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Africa 2016 : le renouveau

Le renouveau des relations franco-africaines – Le Forum Africa 2016 a permis de souligner le retard commercial accumulé par la France en Afrique. Une occasion pour nouer d’importants contacts, qui restent à matérialiser.

Par Marie-France Réveillard

Le Forum Africa 2016, tenu en septembre à Paris, au sein du Conseil économique, social et environnemental, à l’initiative d’Africa France présidée par Lionel Zinsou, a redynamisé les relations franco-africaines.

Pendant deux jours, 2 347 visiteurs, 800 entreprises et plus de 30 pays étaient représentés pour honorer les 3 000 rendez-vous organisés au Palais d’Iéna. En préambule, Lionel Zinsou avait déclaré : « Plutôt que la politique, concentrons-nous sur les liens entre entreprises françaises et africaines».

À quelques semaines du 27e Sommet Afrique-France de Bamako, comment la France compte-t-elle rattraper son retard en Afrique ? Ce retard accumulé depuis 20 ans est le résultat d’une combinaison de facteurs, comme la fébrilité française face à la crainte d’un reproche de néocolonialisme ou la fin de la bipolarisation du monde qui a redessiné les contours de l’échiquier géopolitique, conduisant les puissances occidentales à s’affronter sur l’échelle d’une économie mondialisée.

Le multilatéralisme a surtout profité aux nouveaux acteurs comme les Indiens, les Anglais et les Américains dans ce qui jadis, représentait un « pré carré » français. Les années 1990 ont vu s’imposer les États-Unis, ainsi que la Chine dont la part de marché est passée de 2 % en 1990 à plus de 16 % en 2011, tandis que le Brésil, l’Inde ou la Russie, ont intensifié leur présence.

En cherchant à se défaire d’un passé colonial « qui ne passe pas », la France s’est éloignée du continent au moment où il empruntait le chemin d’une forte croissance. Entre 2000 et 2015, la part de marché des Français est passée de 10 % à 4 %, c’est pourquoi Français et Africains ont récemment multiplié les initiatives.

Les temps changent et le saut générationnel est visible, lors de ce Forum. Lequel pose les bases d’une nouvelle relation franco-africaine reposant sur une approche plus pragmatique.

Un Forum « B to B » ?

Sur le fond, Africa 2016 a fait apparaître un schéma éloigné des traditionnelles relations franco-africaines. La priorité a été donnée aux échanges commerciaux et au développement de partenariats économiques et financiers.

Sur la forme, les ateliers et les rendez-vous commerciaux se sont multipliés pendant 48 heures, en parallèle aux conférences thématiques. L’idée-force reposait sur la recherche de « résultats ». Plus de la moitié des entreprises du CAC 40 étaient représentées.

Les conférences thématiques étaient également l’occasion de prendre des contacts, à l’instar des représentants d’Atos ou du Crédit Lyonnais qui proposaient directement leurs services et leurs financements.

Le directeur général de Djibouti Télécom, Mohamed Assoweh, témoigne : « Nous sommes ici car nous cherchons de nouveaux partenaires pour développer nos infrastructures, notamment dans les télécommunications. »

Une Afrique 3.0

Trois secteurs d’activité stratégiques se sont imposés : les TIC, les banques et assurances, et la construction. Avec un essor numérique sans précédent, notamment au Kenya ou à Djibouti, l’industrie des TIC représente un levier de développement considérable.

Africa 2016, en organisant plusieurs ateliers, a confirmé que le secteur numérique s’imposait peu à peu comme une nouvelle plateforme stratégique d’échanges franco-africains. La jeune Fatoumata Ba, de Juma – une plateforme d’achats subsaharienne qui emploie plusieurs milliers de personnes dans toute la sous-région – a particulièrement séduit l’assistance lors de la cérémonie de clôture.

La France parie sur l’innovation pour rattraper son retard sur la Chine. Cette dernière est devenue le principal partenaire commercial de l’Afrique en 2009, passant de 10 milliards $ d’échanges commerciaux, à plus de 200 milliards $.

On regrettera toutefois, lors du Forum, la présence trop discrète des pays anglophones, comme le Kenya, pourtant un « hub » numérique mondial grâce au système M-Pesa. Les débats ont fait ressortir la nécessité de développer le marché financier en Afrique.

Les institutions de Private Equity, les banques, les Hedge Funds et autres institutions financières, ont été largement représentées. En Afrique, on privilégie désormais les opérations sur du long terme et les assurances-vie. La titrisation des créances en infrastructures et celles du portefeuille des banques de développement a été soulignée, grâce à la présence des principaux bailleurs de fonds publics.

L’ancien ministre Hubert Védrine a repris les termes du rapport de 2013 qu’il avait dirigé : « La force des entreprises des pays émergents (Chine, Inde, Turquie) réside dans leur capacité à offrir des financements attractifs, pour des montants unitaires de 1 milliard de dollars ou plus. » Les banques sont appelées à s’ouvrir davantage au marché africain.

Africa 2016 a démontré, par la présence des banques, des télécoms et des industries du bâtiment, la volonté renouvelée des entreprises françaises à s’engager dans des projets pérennes. Raison pour laquelle la bancarisation et le financement de projets ont fait l’objet de vifs débats pendant ces deux jours de rencontres.

Les grands défis des relations franco-africaines

L’Afrique subsaharienne pourrait devenir un nouvel eldorado, générateur d’emplois dans l’Hexagone, à condition que la confiance revienne. D’autre part, les éventuels partenaires anglophones étaient peu représentés lors du Forum, reflet d’une réalité de terrain : Africa 2016 a soulevé la question d’une intensification de la présence française dans la zone anglophone.

In fine, parmi les débats les plus vifs, la politique migratoire de l’Hexagone a été dénoncée tout comme le « cadenassage » des visas. À l’heure où le continent envisage la création d’un passeport panafricain et où les États-Unis et la Chine favorisent les conditions d’entrée des Africains sur leur territoire respectif, la restriction des visas en France est devenue l’un des principaux facteurs bloquants au développement des échanges. La circulation ne doit plus seulement concerner les marchandises et les biens, mais elle doit favoriser la circulation des personnes, sous peine de décrochage…

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Written by African Business

Fort de son succès, ce magazine est une référence pour les femmes et les hommes d’affaires en Afrique. Il permet aux décideurs d’avoir une approche concrète du marché et de saisir de nombreuses opportunités à travers le continent africain. African Business est respecté et reconnu pour son intégrité éditoriale et sa contribution au développement de l’Afrique. Tous les secteurs de l’économie sont couverts par des journalistes renommés. Les numéros annuels sur les “200 Premières banques” et les ‘‘250 Premières entreprises’’ sont devenus de réels outils de travail et des indicateurs du climat des affaires en Afrique. Chaque année, les Trophées d’African Business récompensent la réussite des entrepreneurs et des les entreprises les plus performantes du continent.

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