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African Business

Amina Kara : Une chasseuse de têtes pour le Maghreb

Cofondatrice d’International Talents Network (ITN) et spécialiste du recrutement au sein de ce cabinet, Amina Kara,  met en relation les diplômés de la diaspora algérienne en France avec les entreprises implantées en Algérie. Ses prochains marchés sont le Maroc et la Tunisie.

Alger, Samia Lokmane-Khelil

Amina Kara a quitté l’Algérie en 2005, avec une licence en Sciences commerciales obtenue deux ans plutôt à l’Institut national du commerce (INC).

Pour parfaire ses connais­sances en marketing, elle traverse, comme beaucoup d’étudiants de son pays, la Médi­terranée et pose ses valises dans le sud de la France, à Toulouse, où elle rejoint l’ESC (École supérieure de commerce) pour un master multidisciplinaire qui comprend des études de management, de communication et de gestion des ressources humaines.

La jeune femme va plus loin et obtient en 2007 un DEA en audiovisuel. Tour à tour chargée d’études, puis consultante, elle est recrutée en 2010 par Airbus, en qualité de Commu­nication Manager en Allemagne.

Amina Kara garde « un excellent souve­nir » de son expérience professionnelle outre-Rhin, où elle était responsable dans une filière d’ingénierie de 600 salariés. Le « plafond de verre » qui étouffait ses ambi­tions en France avait, finalement, explosé.

« Mes patrons se fichaient que je sois d’origine maghrébine », se souvient-elle, évoquant le destin souvent malheureux de beaucoup de diplômés issus de l’émi­gration qui subissent les discriminations à l’emploi, encore aujourd’hui.

Un rapport commandé par le ministère français du Travail a révélé qu’une grande entreprise sur trois refuse de recruter des profils maghrébins. L’exclusion touche également les diplômés des grandes écoles qui préfèrent, comme l’avait fait Amina Kara, s’expatrier.

Beaucoup vont en Grande-Bretagne, au Canada ou dans les pays du Golfe comme Dubaï. Mais ils sont peu nombreux qui pensent à tenter l’aventure professionnelle au Maghreb, une région qu’ils connaissent pourtant bien, pour être la région de leur naissance ou de celle de leurs parents.

Sélectionner les talents algériens

Parmi les diplômés des universités fran­çaises, un nombre important est constitué d’étudiants expatriés d’Algérie, du Maroc et de Tunisie, qui ont du mal à retourner chez eux, une fois leur cursus achevé.

« Beaucoup ont peur que les opportunités d’emploi et le cadre de vie ne leur conviennent pas », explique Amina Kara qui a entrepris de chasser cette idée pas tout à fait juste, en s’inspirant de son expérience dans la communication et la gestion des ressources humaines.

Avec son associée Marie-Aude Labrosse, elle fonde en 2013, International Talents Network (ITN). Le cabinet est spécialisé dans la mise en rela­tion des diplômés de la diaspora en France avec des entreprises implantées dans leurs pays d’origine. La priorité est donnée dès le début à la sélection des talents algériens.

Outre les binationaux nés sur le sol français, beaucoup d’étudiants sont originaires d’Algérie. Selon l’agence Campus France, les inscrits algériens (au nombre de 22 000) représentent la troi­sième communauté estudiantine étrangère dans le pays, après les Chinois et les Marocains. Et c’est justement à eux que s’adresse ITN.

Depuis sa création, le cabinet organise chaque année, des salons de recrutement auxquels sont invités de nombreux acteurs économiques qui évoluent en Algérie (entre­prises publiques et privées ainsi que les multinationales implantées dans le pays). Au fil du temps, le Forum a gagné en popu­larité.

La quatrième édition qui a eu lieu en décembre 2016 a connu un afflux de parti­cipants. Près d’un millier d’étudiants en fin de cursus, des diplômés et des cadres en exercice ont visité le salon, pour pros­pecter le marché de l’emploi en Algérie. De leur côté, des entrepreneurs comme Laïd Benamor (agroalimentaire), Kamel Moula,

patron de Vénus (cosmétiques) et président du Club des entrepreneurs et des industriels de la Mitidja (CEIM), Racim Benghanem, président du Club Export-WTC-Alger, ainsi que Réda Hemai, vice-président de Condor Electronics, ont fait le voyage à Paris en quête de profils qui correspondent à leurs besoins.

« Les patrons sont constamment à la recherche de talents. Leur choix se porte plus particulière­ment sur des personnes qui ont des compétences en matière de management et de marketing afin de leur permettre d’optimiser leurs ventes dans un environnement de plus en plus concur­rentiel », commente Amina Kara. D’après elle, la demande émane de secteurs en pleine croissance comme les télécommunications, l’ingénierie, l’énergie et l’agroalimentaire. Au moins 80 postes étaient à pourvoir cette année. Lors de l’édition précédente, ITN avait réussi à placer une soixantaine de candidats pour des postes en Algérie.

Forte de son expérience, Amina Kara ambitionne de cibler d’autres pays, en mettant à leur disposition des talents expatriés. L’attention d’ITN est portée actuellement sur le Maroc.

La plupart ont rejoint des firmes fran­çaises comme Renault, BNP-Paribas ou la Société Générale. D’autres ont été recrutés par des groupes industriels algériens à l’ins­tar du conglomérat Cevital. « Il manque les entreprises publiques, lesquelles ont encore du mal à embaucher à l’international », regrette la patronne d’ITN.

Pour autant, elle ne s’avoue pas vaincue et compte bien relever le défi en réussissant à placer les talents de la diaspora, partout où il y a du travail. Elle entend aussi les aider à monter leur propre projet en Algérie. Amina Kara évoque quelques succès comme celui de Toufik Lerari, l’ancien président de Jil FCE, (organisation de jeunes patrons), qui dirige l’agence de communication Allégories, créée après une brillante carrière en France.

Un important gisement de compétences

D’autres exemples de réussites entrepre­neuriales ont inspiré à la chasseuse de têtes un slogan : « Success stories Made in Algeria », censé motiver les plus réfractaires à l’idée de se lancer dans une aventure professionnelle en Algérie. À terme, elle espère que son pays natal profitera de l’immense gisement de compétences qu’il a à l’étranger, et pas seule­ment en France.

Forte de son expérience, Amina Kara ambitionne de cibler d’autres pays, en mettant à leur disposition des talents expa­triés. L’attention d’ITN est portée actuelle­ment sur le Maroc, où sont implantées de nombreuses multinationales. La plupart cherchent à recruter à l’international. Amina Kara cite en exemple L’Oréal dont une partie de la direction des ressources humaines est implantée au Maroc.

Les entreprises locales sont également en quête des compétences expatriées. Ce qui est également le cas de leurs homologues en Tunisie, un autre pays dont ITN veut exploiter les opportunités d’emploi en direction de la diaspora. Plus tard, elle envisage de se tourner vers le Liban. En attendant, elle s’active pour se rendre visible partout, pour valoriser les talents expatriés. L’Union européenne vient d’ail­leurs de la recruter en qualité de consultante sur les questions en lien avec la diaspora.

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Written by Samia Lokmane-Khelil

Samia Lokmane-Khelil est journaliste collaboratrice au Magazine de l’Afrique, Africain Business et African Banker depuis 0ctobre 2009. Elle également correspondante à Paris (auparavant à Londres) du quotidien algérien Liberté. Détentrice d’un magistère en sciences politiques et en relations internationales, elle s’intéresse tout particulièrement aux thématiques en rapport avec l’éducation, la bonne gouvernance politique et économique et l’autonomisation des femmes.

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