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African Banker

Binta Touré Ndoye, DG d’Oragroup

La nouvelle directrice générale d’Oragroup, Binta Touré Ndoye, réaffirme les axes stratégiques de sa banque : ancrer la présence panafricaine. La stratégie privilégie la clientèle des PME, soignant la relation clients et la diversification des risques. Elle affirme même : Nous avons tellement de choses à faire sur le continent !

Propos recueillis par Yasmina Lahlou

Comment s’est déroulée votre arrivée au sein de « la maison Oragroup » ?

Depuis septembre 2015, j’ai eu le temps de me familiariser avec l’institution. J’ai eu la chance de travailler avec mon prédécesseur Patrick Mestrallet dans la durée. Et j’ai eu la chance également d’avoir été accueillie par une équipe qui m’a présenté Oragroup.

Quels sont vos principaux chantiers ?

Je débuterai par une petite rétrospective : j’ai pris mes fonctions de directrice générale le 1er juillet 2016. Quelques jours auparavant, plus précisément les 28 et 29 juin, j’avais présenté la stratégie auprès du Conseil d’administration, qui a validé cette stratégie par une feuille de route très claire.

Dans les douze pays où nous sommes présents, aucun n’a un taux d’industrialisation supérieur à 50%. Certains pays commencent à s’y préparer. Et qui va financer si ce n’est le secteur bancaire ?

Cette stratégie repose sur quatre piliers essentiels. Le premier : nous avons pour ambition et défi de construire un groupe bancaire avec une vision et des valeurs communes. Le deuxième pilier, c’est de poursuivre notre croissance tout en étant davantage efficient. Le troisième est la maîtrise des divers risques liés aux métiers de la banque, notamment le risque crédit. Enfin, le dernier pilier, tient dans la levée de fonds. Il nous faut mobiliser des ressources externes et des dépôts clientèle à des taux compétitifs, pour accompagner notre développement et notre efficience opérationnelle. De ce point de vue, la levée de 21,2 milliards de F.CFA lors de la première tranche de l’émission de billets de trésorerie sur le marché Uemoa, en septembre, constitue un signal très positif puisque nous avons enregistré une sursouscription de 6%. Une seconde tranche de 15 milliards de F.CFA se déroulera début 2017.

En seulement quelques années, Oragroup a réussi à grandir, à amplifier ses champs d’expansion. Son ambition est de devenir une banque panafricaine ?

Nous sommes déjà un groupe panafricain ! À travers douze pays… Et nos dernières acquisitions présentent des potentialités énormes. Il s’agit de les maximiser, de gagner des parts de marché, d’être visibles. Nous voulons ancrer notre présence dans le périmètre que nous occupons aujourd’hui.

Avez-vous une stratégie de cible ou bien à angle ouvert ?

Nous sommes une banque universelle, ce qui signifie que notre stratégie est orientée vers les entreprises – les PME-PMI –, vers les institutionnels et vers les particuliers, et cela à des degrés variables selon les pays. Notre force est, et a toujours été, d’être dans le périmètre des PME PMI, et nous comptons bien marquer davantage notre présence dans le financement de celles-ci. Le développement de l’Afrique ne pourra passer que par le financement des PME PMI.

Notre stratégie est claire : connaître précisément les secteurs d’activité que nous souhaitons financer, avec deux axes. Le premier, c’est d’avoir un marché-cible pour les PME-PMI pour chaque pays, car le contexte est différent d’un pays à l’autre. En Côte d’Ivoire, par exemple, l’activité tourne autour du secteur agricole, de manière générale.

Le deuxième axe est de minimiser le risque que nous prenons auprès des PME-PMI. Les lignes de financement existent, nous avons fort heureusement la chance de travailler avec des partenaires qui nous octroient des lignes de refinancement et qui nous permettent soit de diversifier le risque, soit d’acquérir des ressources qui nous permettent d’accompagner les PME-PMI sur une durée de financement à moyen terme.

En matière d’offres de financement, quel avantage vous distingue de la concurrence?

Avant de parler d’offres, il faut d’abord parler de la clientèle. Nous sommes perçus comme une banque humaine, engagée et audacieuse. Nous accompagnons nos clients au quotidien, c’est-à-dire que nous avons une approche de partenariat. Au-delà de l’offre produits, nous cultivons notre proximité avec nos clients. C’est pourquoi ces derniers viennent naturellement vers nous.

N’est-ce pas le rôle de toutes les banques ?

La différence, c’est que certaines banques l’affichent, le disent, mais ne le traduisent pas dans les faits ! Sondez le marché et la réponse sera : « Orabank est une banque réactive, rapide, proche de nous. » Lorsqu’un client PME-PMI nous expose ses besoins, Orabank a déjà déterminé en amont les critères d’acceptation des risques. La procédure va donc très vite.

De plus, nous proposons les produits classiques comme le découvert ou le crédit à moyen terme, mais au-delà, nous offrons du conseil. Parce que généralement la structure des PME-PMI est à cheval entre l’informel et le structuré ; ce qui contribue à améliorer nos relations et notre proximité.

Plus précisément ?

Aujourd’hui, les clients PME-PMI représentent à peu près un tiers de notre taille de bilan, à 1 492 milliards de F.CFA, soit donc environ 500 milliards.  Au niveau des crédits, les PME représentent 350 milliards de F.CFA sur un total de 905,2 milliards. C’est un ratio supérieur à la moyenne régionale.

Orabank est présente sur quatre zones monétaires ; comment gérer cette situation ?

 Nous voyons dans la diversification des zones monétaires une possibilité de diversifier les risques, justement, suivant les zones. Le franc guinéen et l’ouguiya mauritanien représentent cependant des parts relativement faibles dans notre portefeuille. Et il y a une parité fixe entre le franc CFA et l’euro… Ainsi, être à cheval sur quatre zones est une force qui permet d’accéder à des marchés différents, à des opportunités différentes.

Que pensez-vous des critiques à l’égard de la zone franc ?

Je suppose que vous faites référence à la zone Uemoa et à la parité fixe avec l’euro. Je fais fi de l’histoire des relations entre les pays africains francophones et la France pour me placer dans les perspectives. Tous les pays d’Afrique de l’Ouest offrent désormais un potentiel de croissance économique énorme et disposent de solides réserves de change, ce sont des atouts indéniables. Pour le reste du débat sur la parité fixe, ce n’est pas de mon ressort.

Quelles sont vos réponses à la question, toujours pendante, des ressources humaines ?

Vous touchez du doigt un point très important. Les ressources humaines posent de sérieux, problèmes, notamment dans le secteur financier. Notre ambition est de former notre personnel en interne ; nous ne voulons pas attirer des personnes qualifiées en débauchant, car nous préférons miser sur la formation continue de nos équipes. Nous travaillons avec des professionnels qui viennent nous former sur chaque ligne de métier. Nous sommes 1 600 employés et notre formation touche tous les niveaux, car tout le monde doit avoir une bonne compréhension de son rôle. À Orabank, nous voulons développer une même formation, les mêmes réflexes, une même approche métier en commun, telle est notre ambition. Un des facteurs clé du succès de notre stratégie passe par cela. 

Comment interagissez-vous avec les banques de développement ?

Oragroup s’inscrit dans un projet de développement durable pour l’Afrique et nous avons des projets communs avec les banques de développement. Cela passe par le financement de grands projets d’infrastructures et nous le faisons en co-financement avec la BOAD. Autre exemple, en Guinée, nous cofinançons un projet de 50 millions de dollars pour une unité de ciment avec la BIDC. Nous ne nous voyons pas en concurrence, nous participons à des projets stratégiques avec des grandes institutions. Il y a tellement de choses à faire sur le continent !

Les banques africaines enregistrent de bons résultats en Afrique, mais les particuliers se plaignent du montant des frais bancaires ou du niveau élevé des taux d’intérêt… Comment expliquer cela ?

 Il faut relativiser ce constat et regarder ceci sous différents angles. Les banques participent activement au développement du continent et au financement des économies africaines, et donc au mieux être des populations. C’est notamment le cas avec les financements bancaires dans les infrastructures, les télécoms, l’accès à l’eau et l’électricité… Et puis, il ne faut jamais oublier que les crédits accordés par les banques reposent sur les dépôts de la clientèle. Or en Afrique, les dépôts sont encore insuffisants d’ou l’importance de développer l’inclusion financière et la gestion de l’épargne disponible. De ce point de vue, le réseau Orabank développe des produits bancaires pour attirer une nouvelle clientèle.

 Comment ?

En ayant une stratégie de services digitaux avec des produits innovants comme le mobile banking, les comptes sur Internet, etc. Il faut avoir une approche avant-gardiste. Dans certaines de nos agences, nous pouvons servir le client sans aucune interaction humaine, où le client peut venir simplement déposer son épargne. Le coût est moindre pour nous et donc pour nos clients également.

Comment trouvez-vous votre espace entre les banques sud-africaines et marocaines?

Quand vous regardez tout ce qu’il reste à faire en matière de développement dans nos pays, vous voyez qu’il y a de la place pour tout le monde ! Bien sûr, la concurrence est forte. À un moment donné, le marché trouvera un certain équilibre entre les banques, entre celles qui ont investi à long terme, celles qui ont pris des risques. Dans les douze pays où nous sommes présents, aucun n’a un taux d’industrialisation supérieur à 50%. Certains pays commencent à s’y préparer, comme la Guinée avec des réformes dans le secteur minier. Et qui va financer cela si ce n’est le secteur bancaire ?

Comment faites-vous pour amener le secteur informel au formel ?

 Nous avons un pays pilote aujourd’hui : le Bénin. Nous avons signé un partenariat avec l’AFD (Agence française de développement) pour développer une cellule de mésofinance au sein de notre institution. Nous bénéficions de l’expertise technique de l’AFD qui nous aide à structurer le secteur informel et à le financer. Nous avons commencé dès 2015, avec un accompagnement technique.

Vous êtes une femme encore jeune, comment vous organisez-vous?

On ne travaille jamais seul, et j’ai la chance de pouvoir compter sur une équipe formidable ! Au-delà, ce qui me porte, c’est le goût du travail bien fait. J’ai une forte ambition pour le groupe,  accompagné avec force et détermination par notre actionnaire de référence, Emerging Capital Partners, et la chance d’avoir de bons collaborateurs !

ENCADRE

Chiffres clés du groupe (2015, en francs CFA)

Total de bilan : 1 492 milliards (+ 21%)

Total dépôts clientèle : 952, 3 milliards (+14%)

Total des crédits net clientèle : 905, 2 milliards  (+15%)

Produit net bancaire : 94,2 milliards  (+16%)

 

Répartition du capital d’Oragroup SA

 

ECP Financial Holding

61,43%

Proparco

10,17%

Société belge d’investissement pour les pays en développement (BIO)

5,56%

DEG (Allemagne)

3,27%

Banque ouest-africaine de développement (BOAD)

2,81%

Fonds gabonais d’investissements stratégiques

2,58%

Divers

14,18%

Source : Oragroup

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Written by African Banker

C'est le seul magazine dédié au secteur bancaire et financier en Afrique. Deux éditions en français et en anglais couvrent la totalité du continent. African Banker est un réel outil de travail pour tout les acteurs de ce secteur. Le monde bancaire et financier connaît une croissance et une concurrence de plus en plus fortes et joue un rôle essentiel dans le développement économique de l’Afrique.

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