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African Banker

Bénin – Niger : Sonibank à la conquête d’un marché concurrentiel

Nouvelle venue au Bénin, Sonibank privilégie l’accompagnement des PME. Dans un secteur très concurrentiel, la banque nigérienne entend s’imposer comme un pont économique entre le Bénin et l’importante diaspora du Niger. Un pari à suivre.

Cotonou, Max-Savi Carmel

Leader de la banque au Niger, avec 21 % de parts de marché, Sonibank (société nigérienne de banque) entame son extension régionale par le Bénin. Principale ambition, faire de Niamey un hub financier qui développe des ramifications dans les pays de l’UEMOA.

Comptant sur ses 182 milliards de F.CFA (277,5 millions d’euros) de dépôts estimés en 2017, Soni­bank, détenue à hauteur de 25 % par la Société tunisienne de banques (STB) fait du Bénin un enjeu important.

D’autant qu’une partie de sa clientèle est constituée d’importateurs dépendant du port de Cotonou. La filiale béninoise, dotée de 12 milliards de F.CFA de fonds propres, devrait ouvrir plusieurs agences en 2018, dans la capitale avant de viser, dès 2019, les grandes villes.

L’ouverture de l’antenne béninoise est aussi un défi de rapprochement de près de 12 % de ses gros clients que constituent les importateurs et transporteurs. Le lancement officiel a mobilisé toute l’ambassade du Niger, Niamey faisant de cette banque un outil de sa diplomatie économique, d’autant plus cruciale que son implantation est la première à l’étranger.

D’ailleurs, aux nombres des grands actionnaires figurent des sociétés publiques, Nigelec qui a le monopole de l’électricité, et la Société nigérienne des produits pétroliers (Sonidep). Sans compter la Caisse nationale de Sécurité sociale.

Un secteur prolifique et concurrentiel

Avec 16 banques qui totalisent 190 milliards de F.CFA de capital cumulé (290 millions d’euros), le secteur bancaire reste assez dyna­mique au Bénin.

Notamment avec de grandes enseignes comme BoA (Bank of Africa), leader du marché par ses 520 milliards de dépôts stables enregistrés chaque année grâce à une cinquantaine d’agences sur le terri­toire.

La plupart des banques se cantonnent aux prestations classiques dans un pays où le taux de bancarisation avoisine les 20 % largement au-dessus de la moyenne, de 16 %, dans l’espace UEMOA.

Cibler les PME et les PMI

Avec le capital le plus élevé, 35 milliards de F.CFA (53,36 millions d’euros), BGFI-Bank Bénin est la seule à faire de la gestion de patrimoine sa spécialité, bien que l’essentiel de la clientèle béninoise jouisse de revenu plutôt modeste.

Au-delà des prestations traditionnelles, Sonibank veut assouplir les conditions d’accès aux prêts pour favoriser une culture d’entrepreneuriat. Une stratégie risquée, préviennent les analystes financiers qui craignent un taux de remboursement inconstant, à moyen terme. Un avertissement…

Cette nouvelle banque constitue un instrument au service de la diplomatie économique de Niamey. Cette volonté d’extension très forte doit conduire à une présence accrue, en Afrique, ces prochaines années.

…qui ne décourage pas Hamza Salissou, le directeur général de la filiale du Bénin. Son défi est d’aider les entreprises béninoises qui ont vu en grande partie leurs chiffres d’affaires diminuer par la politique de rigueur du gouvernement. « Nous leur ouvrons nos portes », insiste le directeur général du groupe, Souley Oumarou pour qui, cette implantation en terre béninoise est une chance pour les entreprises.

À son lancement officiel, le 23 mars 2018, le directeur général a insisté sur sa politique d’orientation qui cible les entreprises. « Nous voulons être une banque d’investissements qui accompagne les PME et les PMI dans leur développement », a confirmé Hamza Salissou, pour qui, « un plan d’action dans ce sens est déjà élaboré ».

Sonibank veut être avant tout la banque de l’investissement, visant essentiel­lement les jeunes entrepreneurs et les projets innovants, selon Moussa Haitou, qui préside le conseil d’administration. Au Bénin, l’accès aux prêts pour les entreprises est un parcours délicat et les taux exorbitants, parfois jusqu’à 15 % et en moyenne autour de 10 %, limitent les possibilités de financement des PME.

Un plan d’extension

Sonibank entend répondre à cette diffi­culté. Elle veut accompagner prioritairement des projets qui rapprochent le Niger et le Bénin ; cette nouvelle banque veut ainsi être un instrument au service de la diplomatie économique de Niamey. Cette volonté d’exten­sion très forte doit conduire à une présence accrue, en Afrique, dans les prochaines années.

Si l’arrivée sur le marché béninois réussit, Sonibank devrait rapidement couvrir les pays de la Zone franc. Annoncée au Togo et en Côte d’Ivoire, la banque nigérienne pourrait rapidement s’étendre au Mali, au Sénégal et au Burkina Faso, dans les cinq ans.

Si la banque n’a pas encore l’expérience de l’international, elle pourra compter sur des experts de la BCEAO et de la BOAD, qui font partie de ses principaux actionnaires, et qui ont, bien sûr, l’expérience du terrain sous-régional.

De plus, Sonibank veut aussi compter sur la communauté nigérienne présente dans la plupart des capitales africaines où elle tient un pan de l’économie, notamment dans le commerce de proximité. Compte tenu de la concurrence du marché et de la position dominante d’Ecobank en Afrique de l’Ouest, le pari est loin d’être gagné pour la banque nigérienne. 

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Written by African Banker

C'est le seul magazine dédié au secteur bancaire et financier en Afrique. Deux éditions en français et en anglais couvrent la totalité du continent. African Banker est un réel outil de travail pour tout les acteurs de ce secteur. Le monde bancaire et financier connaît une croissance et une concurrence de plus en plus fortes et joue un rôle essentiel dans le développement économique de l’Afrique.

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