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Presse

Algérie : Menaces sur la presse

L’emprise sur la manne publicitaire, les dettes des imprimeries publiques et les contrôles fiscaux abusifs, composent l’arsenal des pouvoirs publics algériens pour tenir les médias.

Alger, Samia Lokmane-Khelil

Hadda Hazem voit l’avenir en noir. La directrice du quoti­dien algérien de langue arabe El Fadjr (L’Aurore) est sûre que son journal va disparaître. « Nous fer­merons dans les prochains jours », confie-t-elle sans l’ombre d’une illusion.

Privé de rentrées publicitaires depuis cinq mois, El Fadjr n’a plus de quoi payer ses journalistes. Poussée à bout, Hadda Hazem avait lancé un dernier SOS, en novembre 2017, par une grève de la faim qui l’a conduite tout droit à l’hô­pital. Son objectif était de contraindre l’État qui contrôle le marché publicitaire public à lever la main.

En vain. Le ministre de la Communication, Djamel Kaouane, a préféré contre-attaquer en accusant Hezam d’avoir détourné l’argent de la publicité. Fin de la séquence. Dans le long feuilleton qui oppose le pouvoir aux médias en Algérie, d’autres épisodes dramatiques, mais moins retentissants, se sont terminés de la même manière.

Privés de publicité, des journaux ont été contraints, les uns après les autres, à mettre la clé sous le paillasson. D’autres survivent dans la peur, attendant à leur tour de disparaître.

En 2017, l’organisation Reporters sans frontières (RSF) avait rendu public un rapport sombre sur l’état de la presse, mettant en exergue l’étran­glement financier des journaux privés. Sous le titre «La main invisible du pou­voir sur les médias en Algérie », le rapport désigne plusieurs niveaux de pressions.

« L’ANEP, chargée depuis 1993 de gérer la publicité, est peu à peu devenue un outil de chantage, puisque les médias critiques ne bénéficient pas de cette publicité, véritable aide pour la presse. Des entreprises média­tiques comme El Watan et El Khabar en sont ainsi privées depuis, respectivement, 1993 et 1998 », écrivait l’organisation qui enregistre depuis, la disparition, les uns après les autres, de titres en faillite.

Publicité en berne

Le dernier en date est Info-soir, un quotidien du soir qui a cessé de paraître au début du mois de janvier, faute de rentrées publicitaires.

Dans une lettre d’adieu publiée en une, son fondateur et directeur, Hacene Ouandjeli, relate les circonstances de la liquidation, orga­nisée par les pouvoirs publics, qui ont privé le journal de publicité. Info-Soir a survécu 14 ans avec une page et demie d’annonces de l’ANEP.

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Written by Samia Lokmane-Khelil

Samia Lokmane-Khelil est journaliste collaboratrice au Magazine de l’Afrique, Africain Business et African Banker depuis 0ctobre 2009. Elle également correspondante à Paris (auparavant à Londres) du quotidien algérien Liberté. Détentrice d’un magistère en sciences politiques et en relations internationales, elle s’intéresse tout particulièrement aux thématiques en rapport avec l’éducation, la bonne gouvernance politique et économique et l’autonomisation des femmes.

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