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Art et Culture

Afrique : la culture dans tous ses états

Notes de lecture pour amateurs de littérature et de découvertes. L’Afrique ses mystères, ses caprices et ses souhaits s’expriment dans différents supports pour montrer une autre facette de ce continent aux mille visages. Et dans la chute deux sympathiques expositions avec en toile de fond le continent…

Note de lecture

L’Afrique des possibles: Les défis de l’émergence

Par Guillaume Weill-Raynal

L’ouvrage particulièrement dense et exhaustif de Pierre Jacquemot fait le point sur les perspectives de l’émergence de l’Afrique. Le décollage économique est encore incertain. Un modèle pluriel de développement reste à inventer.

Si l’Afrique a effectivement souffert par le passé d’un déficit démographique, l’accroissement exponentiel qu’elle connaît aujourd’hui pourrait s’avérer demain une bombe à retardement.

Une Afrique ou des Afriques ? La question, pour galvaudée qu’elle apparaisse, revient pourtant à s’interroger sur celle des moteurs mais aussi des freins qui peuvent, dans les prochaines décennies, faire du décollage économique du continent un essai réussi, ou un échec.

« L’Afrique se dissimule sous tant de masques qu’il est malaisé de connaître son vrai visage », estime en effet Pierre Jacquemot, économiste, ancien ambassadeur de France, ancien directeur du développement au ministère français des Affaires étrangères, et aujourd’hui président du GRET (Groupe de recherche et d’échanges technologiques), une organisation spécialisée dans le développement international et solidaire.

Un handicap mais aussi peut-être une chance. Car ce «génie de l’hybridation, du mélange des genres et du métissage » dont est doué l’Afrique pourrait bien l’aider à « inventer le développement durable et inclusif de demain ».

Dans L’Afrique des possibles, les défis de l’émergence, Pierre Jacquemot s’est ainsi attaché à analyser, le plus complètement possible, les causes de l’émergence africaine constatée depuis le début du siècle et à réfléchir sur son évolution future.

Dépassant le clivage, qu’il juge artificiel, entre un afro-optimisme euphorique et un afro-pessimisme « désespérant », il se livre à un examen et un état des lieux approfondi des réalités africaines d’aujourd’hui (économie, démographie, gouvernance, éducation, innovation, santé, urbanisation, relations internationales…) pour aboutir au final à un bilan qu’il souhaite le plus «afro-réaliste» possible.

Une tâche ardue tant les contours de ces réalités sont malaisés à cerner, selon que l’on se focalise sur les chiffres exceptionnels de la croissance du continent ces quinze dernières années ou que ces chiffres soient eux-mêmes mis en cause (car souvent établis sur des bases de données très fragiles), laissant apparaître une réalité du terrain moins reluisante.

Car au-delà des statistiques demeurent les tendances économiques lourdes. La croissance tant vantée est très disparate et hétérogène selon les pays. Les économies se caractérisent le plus souvent par leur faible productivité.

Car la population rurale reste majoritaire. « L’urbanisation ne s’est pas accompagnée d’une industrialisation, mais d’une explosion de l’informalité tertiaire. » L’Afrique témoigne encore aujourd’hui d’une grande difficulté à s’extraire de « la trappe à pauvreté ».

«Rien n’est écrit à l’avance»

Une difficulté aggravée par une faible gouvernance économique à long terme: les États, déjà pénalisés pour certains par les handicaps liés à la « rente » des matières premières, ont vu leur marge de manœuvre se réduire au gré des injonctions d’ajustements structurels dictés par le FMI et la Banque mondiale.

Même constat sur le plan démographique : l’Afrique souffre d’une « transition inachevée ». Contrairement aux tendances historiques constatées dans les pays développés, la baisse significative de la mortalité n’a pas été suivie, pour le moment, d’une stabilisation corrélative à une baisse de la fécondité.

Si l’Afrique a effectivement souffert par le passé d’un déficit démographique, l’accroissement exponentiel qu’elle connaît aujourd’hui pourrait s’avérer demain une bombe à retardement.

Autant de constats qui conduisent Pierre Jacquemot à envisager pour l’avenir quatre scénarios possibles : celui – le plus noir – du chaos et de la faillite ; celui de la « divergence et de la marginalisation » qu’il qualifie d’ « équilibre par le bas » ; celui de la « convergence dans la dépendance » caractérisé par une croissance extensive et exclusive mais « impulsée de l’extérieur»; celui, enfin, d’une émergence durable et inclusive – « le seul vertueux » car « non mimétique » – s’appuyant sur la jeunesse vue comme l’aspect positif de la nouvelle donne démographique contrebalancée par la maîtrise de la fécondité, le renforcement des institutions démocratiques ainsi que sur l’exploitation, notamment par le biais de la formation, des nouvelles technologies.

«Rien n’est écrit à l’avance», estime Pierre Jacquemot, et aucun de ces scénarios ne se déroulera sous sa forme pure. « L’hybridation et le métissage des solutions demeurera la règle».

***

Note de lecture

Manger le pouvoir au Burkina Faso

La noblesse mossi à l’épreuve de l’histoire

L’historien et politologue Benoît Beucher part à la découverte du Burkina Faso et de la conception du pouvoir du peuple Mossi. Une oeuvre riche qui aide à comprendre le pays.

Par Dov Zerah

Tous les vendredis matin, à Ouagadougou, l’un des quatre rois mossi procède à la cérémonie du « faux départ ». Le cheval est là, le roi donne le sentiment qu’il va partir, mais il ne quitte pas la capitale.

Un Mossi ne quitte pas le pou- voir ! Benoît Beucher va montrer comment, même si le Burkina Faso est une République, « la noblesse mossi à l’épreuve du pouvoir », est toujours présente. Tout au long de son travail, l’auteur a acquis la conviction que « la coexistence d’un régime républicain et monarchique n’est qu’un apparent paradoxe et certainement pas une anomalie historique au Burkina Faso ».

L’État, issu de trajectoires historiques plurielles a « acquis des formes de gouvernement à la fois anciennes et plus récentes, endogènes et exogènes…». Pourtant, le mooré, la langue des Mossis, n’a aucun mot se rapprochant de la notion d’État.

Aristocratie guerrière fondée il y a près d’un demi-millénaire, occupant majoritairement la partie centrale de l’actuel Burkina Faso, les Mossis ont édicté des commandements qui ont constitué des royaumes, et ont trouvé des accommodements avec l’administration coloniale.

À la croisée de l’histoire et de l’anthropologie politique, ce livre très documenté cherche à démontrer l’historicité de l’État chez les Mossis et à établir les liens entre les formes de pouvoir passées et actuelles.

Avec plus de mille notes de bas de page, 13 pages de bibliographie, des entretiens, l’auteur nous plonge dans l’histoire du Burkina Faso, ses us et coutumes, ses traditions, ses rites, la théâtralisation du pouvoir, pour expliquer comment tout concourt pour faire des Mossis des hommes de pouvoir.

On découvre la mise en scène du pouvoir, des cérémonies comme celle du « soleil qui se lève dans toute sa splendeur », les conditions de l’annonce de la mort du souverain, de l’enterrement… tout est organisé pour magnifier le pouvoir.

La convoitise des empires coloniaux

Au commencement, il y a le couple formé de la princesse Yenenga et du chasseur d’éléphants Riaré, ainsi que de leur fils Naaba Wedraogo, considéré comme le premier souverain du Moogo. Avec leurs descendants, ils vont forger l’identité commune des Mossis.

Au fil des 323 pages du livre, nous apprenons : l’organisation de la cour royale ; l’apport de chaque souverain ; le rôle des serviteurs et hauts dignitaires ; la structuration du pouvoir ; les troubles dynastiques ; l’émergence de l’État royal ; le lien avec le Naam ou le Wennaam, le pouvoir de source divine ; la construction de la légitimité du chef, le Tampuuré ; la fixation de la capitale à Ouagadougou ; les cérémonies Basga et Tensé ; la coutume ou Tenkudenté… tout est décrypté avec nos grilles modernes d’analyse.

Au commencement, il y a le couple formé de la princesse Yenenga et du chasseur d’éléphants Riaré, ainsi que de leur fils Naaba Wedraogo, considéré comme le premier souverain du Moogo. Avec leurs descendants, ils vont forger l’identité commune des Mossis.

Vient ensuite le temps de la confrontation avec les empires coloniaux. On apprend ainsi la tentative de l’Allemand Barth en 1853, puis celle, 13 ans plus tard, de son compatriote, le docteur Krause.

Ensuite le tour, à partir des années 1880, des missions d’exploration conduites par les Allemands, les Britanniques ou les Français.

Défilent toutes les figures emblématiques françaises comme Archinard, le capitaine Binger, Borgnis-Desbordes, le général Brière de l’Isle, Faidherbe, Gallieni…

les différentes tentatives françaises pour conquérir les boucles du Niger soit à partir du Sénégal, soit à partir du Sud Soudan, l’actuel Niger ; les rivalités entre Britanniques et Français pour conquérir les zones sahéliennes dans la même recherche de continuité territoriale ; le rôle des intermédiaires- interprètes musulmans ; le tournant de 1895 ; la colonne Voulet-Chanoine.

Au détour des développements, on découvre que la dynastie des Wattara a régné sur un empire théocratique à cheval sur le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire. Après la conquête, s’ouvre la période de l’installation de l’administration coloniale et de l’apprivoisement réciproque avec la noblesse Mossi.

La période charnière 1900-1918 permet de comprendre les conditions de réalisation de l’hybridation des formes africaine et européenne du pouvoir, au point que l’administration territoriale est harmonisée avec la chaîne de commandement mossi. La réforme de 1904 est présentée dans toutes ses dimensions, y compris sa déclinaison fiscale.

Bien sûr, la colonisation rencontre des oppositions comme celle de 1907 dénommée « le 1789 des Mossis », en grande partie suscitée par les maladresses du commandant du cercle Carrier.

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Written by Le Magazine de L'Afrique

Présent dans tout le continent, ce magazine traite de sujets qui sont au coeur de l’actualité africaine. Avec des articles de fond, des commentaires, des débats et des analyses, il présente un point de vue africain sur des sujets politiques, économiques, historiques, culturels etc ...

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