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Analyse et Opinion

Aidons la Tunisie par Dov Zerah

Aidons la Tunisie: Incontestablement, la Tunisie va mal, bien que certaines lueurs subsistent. Les investisseurs, les touristes, les importateurs, se détournent du pays. Il est urgent d’inverser la tendance. Plaidoyer. 

Depuis la fin 2010, la Tunisie et les Tunisiens défraient régulièrement la chronique, pour le bien comme pour le pire : courage des Tunisiens face à des forces de l’ordre peu scrupuleuses, explosion des réseaux sociaux, expressions diverses et variées d’une société civile vigilante, élections pluralistes et démocratiques tant pour l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) que pour la présidence de la République, adoption d’une constitution libérale et ouverte, prix Nobel de la paix… Ce tableau est régulièrement noirci par des manifestations d’intolérance d’intégristes, et par des attentats, comme ceux du musée du Bardo ou de la plage de Sousse.

L’économie tunisienne est entrée en récession à l’été 2015 après deux trimestres de ralentissement. Même si l’année se solde par une croissance légèrement positive (+0,5 % prévu par le gouvernement), l’économie est très mal engagée, après deux années consécutives de croissance à 2,2 %.

La communauté internationale, et plus particulièrement l’Union européenne, doit aider la Tunisie à se rétablir au plus vite pour conjurer tous les risques possibles et ne pas pousser les Tunisiens à choisir l’émigration. Ne perdons pas de temps… N’attendons pas l’irréversible…

Avec 7 % du PIB et 15 % des emplois, le tourisme est le secteur le plus touché, et risque d’être sinistré pour longtemps. Les récents attentats auraient coûté 450  millions d’euros, 1 % du PIB, et 1 million de touristes étrangers pour les neuf premiers mois de 2015. Au-delà de ces éléments conjoncturels, la recommandation officielle de certains pays faite à leurs nationaux de ne pas aller en Tunisie constitue une barrière psychologique qu’il sera difficile de lever. Plus graves encore, les efforts faits pour attirer les touristes, principalement en matière de prix, dévalorisent la filière dans le moyen terme, et la fragilisent encore plus en la rendant structurellement déficitaire.

Les autorités ont adopté de nombreuses mesures, avec notamment le projet de création de la Société de gestion d’actifs (SGA). Cette société de défaisance des créances impayées sur les hôtels (transférées à la SGA et échangées contre des obligations garanties par l’État), risque de faire une victime collatérale de la crise touristique : la banque. Car la dette impayée dépasserait les 2  milliards de dinars tunisiens (plus de 900  millions d’euros), soit deux tiers des crédits au secteur. Le renouveau du secteur touristique passe, d’une part, par une diminution des capacités d’hébergement en favorisant le haut de gamme et les structures les plus proches de la plage, et d’autre part, par une amélioration de la qualité de l’offre.

Le secteur bancaire est l’objet d’un traitement spécifique avec l’appui technique du FMI et de la Banque mondiale. Les mesures concernant le secteur public portent principalement sur :

– La recapitalisation effective de deux des trois banques publiques, avec la possibilité pour l’État d’apporter jusqu’à 350 millions d’euros pour la STB et 50  millions pour la Banque de l’habitat, le montant définitif étant déterminé en fonction du succès de l’opération auprès des actionnaires privés minoritaires.

– La modification de leur structure de gouvernance, avec l’obligation de désigner deux membres indépendants et de mettre en place trois comités (comité des risques, comité exécutif du crédit et comité d’audit interne).

– La création d’une banque des régions, chargée d’accompagner le développement des régions intérieures. Cette initiative est très importante, car elle devrait permettre de répondre aux attentes des zones défavorisées, et plus particulièrement de celles du Centre-est, d’où sont partis les mouvements qui ont conduit au départ de Ben Ali. De tout temps, ces régions ont eu le sentiment d’être délaissées par la capitale au profit des zones côtières, et ont été des foyers de contestation.

La situation des banques privées est délicate à cause des impayés en augmentation, d’une collecte insuffisante, et d’une production de crédits en baisse. Leurs résultats sont négatifs et elles recourent de plus en plus au refinancement de la Banque centrale.

Le renforcement des ratios bancaires devrait permettre au secteur d’atteindre les standards internationaux : suivi des engagements et de la couverture des risques ; calcul et respect en permanence du ratio de liquidité ; adoption progressive les règles de Bâle II… Une nouvelle loi bancaire est en cours de discussions avec les professionnels. Le redressement économique de la Tunisie exige la consolidation du secteur bancaire qui avait été une des forces du pays.

Les activités minières connaissent une baisse consécutive aux mouvements sociaux et à la réduction de l’investissement. La situation des hydrocarbures qui représentent 7 % du PIB, et un septième des exportations, est une des manifestations du désintérêt des investisseurs envers la Tunisie : aucun permis de recherche n’a été accordé en 2014 et aucune prolongation de permis d’exploitation n’a été validée. Celle des phosphates n’est guère plus favorable.

Tout ne va pas si mal !

Heureusement, les autres secteurs industriels s’en sortent mieux. Les industries mécaniques et électriques, qui représentent 7 % du PIB, et 36 % des exportations, sont en augmentation régulière depuis cinq ans. Il en est de même avec les entreprises textiles qui pèsent 4 % du PIB et 19 % des exportations. Mais combien de temps cela va-t-il durer ? La multiplication des grèves et revendications sociales conduit à de profondes perturbations des productions, au renchérissement du coût de la main-d’œuvre, et à la réduction de l’avantage comparatif du pays, notamment pour les entreprises étrangères offshore.

Heureusement aussi que l’agriculture et le secteur agroalimentaire se portent bien, ce qui s’est traduit par un excédent de la balance commerciale sur les trois premiers trimestres de 2015, et ce qui permet au pays d’épargner des devises, à un moment où il dispose à peine d’un peu plus de 100 jours d’importation.

Les indicateurs macroéconomiques sont comme ceux sectoriels, divers : un important déficit budgétaire, environ 5 % du PIB pour 2015, en réduction trop lente, mais à un niveau supportable compte tenu d’un endettement public en augmentation constante depuis cinq ans, mais encore acceptable puisqu’il n’est que légèrement supérieur à 50 % du PIB… Là encore, combien de temps cela peut-il encore durer ? Car dans le même temps, le chômage dépasse les 15 % de la population active.

Ne perdons pas de temps

La Tunisie est en train de consommer les réserves accumulées pendant les années de croissance. Il faut aussi vite que possible que la situation s’améliore, pour que le pays ne continue pas dans cet engrenage négatif. Il faut que la confiance se rétablisse rapidement, et que le pays retrouve le chemin de la croissance.

Il faut éviter que la Tunisie ne voie la contrebande, mise en évidence par le FMI, se généraliser, le secteur informel se développer, la pauvreté s’étendre, elle qui touche déjà un Tunisien sur sept, les tendances intégristes se répandre… Il faut aider la Tunisie à retrouver le sentier de la croissance, la relance de l’investissement.

Depuis 2011, l’anémie de l’investissement, (-12,6 % en 2011, -3,8 % en 2013 et +1,2 % en 2014) constitue le signe le plus tangible de la défiance des investisseurs locaux et étrangers, ainsi que le frein le plus caractéristique au redémarrage de la croissance. Ce handicap risque de perdurer à cause de l’insécurité ambiante, mais également du fait de la multiplication des mouvements de grève qui entraînent une agitation sociale larvée.

La communauté internationale, et plus particulièrement l’Union européenne, doit aider la Tunisie à se rétablir au plus vite pour conjurer tous les risques possibles et ne pas pousser les Tunisiens à choisir l’émigration. Ne perdons pas de temps… N’attendons pas l’irréversible…

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Written by African Business

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