants et surtout en raison du changement de contexte dans les pays (le besoin de ses former sur place des agents déjà en activité qui ne souhaitent pas quitter leur emploi), l’Université Senghor a décidé de s’externaliser dans les pays en développant, partenariat avec des établissements d’enseignement supérieur, des « Campus Senghor » autofinancés pour former sur place des étudiants et des experts de haut niveau.

A travers cette démarche innovante et constructive, l’Université Senghor a pour ambition d’accroitre de manière significative et rapidement un accès massif à ses formations tout en maintenant ses exigences de qualité. A ce jour, près de 15 Campus Senghor sont déjà opérationnels dont 4 au Burkina Faso, 3 en Côte d’Ivoire, 1 à Djibouti, 1 au Sénégal, 1 au Togo, 1 en France et 1 en Hongrie.

Pour accomplir cette mission d’élargissement, l’Université Senghor dispose d’atouts sérieux : un corps professoral international de qualité, une organisation souple et efficace, une logique de développement international qui repose sur les principes de la complémentarité et de la subsidiarité et sa capacité à travailler en étroite relation avec les opérateurs de la Francophonie (OIF, AUF, AIPLF, AIMF, TV5 Monde, FFA, etc), avec les universités et les autorités politiques des pays francophones.

Mon objectif est de poursuivre la stratégie engagée et de développer de manière forte l’impact de l’Université Senghor dans l’élargissement de l’offre et des niveaux de formation, dans une plus grande ouverture géographique notamment aux pays africains non-francophones et enfin dans le développement des partenariats avec les grandes entreprises, les Chambres de commerce et des métiers, les collectivités locales et la société civile. Tout cela dans une logique d’autofinancement et sans augmentation des contributions des Etats et des partenaires. Il s’agit de faire de l’Université Senghor ce que lui avaient prescrit ses fondateurs, savoir : une université de développement, c’est-à-dire une université professionnelle et ouverte avec une masse critique forte d’étudiants et d’auditeurs au service de l’Afrique. L’objectif sera d’atteindre en 2020 un objectif de dix mille cadres d’élite africains. Tout cela est possible en raison des contextes, des besoins et des perspectives nouvelles de développement du continent.

S’il me revenait d’assurer, à travers la fonction de Recteur, la mise en œuvre de cette stratégie, ma capacité à gérer une institution universitaire dans un contexte de crise (Recteur de l’Université Omar Bongo de Libreville dans les années 90), mon expérience de conception et de réalisation des programmes et des actions de coopération interuniversitaire en contexte africain de mutations permanentes (Directeur du Bureau régional Afrique et Afrique de l’Ouest de l’AUF de 1994 à 2005), mon habileté à développer des partenariats institutionnels et à coordonner des actions dans différents contextes (Vice-Recteur de l’AUF chargé de la gestion et de certaines missions politiques de 2006 à 2012), ma connaissance fine de l’Afrique et de la France, tant des mondes universitaires, des entreprises et politiques ainsi que ma connaissance de la Francophonie, de ses opérateurs comme de ses acteurs constituent, à mes yeux, mes atouts.

Enfin engagé depuis quelques années dans des actions d’appuis à la modernisation de la gouvernance universitaire dans plusieurs pays (Mali, Burkina, Cameroun, Gabon, Togo, Côte d’Ivoire, Bénin etc) avec notamment l’Association des Universités Africaines (AUA), l’Agence universitaire de la Francophonie, la Banque mondiale et CINOP Global, mes rencontres avec les autorités politiques et universitaires de ces pays et de leur jeunesse m’ont encore plus convaincu de la nécessité d’un engagement plus fort de l’enseignement supérieur et donc de l’Université Senghor dans ces nouvelles mutations du continent. Une université Senghor qui par sa taille et sa souplesse peut plus facilement que d’autres prendre une part plus active et plus intelligente pour des formations professionnelles pertinentes, de haut niveau et aux normes internationales.

 

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