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Economie

Bénin : Le PAG peine à tenir ses promesses

L’enthousiasme s’effiloche, autour du Programme d’action du gouvernement présenté en début de mandat. Le budget est revu à la baisse, tandis que les revenus fiscaux diminuent.

Cotonou, Max-Savi Carmel

Janvier 2017. Lors d’une cérémonie, Patrice Talon présente un ambitieux Programme d’action du gouver­nement (PAG), censé s’étendre jusqu’en 2021. Il prend en compte les principaux besoins en développement du pays. L’euphorie d’une telle ambition pousse Romuald Wadagni, le ministre des Finances à faire adopter, fin 2016, un budget de 2 010 milliards de F. CFA (3 milliards d’euros) qui sera finalement réduit de plus de 10 % en plein exercice budgétaire.

Le budget a été stabilisé pour 2018. Le Bénin perd donc une partie des moyens qui devraient permettre la réali­sation du PAG. Plus récemment encore, le retrait de financements de 114 milliards de F.CFA (170 millions d’euros) par la BID (Banque islamique de développe­ment) et la morosité fiscale à laquelle le pays fait face depuis plusieurs mois, compliquent l’ambition du gouverne­ment.

Au total, le PAG représente 13,8 milliards d’euros d’investissements dont un peu plus de 75 % consacrés aux grands projets. Le programme quinquennal de Patrice Talon a le mérite d’être le plus ambitieux que le pays ait jamais connu. Quarante-cinq grands projets concernent tous les domaines. L’agriculture, la relance du tourisme, les grandes infrastructures, la révolution numérique, l’assainissement urbain, etc.

Élu en mars 2016 sur un audacieux projet de société basé sur « la rupture », Patrice Talon entend soumettre le Bénin à des changements rapides pour, dit-il, « rattraper le temps perdu ». Il a réussi à restaurer l’autorité de l’État et surtout à lancer un grand plan de lutte contre la corruption. Le train de vie de l’État a été drastiquement réduit.

Ainsi, au cours de la seule année 2017, les dépenses en billets d’avion sont passées de plus de 17 milliards de F.CFA à un peu plus de 4 milliards. Plusieurs grands travaux sont en chantier, notamment les infrastructures routières. Le mode de passation des marchés publics a été assaini. Dans le domaine de la sécurité, la fusion entre la gendarmerie et la police, bien que décriée par les deux corps, vise à renforcer l’efficacité de l’autorité.

Mauvaise nouvelle de Djeddah

Pourtant, cette ambition ne suffit pas à rassurer les Béninois. « Le PAG est excessi­vement ambitieux et utopique », considère Léonce Houngbadji, l’un des principaux opposants. L’homme de la rue est égale­ment sceptique. « Le coût du PAG est colos­sal pour notre petit pays qui ne dispose pas de ressources minières », fait observer Oscar Houngbo, étudiant en économie.

Quoi qu’il en soit, le président Talon ne lâche rien, persuadé qu’il arrivera au bout. Dans tous les cas, « mieux vaut un grand projet et aller le plus loin possible dans sa réalisation que de s’accrocher à de petits projets », soutient Robert Gbian, vice-président de l’Assem­blée nationale.

Depuis plusieurs décennies, la BID est l’un des principaux partenaires du Bénin, notamment dans les domaines de la santé et de l’éducation. Pendant sa décennie au pouvoir, Boni Yayi a réussi à renforcer les liens entre l’institution finan­cière basée à Djeddah et son pays. Dès le début de son mandat, Patrice Talon en a compris l’enjeu.

Dans la soirée même de sa prestation de serment, le 6 avril 2016, le président de la République a validé un Programme de microfinance intégrée avec la BID d’un montant de 46 millions d’euros. En juin, un autre accord de finan­cement est signé entre le Bénin et la BID ; près de 150 millions d’euros pour le déve­loppement de l’enseignement supérieur.

Ces projets précèdent d’autres accords de financement, en cours de négociation. Mais le 8 janvier, une lettre de la BID au ministre du Plan, Abdoulaye Bio Tchané, porte un coup dur aux ambitions prési­dentielles. La BID annonce « le retrait des financements » pour « absence de sincérité » de la part de l’État béninois. La banque parle de la « gestion opaque » de deux autres projets financés en 2016.

Cette mauvaise nouvelle compromet la construction de rectorats pour les univer­sités d’Abomey et de Kétou et l’extension d’infrastruc­tures existantes dans d’autres universités.

Retour à la pression fiscale ?

Même si cette décision de la BID ne suffit pas à faire échec au PAG, elle le met « sérieu­sement en difficulté », selon ses détracteurs, d’autant que Patrice Talon compte sur cette institution pour financer une bonne partie de son programme.

Dans le monde des affaires, on craint un nouveau tour de vis fiscal. Le 26 janvier 2018, une sommation du fisc à payer 236 millions d’euros, soit 155 milliards de F.CFA, a été adressée à Sébastien Ajavon.

Arrivé en troisième position lors de la dernière présidentielle, le principal pour­voyeur d’emplois au Bénin derrière la fonc­tion publique crie « à une pression fiscale pour le liquider financièrement ». Au sein du Conseil national du patronat dont il est le président, la crainte d’un recours récur­rent à la pression fiscale « pour pallier les manques de ressources au service du PAG », plane dans les esprits.

Quoi qu’il en soit, le Programme, dont plus de 90 % ne sont pas encore exécutés, aura du mal à tenir dans les délais. Le finan­cement risque d’avoir raison de plusieurs grands projets. Mais le gouvernement se veut toujours optimiste ; à en juger par le discours sur l’état de la Nation au parlement, lorsque Patrice Talon avait promis de faire de 2018 l’année des plus grandes réalisations. 

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Written by African Business

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