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Politique

Afrique : Quels dividendes démocratiques ?

…une mobilisation sur des bases encore trop ethniques, l’intimidation des électeurs voire des violences électorales, la manipulation des constitutions, le non-respect des calendriers électoraux, l’hégé­monie des partis au pouvoir et la faiblesse des capacités programmatiques des partis politiques – y compris les partis politiques historiques issus des mouvements de libé­ration nationale –, ainsi que la faiblesse de la participation et de la représentation des femmes. « À quelques exceptions près en Namibie, en Tunisie, au Rwanda ou à Maurice », note le rapport.

Dividendes économiques, sociaux et culturels

Les restrictions à la liberté d’expres­sion, de démonstration et d’information, le recul de la primauté du droit et du constitutionnalisme, les violations des droits de l’homme, souvent sous forme de lois spéciales, ainsi que la corruption politique et la « capture » de l’État « consti­tuent autant de freins additionnels à un développement démocratique durable ».

L’évaluation de la démocratie est trop souvent centrée sur les processus et les formes. « C’est-à-dire, comme le déplore Adebayo Olukoshi, essentiel­lement sur les avancées de la démocratie procédurale et formelle ! Il nous a donc semblé important de poser la question des avantages socio-économiques concrets de la démocratisation pour les citoyens africains ordinaires. D’où l’idée de se concentrer sur les dividendes».

Pour lui, les avantages procurés par l’offre démocratique tels que l’accès aux services publics de base, l’efficacité de l’administration, les droits socio-économiques, l’inclusion et la ges­tion de la diversité sont « hélas, encore trop souvent absents dans un contexte mar­qué par des inégalités croissantes et l’exclu­sion sociale, de graves difficultés écono­miques et des taux de pauvreté croissants ».

Lors de la rencontre de Cotonou, les discussions sur l’inclusion des jeunes et des populations rurales ont été les plus passionnées. Le modérateur de la table ronde consacrée aux dividendes écono­miques, sociaux et culturels, José Brito, président de l’Institut de l’Afrique de l’Ouest, du Cap-Vert, a rappelé : « En Afrique, nous avons les droits du Premier monde et les devoirs du Quart-monde».

Il a insisté sur la nécessité pour les élites afri­caines d’arrêter de creuser les inégalités au risque, sans cela, de se faire balayer. Les droits économiques et sociaux (santé, éducation, logement et accès à l’eau potable) sont indissociables, selon lui, des droits civils et politiques. « Ces droits sont, aussi, très importants pour le fonction­nement de la démocratie. D’où la demande grandissante pour que nos élus regardent au-delà du cycle des élections et accordent une plus grande attention à l’amélioration des moyens de subsistance des populations », a souligné de son côté l’ancienne ministre nigériane, Oby Ezekwesili.

Mise en oeuvre complexe

Car si ces droits existent bien sur le papier dans la plupart des pays africains, c’est leur mise en oeuvre qui pêche ! D’où la nécessité que la démocratie formelle ne soit pas une fin en soi, mais un moyen d’établir des conditions pro­pices à la création d’États capables de répondre aux besoins de leurs citoyens en matière de responsabilité, d’accès aux services publics, de sécurité et, sur­ tout, de l’établissement d’un consensus concernant un projet de développe­ment légitime.

Pour le professeur de droit public Fréderic Joël Aïvo, il s’agit également en Afrique de lutter contre un effet néfaste : « Nous sommes victimes d’une addiction grave à l’aide qui pirate nos institutions alors que la solution à nos problèmes est dans une meilleure gouver­nance. La démocratie peut conduire au développement mais pas systématiquement s’il n’y a pas une gouvernance de qualité. »

Pour lui, les politiques publiques sont trop « court-termistes » et ce n’est pas en construisant une route ou un stade que l’on creuse les fondations d’un développement durable. « Avec la démocratie formelle, tout le monde se met en danger car souvent, des régimes décla­rés démocratiques sombrent dans la vio­lence. La démocratie doit servir à résoudre nos problèmes concrets avec nos propres moyens », insiste-t-il.

Une meilleure prise en compte de ces dividendes sociaux, économiques et culturels de la démocratisation de l’Afrique, pourrait avoir un « effet immé­diat sur la vie et le bien-être des popula­tions », mais aussi sur la légitimité des gouvernements ainsi que la perception de l’efficacité des systèmes démocra­tiques pour la production et le maintien de résultats en matière économique, ainsi que de paix et de sécurité.

Pour le professeur de droit public Abdoulaye Soma, du Burkina Faso, « il est grand temps de passer du service de la démocra­tie à la démocratie des services », afin que les États africains retrouvent toutes leurs prérogatives notamment, vis-à-vis des multinationales. Tandis que, pour Jean Pierre Elong Mbassi, secrétaire général de CGLUA (Cités et gouvernements locaux unis), il s’agit plutôt de remettre les citoyens au centre du processus de développement pour qu’ils puissent avoir un meilleur accès aux services publics.

« L’Afrique est le continent où les Objectifs du millénaire ont eu les plus faibles résultats », a-t-il fait remarquer. Ce qui veut dire que les défis sont encore plus grands pour les pays africains dans l’atteinte des objectifs qu’ils se sont fixés avec l’Agenda 2030 sur le développe­ment durable ainsi que le premier plan d’action décennal de mise en oeuvre de l’Agenda 2063 visant à la transformation socio-économique de l’Afrique. 

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Written by Christine Holzbauer

Christine Holzbauer travaille comme journaliste en Afrique pour les éditions en français de New African, African Business et African Banker depuis 2012. Auparavant, elle était correspondante régionale pour «L'Express », « La Croix » et « La Tribune », d’abord basée au Mali puis au Sénégal. Elle est diplômée de Sciences Po. Paris, a obtenu un DESS de la Sorbonne et fait ses études de doctorat à American University (Washington, D.C.) en relations internationales, développement et communication internationale.

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