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African Banker

Alou Sidibé, directeur général de la CIF (Afrique de l’Ouest)

La Confédération des institutions financières est au coeur de la politique de microfinance en Afrique de l’Ouest. Elle accompagne ses membres vers la dématérialisation, précise son directeur général, Alou Sidibé.

Propos recueillis par Guillaume Weill-Raynal

Quelle est la vocation de la Confédération des institutions financières ?

Elle contribue fortement à l’inclusion financière en Afrique de l’Ouest, particulièrement dans la zone Uemoa. Sa mission centrale est d’appuyer nos membres constitués de réseaux de microfinance de grande taille, afin d’améliorer non seulement leurs performances mais aussi l’offre de services financiers de proximité dans nos pays. Nous assurons aussi le contrôle et la supervision des réseaux qui nous sont affiliés – six réseaux au total dans cinq pays différents : le réseau des caisses populaires du Burkina Faso, un autre réseau au Togo, la Fececam au Bénin, Pamecas au Sénégal, ainsi que deux réseaux maliens.

Nous avons également des Unités d’affaires : trois que nous avons créées dans le secteur des assurances – assurance-vie, décès et capitalisation – ainsi que trois sociétés d’assurance vie au Burkina Faso, au Togo, et au Bénin.

En plus de cela, nous avons créé un établissement financier de prêts et paiements à caractère bancaire, afin de créer un organe financier qui puisse gérer les excédents de liquidité. Cet établissement, la Finao (Financière de l’Afrique de l’Ouest) est basé à Dakar. Notre Confédération a pour rôle de coordonner l’ensemble de tous ces mouvements financiers régionaux, en vue d’améliorer substantiellement l’accès de nos populations aux services financiers. Aujourd’hui, cet accès est très faible : le taux de bancarisation varie de 10 % à 15 %, dans nos pays. C’est pourquoi nous devons contribuer fortement à améliorer cet accès à tous les services financiers.

Que mettez-vous à la disposition de vos membres ? Concrètement, quels types d’expertise, d’instruments ?

En matière d’outils, nous leur apportons d’abord la même plateforme, le même logiciel et tous les supports. La Confédé­ration assure le premier niveau de support. Et nous apportons tout l’appui pour l’harmonisation et la mise en conformité à la même réglementation. Car nous sommes régis par la même loi communautaire, et nous avons la même tutelle que la Commis­sion bancaire et la Beceao. Nous travaillons ainsi pour que nos membres soient en conformité à cette réglementation.

De plus, nous nous occupons de la gestion du crédit que nous harmonisons en apportant à nos membres tout ce qui relève de la méthodologie et des outils qui permettent de mieux maîtriser la gestion, l’identification, la mesure et le suivi des crédits. Nous avons également un département de développement des produits que nous recherchons et que nous expérimentons pour l’ensemble de nos membres. Par exemple, nous travaillons actuellement sur la digitalisation et tous les produits et services liés aux nouvelles technologies, notamment à partir de la téléphonie. Nous apportons à nos membres tout cet ensemble d’appuis pour renforcer leurs performances et leur rentabilité.

Quelle est la participation financière de vos membres ? De quelle manière leur implication se manifeste-t-elle ?

Nos membres sont propriétaires de la confédération, qui présente la forme d’une société coopérative régionale. Une coopérative est faite par et pour les membres qui, de ce fait, cotisent à la prise en charge des frais de fonctionnement. Nous ne sommes pas une grande structure : nous comptons une vingtaine d’employés. Et notre budget annuel est d’environ 600 millions de F.CFA (915 000 euros).

De quoi l’Afrique a-t-elle besoin pour amplifier son mouvement vers l’inclusion financière ?

Il lui faut d’abord diversifier l’offre et structurer la demande. Concrètement, cela veut dire qu’il faut créer des produits adaptés aux besoins des membres. Il y a comme un dialogue de sourds entre les bénéficiaires que sont les clients et les institutions financières. Les produits offerts aujourd’hui sur le marché ne correspondent pas aux besoins ; par exemple, pour financer de l’habitat, certains proposent des durées de cinq ou six ans qui ne sont pas tout à fait adaptées. Nous devons donc rechercher les ressources adaptées. Nous devons aussi offrir des produits adaptés aux besoins, qui puissent accompagner le secteur informel. Nous devons aussi struc­turer et organiser la demande.

Autre exemple, pour financer l’agriculture, il faut organiser des coopératives sous forme de fédérations et favoriser une bonne gouvernance en leur sein pour leur permettre non seulement de produire avec un niveau de rendement élevé qui puisse soutenir le crédit, mais aussi de trouver des débouchés commerciaux. Tout cela passe par une approche globale.

Dans cette perspective de mise à niveau, votre stratégie intègre-t-elle la formation des hommes afin de rester à l’écoute du marché ?

Absolument. Nous avons déployé des modules de renforce­ment de capacités de nos collaborateurs ainsi que des modules de formation des bénéficiaires. Nous pratiquons ce qu’on appelle de l’éducation financière. Lorsque vous bénéficiez d’un crédit, vous devez apprendre à l’utiliser de façon rationnelle dans le cadre de son objet et à être en mesure de le rembourser à échéance. Tout cela se fait avec des partenaires tels que l’AFD ou d’autres avec lesquels nous nouons des liens d’accompagnement de cette population.

Comment s’articule le travail avec les bailleurs de fonds ?

Nous avons des programmes d’appui technique que nous appelons « renforcement de capacités », qui comprennent de la formation, l’amélioration des outils et des produits qui doivent être mieux adaptés. Nous faisons aussi des pilotes de tests et de déploiement. Nos partenaires s’engagent à nous apporter des ressources financières et de l’appui technique pour leur mise en oeuvre.

Comment êtes-vous considérés par les banques et les institutions financières ? Comme des intrus ?

Non, nous ne sommes pas des intrus, car nous nous positionnons sur des niches de marché qui ne sont pas couvertes par les banques. Nous finançons des populations à revenus modestes et quelques PME, en milieu rural, et en ville dans le secteur informel. Certaines banques descendent parfois vers des clients à faibles revenus, un marché sur lequel nous nous côtoyons, mais cette intersection demeure marginale. Nous sommes complémentaires des banques.

C’est-à-dire que vous faites partie de l’univers de la microfinance et de la méso-finance… Quelle est votre vision de l’avenir, pour ce type d’actions ? De quelle manière vous inscrivez-vous dans le futur pour développer ces activités ?

Il s’agit pour nous avant tout d’assurer une bancarisation des masses, c’est-à-dire tous ceux qui sont exclus aujourd’hui faute de garanties et d’organisation. Nous agissons pour les faire accéder aux services financiers tels que le crédit, l’épargne, l’assurance et la micro-assurance et leur permettre ainsi d’être inclus. Nous sommes dans une stratégie d’inclusion financière. Nous nous inscrivons dans une amélioration de ce taux d’accès aux services financiers, d’une façon générale. Nous cherchons aussi à servir la méso-finance pour les PME, les TPE et les entreprises d’un certain niveau de chiffre d’affaires. Nous proposons des guichets dédiés à ces catégories. Mais la méthodologie et le niveau de risques ne sont pas les mêmes. C’est la raison pour laquelle le personnel dédié possède un niveau plus élevé de compétences. Ce sont néanmoins des catégories qui entrent bien dans notre cible dans la mesure où, le plus souvent, les banques ne les considèrent pas comme une clientèle digne d’intérêt. Pour nous, ce sont des gros clients que nous pouvons intégrer dans notre portefeuille.

Comment votre action se déploie-t-elle en direction de vos membres ?

Au niveau de la Confédération, notre équipe est restreinte, mais globalement, dans l’ensemble des pays, nous disposons de plus de 4 000 employés. Nous sommes un gros réseau de 4 millions de membres répartis dans les cinq pays, avec plus de 800 points de vente. Nous disposons donc d’un réseau de distribution plutôt dense. Et avec la digitalisation, nous allons démultiplier ce réseau. Ce n’est pas un gadget ! Aujourd’hui, la proximité est physique, ce qui est un avantage pour nous. Mais demain, la proximité sera virtuelle. Elle passera par le téléphone et d’autres moyens technologiques pour la collecte de la petite épargne, l’accès au crédit et à d’autres services.

En votre qualité de directeur général, quelle est votre ambition pour la Confédération ?

J’ai pour ambition de construire un réseau financier et un groupe financier importants, qui rassemblent et qui regroupent la microfinance, la méso-finance, mais aussi, pourquoi pas, l’offre classique aux entreprises, à travers notre établissement financier à caractère bancaire. À travers ses différentes activités, notre groupe est assez complet par rapport à sa vocation de cibler les populations à revenus modestes.

À quel horizon ?

Nous avons un business plan 2016-2020, qui est en cours. Nous espérons compter parmi les grands groupes ouest-africains à l’horizon 2030. 

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Written by African Banker

C’est le seul magazine dédié au secteur bancaire et financier en Afrique. Deux éditions en français et en anglais couvrent la totalité du continent. African Banker est un réel outil de travail pour tout les acteurs de ce secteur. Le monde bancaire et financier connaît une croissance et une concurrence de plus en plus fortes et joue un rôle essentiel dans le développement économique de l’Afrique.

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