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Art et Culture

Afrique. Transmettre la mémoire

Afrique. Basée à Bordeaux et à Dakar, l’Association internationale Mémoires & Partages continue le travail citoyen de mémoire de DiversCités (1998-2010) et de la Fondation du Mémorial de la traite des Noirs (2006-2014). Non sans mal

La Fondation du Mémorial de la traite des Noirs est englobée, depuis le 1er janvier 2015, dans l’Association internationale Mémoires & Partages dont Karfa Diallo est le cofondateur. Tout en exhortant le gouvernement sénégalais au respect des lois du 27 avril (commémo-ration de la Traite des Noirs et de l’escla-vage) et du 23 août (Journée du tirailleur), l’Association entend oeuvrer pour « une transmission de la mémoire aux générations futures grâce à une rigoureuse politique mémorielle publique ».

Après avoir constaté la non-application de ces deux lois qu’Abdoulaye Wade avait fait adopter, en 2010, au moment de l’inauguration de son controversé monument de la Renaissance africaine, Karfa Diallo, un activiste sénégalais anti-esclavagiste qui a grandi à Dakar avant de s’expatrier à Bordeaux, a repris son bâton de pèlerin pour convaincre les décideurs politiques et des acteurs de la société civile.

Longtemps proche des socialistes, il s’est finalement éloigné d’eux. « Je ne suis d’aucun bord. Je ne suis encarté nulle part. Je veux avant tout rester un homme libre », explique l’élu local qui a aussi épaulé le chanteur Youssou N’Dour lors de sa tentative de candidature à la présidentielle sénégalaise de 2012. Avant, là aussi, de prendre ses distances…

Reçu par le maire de Dakar, Khalifa Sall, le 22 janvier, le président de la Fondation du Mémorial de la traite des Noirs a réitéré son plaidoyer pour le strict respect des lois mémorielles en vue de la tenue, à Dakar, chaque 27 avril, d’une commémoration qui soit digne de ce nom. « Les communes sont des échelons indispensables pour vul-gariser la culture de mémoire vigilante et dynamique que nous promouvons. Dakar, siège de l’ancienne AOF, peut faire de son immense patrimoine matériel et immatériel une ressource pour son rayonnement. Nous souhaitons y participer… », a-t-il déclaré à l’issue de cette rencontre qu’il a qualifiée d’« encourageante » et de «chaleureuse ». À son sens, l’Afrique a une histoire mais pas de mémoire, et doit s’imprégner, à son tour, de culture mémorielle. Tel était le sens de l’exposition Frères d’âme que Karfa Diallo avait organisée, la deuxième quinzaine d’avril, au Goethe Institut de Dakar.

Réveiller la mémoire de… Bordeaux !

Né à Dakar en 1971, Karfa Diallo a passé les 18 dernières années à militer loin de chez lui. L’ancien étudiant de Sciences Po-Bordeaux qu’il a été en 1997, après avoir effectué des études poussées en droit à l’université Cheikh Anta-Diop de Dakar, a failli se retrouver dans la peau d’un sans-papiers. Il a réussi à poursuivre ses études, alors qu’il n’avait pas obtenu de bourse, grâce à un grand professeur de droit public. « Sans l’intervention de Pierre Sadran qui dirigeait à l’époque Sciences Po-Bordeaux, je crois que je n’aurais jamais réussi à remettre les pieds en Gironde », témoigne-t-il.

C’est à Bordeaux donc, où il orga-nise régulièrement des visites de la ville négrière, le dimanche, qu’il s’est battu pour que surgisse, au grand jour, la part d’ombre que comporte le passé de la ville. « Longtemps, la thèse officielle a été de dire que Bordeaux ne s’était enrichie que grâce au vin. Quand on a une image aussi chic, on n’a pas envie d’y accoler celle de cité de la traite », analyse Karfa qui s’amuse du fait que le premier historien à avoir étudié le passé négrier de Bordeaux soit Nantais. Et même si le Port de la Lune n’a pas connu un trafic négrier aussi intense que ceux de Nantes ou de La Rochelle, il n’en a pas moins contribué à la richesse de la cité girondine, dont une vingtaine de rues portent encore le nom de célèbres familles de négriers !

L’engagement militant de Karfa Diallo sur une question aussi sensible que de « débaptiser les rues de Bordeaux », – alors que la plupart des descendants des familles bordelaises qui se livraient au commerce triangulaire y résident encore – ne pouvait qu’agacer le maire, Alain Juppé, qui n’a guère apprécié l’ar-rivée de ce rival, fût-il légitime dans son combat. Chaque année depuis 2001, la mairie de Bordeaux organise des manifestations à l’occasion de la Journée du 10-Mai qui commémore l’abolition de l’esclavage en France.

Une exposition permanente dans une salle du Musée d’Aquitaine est consacrée, depuis 2009, à la traite négrière ; elle figure parmi les plus visitées de la ville. Et même si aucun mémorial de la traite n’a encore vu le jour pour dénoncer ce crime contre l’humanité, des visites scolaires ont régulièrement lieu pour l’évoquer. Karfa Diallo a voulu porter l’estocade politique dans la cité girondine en diri-geant Couleurs bordelaises, une liste qui a obtenu plus de 4% des suffrages lors des municipales de 2001.

Longtemps proche des socialistes, il s’est finalement éloigné d’eux. « Je ne suis d’aucun bord. Je ne suis encarté nulle part. Je veux avant tout rester un homme libre », explique l’élu local qui a aussi épaulé le chanteur Youssou N’Dour lors de sa tentative de candidature à la présidentielle sénégalaise de 2012. Avant, là aussi, de prendre ses distances…

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Written by Le Magazine de L'Afrique

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