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African Banker

Alain Ebobissé, directeur général d’Africa50

Après 17 ans passés à la Société financière internationale (Banque mondiale), Alain Ebobissé a pris les rênes du fonds Africa50, il y a un peu plus d’un an, avec l’ambition de « mieux servir l’Afrique » et de construire un pont entre les pays africains.

Dakar, Seydou Ka

Mardi 12 septembre, dans un hôtel dakarois. Alain Ebobissé s’apprête à poser le dernier acte d’une jour­née réussie pour le fonds Africa50, marquée par l’arrivée de deux nouveaux membres (la Guinée et la RD Congo) et le soutien réaffirmé de l’ensemble des action­naires. Cependant, il a dû patienter plus d’une demi-heure, lui qui veut aller vite, avant l’arrivée du directeur général de la Senelec, la société nationale d’électricité du Sénégal, avec lequel il doit signer une convention portant sur le financement d’une centrale thermique à Malicounda. D’une capacité de 120 MW, pour un coût estimé entre 120 et 130 millions d’euros, cette centrale sera la plus grande du pays, en capacité de production ; sa mise en service est annoncée pour fin 2018. En plus d’une participation à hauteur de 30 % (contre 10 % à 15 % pour la Senelec), Africa50 va aider le Sénégal à attirer d’autres investisseurs privés. Alain Ebobissé, qui sait que la rapidité n’exclut pas la flexibilité, ne regrette pas d’avoir attendu. Finalement, il se dit « très heureux » d’accompagner la Senelec dans ce projet. Sa journée est presque parfaite !

Catalyser l’investissement privé

Son expérience lui a appris qu’il faut avancer avec méthode. « Nous avons bâti les fondations permettant au fonds Africa50 d’être opérationnel », déclare-t-il aux action­naires réunis à Dakar à l’occasion de la troi­sième assemblée générale, le 12 septembre, sur un ton calme et rassurant (lire entretien). Douze mois « d’intense activité » lui ont permis de se rendre compte encore plus de l’importance de sa mission qui est de catalyser l’investissement privé, à travers des PPP, pour le financement de projets d’infrastructures en Afrique.

Avec un besoin d’investissement en infrastructures estimé à environ 115 milliards de dollars annuels, dont seulement 75 milliards $ sont financés à ce jour – soit un déficit de 30 à 40 milliards $ par an – il est conscient de l’ampleur du défi. Surtout si l’on sait que depuis son lancement par la BAD, en septembre 2013, Africa50 peine à décoller. À ce jour seuls 830 millions $ ont pu être mobilisés et trois projets de centrales solaires (au Nigeria, en Égypte) et thermique au Sénégal sont initiés. Mais Alain Ebobissé n’a pas peur des défis, lui qui a passé 17 ans au Groupe de la Banque mondiale, dont les huit dernières en tant que responsable d’IFC InfraVentures, le fonds mondial pour le développement des projets d’infrastruc­tures d’IFC/SFI ; il a donc conscience de la manière dont les projets d’infrastructures sont développés en PPP à travers le monde. Lorsqu’il prend les rênes d’Africa50, en avril 2016, il était déjà crédité d’une solide réputation. « Depuis sa nomination au poste de directeur général, Alain Ebobissé a fait preuve de leadership en jetant les bases d’un fonds d’investissement solide. Il a supervisé l’installation des opérations d’Africa50 avec l’appui du Maroc, préparant adroitement le fonds à intensifier ses activités », se réjouit Akinwumi Adesina, président de la BAD et du conseil d’administration d’Africa50.

À 49 ans, Alain Ebobissé conçoit sa nouvelle mission comme une manière de « mieux servir l’Afrique ». Sa longue carrière internationale lui a permis d’avoir « de très grandes connaissances » dans la manière dont les projets d’infrastructures sont déve­loppés et structurés à travers le monde, notamment en Asie, en Afrique, en Europe et en Amérique latine. Ce qui lui permet aujourd’hui à Africa50 d’apporter des conseils à ses actionnaires, en matière de structuration de projets. Mais également de dire à ceux qui veulent donner des leçons à l’Afrique : « Écoutez, on sait quand même comment cela se fait ! »

Il est convaincu que l’Afrique peut prendre en charge son propre destin en matière de développement de projets d’infras­tructures, parce que « nous avons des qualités, y compris humaines, pour pouvoir mettre en oeuvre ces projets de manière très efficiente ».

Un homme d’expérience

Spécialiste de la gestion de projets – il est diplômé en gestion des entreprises de l’International School for Management Development (IMD) de Lausanne, en Suisse – Alain Ebobissé a l’avantage de bien connaître l’un des deux secteurs prioritaires d’Africa50, celui de l’énergie. À la tête d’InfraVentures, il avait aidé certains pays dans la conception et le montage de projets. Comme au Sénégal avec la centrale au fioul lourd de Tobène (70 MW), ainsi que par une lettre de politique de développement sectoriel destinée à créer un cadre favorable aux projets de production d’électricité suivant le modèle PPP.

Toutefois, Alain Ebobissé note une singularité d’Africa50 : « Nous aurons une approche beaucoup plus commerciale qu’une agence de développement classique, mais nous aurons en même temps une approche beaucoup plus développementale qu’un fonds d’investissement privé, avec plus de flexibilité et de rapidité dans la mise en oeuvre. »

En choisissant ce spécialiste reconnu du financement et du développement de projets d’infrastructures, – en plus d’être un bon connaisseur du continent africain –, les actionnaires d’Africa50 ont fait le pari qu’il réussira rapidement à faire de cette nouvelle structure une société d’investissement dans les infrastructures efficace et fructueuse, jouissant d’une réputation d’excellence et de crédibilité sur le continent et au-delà. 

INTERVIEW

En ordre de marche 

Le fonds Africa50 est désormais en phase de décollage. Son directeur général, Alain Ebobissé, détaille sa nouvelle orientation stratégique : investir dans de grands projets, pour susciter de nouveau investissements. Propos recueillis par Seydou Ka

Trois ans après son lancement, où en est Africa50 ?

Nous sommes dans une phase de décollage et désormais, en plus du soutien de nos actionnaires – qui ont contribué au fonds pour plus de 800 millions de dollars, sans compter l’apport de la Guinée et de la RD Congo –, nous avons une équipe de direction et des équipes capables de travailler sur des projets concrets et de réaliser des investisse­ments. Dans un fonds d’investissement, le premier facteur de succès tient à la qualité de l’équipe qui va travailler sur les projets d’investissement. Monter une équipe solide était donc l’une de mes priorités. Nous avons bâti les fondations qui nous permettent d’être totalement opérationnels. Nous avons décidé une politique d’investissements approuvée par le conseil d’administration et nous avons réalisé nos premiers investis­sements dans une centrale solaire de 100 MW au Nigeria en décembre 2016, dans une série de centrales de 300 MW solaires en Égypte et nous venons de signer un investissement d’une autre de 120 MW au Sénégal. On avance ! Comme je l’ai dit aux actionnaires, nous avons bâti les fondations et sommes en ordre de marche, même si nous n’avons pas encore atteint notre vitesse de croisière.

Vous évoquez 830 millions $, une somme modeste comparée aux besoins…

Vous avez raison. C’est très peu comparé au déficit d’investissement dans les infrastructures africaines, estimé entre 30 et 40 milliards $ annuels. Nous allons lever plus de capitaux auprès de nos gouvernements actionnaires, sachant que notre stratégie est résolument tournée vers la levée de l’argent auprès d’investis­seurs privés.

À ce propos, lors de votre nomination, vous aviez promis de lever 1 milliard $ sur le marché, avant fin 2016. Où en êtes-vous ?

C’est un objectif à moyen terme. D’ailleurs, nous souhaitons lever davantage parce que, comme vous venez de l’évoquer, les besoins sont importants. Nous avons plusieurs objectifs en parallèle, mais à moyen terme, nous dépasserons ce montant. Africa50 vise un niveau de capital engagé substantiel­lement supérieur au milliard de dollars, même si le fonds ne peut pas, à lui seul, résorber ces besoins. C’est pourquoi nous travaillerons en partenariat. Nous nous voyons comme un catalyseur de projets, c’est-à-dire nous engageons une petite partie, en général une participation, minoritaire mais stratégique, en fonds propres, pour susciter un effet de levier.

Quels sont vos objectifs en mobilisation de ressources sur le moyen et le long terme?

L’objectif est de suivre notre raison d’être, à savoir d’investir dans des projets d’infrastructures, de trouver de bons projets dans des pays pour y participer. À nous de bâtir une équipe capable de les mettre en oeuvre. Nous avons défini des objectifs chiffrés avec notre conseil d’administration et nous voulons réaliser le maximum de projets dans nos pays actionnaires et au-delà pour soutenir la croissance africaine.

Vous avez annoncé une nouvelle orientation stratégique lors de cette assemblée générale. À quoi se résume-t-elle ?

Essentiellement à trois grands axes. Premièrement, le développement de projets, parce qu’il est très important de développer divers projets rentables ; cet écueil de la rentabilité attendue est l’une des contraintes majeures des investisse­ments en infrastructures sur le continent. À cet effet, nous proposons une structure de développement de projets qui s’appelle Africa50 Project Development.

Le deuxième axe stratégique consiste à attirer des investissements directs dans des projets développés par d’autres et qui ont besoin de notre soutien ou des investissements indirects à travers des fonds d’investissement que nous pouvons soutenir.

Enfin, le dernier axe stratégique consiste en la levée de fonds auprès des gouvernements et entités publiques, mais également auprès des entités privées, notamment par la mobilisation de l’épargne à long terme africaine et non africaine pour l’orienter vers le finance­ment des infrastructures.

Comment avancer, alors que dans beaucoup de pays africains, le cadre réglementaire n’est pas encore propice aux PPP ?

Nous allons nous focaliser davantage sur les aspects sur lesquels nous pouvons avoir un impact et laisser des institutions comme la Banque mondiale et la BAD, qui ont plus de moyens que nous, s’occuper des questions de réformes sectorielles et du cadre réglementaire pour créer un environnement propice aux investissements. Néanmoins, nous allons soutenir les pays africains dans le cadre de projets concrets. En revanche, nous travaillerons de manière plus active dans des pays où le cadre réglementaire est plus favorable, puisque notre mission est certes soutenue par les États, mais elle a aussi un objectif commercial. Ce qui veut dire qu’il y aura une sélection de projets à financer. Et, à la marge, si nous pouvons aider à résoudre quelques contraintes, nous le ferons. Les grandes réformes, ce n’est pas notre rôle ! Le nôtre est orienté projets, c’est-à-dire qu’il consiste à trouver les moyens de financer nos projets pour qu’ils avancent, et à débloquer les difficultés liées à nos propres initiatives.

Dans quel sens votre expérience à la Banque mondiale vous permet d’avoir une meilleure idée de votre mission ?

Mon expérience a été très riche puisqu’en tant que responsable mondial du développement de projets d’infras­tructures privés ou PPP durant huit ans, j’ai observé la manière dont les projets étaient développés et structurés à travers le monde, avec des équipes en Asie, en Afrique, en Europe et en Amérique latine. J’ai de très grandes connaissances dans la manière dont ces projets sont structurés. Et mon rôle au niveau d’Africa50 me permet de voir les différences. 

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Written by African Banker

C'est le seul magazine dédié au secteur bancaire et financier en Afrique. Deux éditions en français et en anglais couvrent la totalité du continent. African Banker est un réel outil de travail pour tout les acteurs de ce secteur. Le monde bancaire et financier connaît une croissance et une concurrence de plus en plus fortes et joue un rôle essentiel dans le développement économique de l’Afrique.

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