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African Banker

100 premières banques d’Afrique 2016

Le classement annuel 2016 de African Banker des 100 premières banques d’Afrique se caractérise par un déclin sensible des fonds propres des plus grandes banques du continent.

La valeur totale des 100 premières banques dans notre palmarès atteint 93,1 milliards de dollars, contre 99,4 milliards $ l’an dernier – un chiffre déjà en baisse par rapport à celui de 2014. Cette tendance résulte essentiellement des dévaluations dans de nombreux pays africains. Malgré ce tableau en apparence teinté de gris ou de noir, des changements positifs sont à noter.

Dossier réalisé par Neil Ford

En dépit d’un recul de 6,3 % de la valeur de notre panel de banques africaines cette année, plusieurs évolutions positives se dégagent. En particulier, les banques d’Afrique de l’Est poursuivent leur croissance.

Nous classons les banques par fonds propres de catégorie 1, qui donnent une idée plus précise de leur solidité que les autres indicateurs. Le nombre de banques africaines dont les fonds propres de catégorie 1 dépassent 1 milliard $ est passé de 23 à 22 depuis l’an dernier.

Néanmoins, les plus grands établissements bancaires du continent n’ont pas renoncé et il semble probable qu’ils agiront dès que les conditions seront plus favorables, attirés par l’immense potentiel que repré­sentent les marchés bancaires moins développés d’Afrique.

Nous nous sommes fondés sur les résultats les plus récents publiés par les banques, le plus souvent ceux de l’exercice clos fin décembre 2015. Tout naturellement, compte tenu du déclin de la valeur totale des 100 premières banques, le seuil d’entrée dans notre classement est plus faible. Il a fallu 177 millions $ de fonds propres à l’algérienne Arab Banking Corporation pour se positionner au 100e rang l’an dernier, tandis qu’une autre banque algérienne, la Housing Bank for Trade & Finance, s’est hissée dans notre tableau 2016 avec seulement 159 millions $.

Standard Bank, avec 14,8 milliards $, demeure la première banque d’Afrique. Sa division sud-africaine à elle seule enregistre des fonds propres supérieurs à 5 milliards $ – plus que toute autre banque d’Afrique.

La part du résultat de Standard Bank généré ailleurs en Afrique continue de croître d’année en année : à 29 % au 1er semestre 2015, elle représente aujourd’hui 31 % de son résultat total. La société a prévenu des répercussions de l’incertitude économique : « Les pays d’Afrique subsaha­rienne qui dépendent de leurs exportations de pétrole et de matières premières continuent d’accuser les effets de la chute des prix provoquée par l’offre excédentaire et le déclin de la demande chinoise. Le rythme des réformes structu­relles, nécessaires pour promouvoir la diversification et la croissance économique, est lent. En outre, la sécheresse prolongée et étendue due au réchauffement climatique a porté préjudice à beaucoup de pays. »

Toutefois, Standard Bank ne s’est pas montrée si pessimiste quant à la situation en Afrique du Sud, même si « les difficultés du secteur minier et agricole associées au faible coût des matières premières et à la sécheresse persis­tante, ont encore nui à l’économie cette année. La dégra­dation macroéconomique, bien que marquée et prolongée, a été plus graduelle que celle que l’on a connue lors de la crise 2008-2009, ce qui a permis aux entreprises de mieux s’adapter».

FirstRand, qui se maintient au deuxième rang de notre tableau, avec des fonds propres de 4,9 milliards $, est en quête de nouveaux marchés. Elle a annoncé qu’elle avait alloué 7,5 milliards de rands (537 millions $) à l’acquisi­tion de banques d’affaires et commerciales au Nigeria et au Kenya, mais le PDG Johan Burger a fait savoir que la société n’avait pas encore trouvé de candidate. FirstRand compte également étendre ses activités d’assurance pour les particuliers, notamment par le biais de FirstRand Life et sa participation dans MotoVantage.

En outre, la banque de financement et d’investisse­ment de FirstRand, Rand Merchant Bank (RMB), est la banque d’investissement la plus importante d’Afrique, selon une étude réalisée par Thomson Reuters ; elle repré­sente 38,7 millions $ sur les 305,9 millions $ d’honoraires générés les neuf premiers mois de l’année 2015, en partie au moyen de sa coopération avec Morgan Stanley. RMB a été élue Banque d’investissement de l’année aux Trophées African Banker 2016.

Banques marocaines

L’an dernier, la banque marocaine Attijariwafa avait enfin mis fin à la suprématie des quatre géants sud-afri­cains en tête du classement en s’octroyant la troisième place. Elle conserve ce rang cette année et est suivie d’une autre banque marocaine, Banque Centrale Populaire, reléguant Nedbank et Absa aux cinquième et sixième rangs.

Attijariwafa bank, qui appartient en partie à la famille royale marocaine, a enregistré au 1er semestre 2016 une augmentation de 7,9 % de son résultat, qui se chiffre à 2,49 milliards de dirhams (260 millions $) – un peu plus que les prévisions.

Attijariwafa bank attribue cette augmentation à son expansion sur d’autres marchés africains et à la diminution des coûts associés aux prêts irrécouvrables accordés à des particuliers.

Elle possède aujourd’hui 3 376 agences dans 23 pays, y compris au Cameroun, au Congo Brazzaville, au Gabon, en Côte d’Ivoire, au Mali, en Mauritanie, au Sénégal et en Tunisie. Elle vient de racheter la filiale de Barclays Bank en Égypte, un marché en pleine expansion.

L’avenir d’Absa, filiale de Barclays Africa, demeure incertain. La société mère Barclays Plc a vendu une partie de sa participation dans Barclays Africa début mai, afin d’obtenir des liquidités et rembourser ses dettes ; elle détient à présent 50,1 % de la société. Une autre vente ferait d’elle un actionnaire minoritaire.

Toutefois, Absa et Barclays, ont depuis révélé qu’elles avaient engagé des discussions pour éventuellement créer ensemble une banque d’investissement. D’autre part, vu son statut de banque panafricaine de la nouvelle génération, Barclays Africa est bien placée pour tirer profit de l’essor du secteur de la banque de détail africaine. Elle prévoit d’étendre ses activités destinées aux PME, au cours des prochaines années.

La présidente de Barclays Africa, Wendy Lucas-Bull, précise : « Pour la banque de financement et d’investisse­ment, les synergies nous ont donné un avantage important. Nous étudions les enjeux un par un, et réfléchissons aux possibilités, telles qu’une joint-venture. Nous continuons de travailler avec la maison mère sur diverses options. Nous collaborons également avec la Banque centrale sud-africaine et les organismes de réglementation à travers le continent, mais nous ne perdons pas de vue la mise en oeuvre de notre stratégie. »

Compte tenu de la taille de l’industrie des services financiers en Afrique du Sud, il paraît surprenant de voir que seules six banques de ce pays figurent dans notre Top 100. Cela reflète la concentration du secteur bancaire dans le pays.

D’autre part, les banques sud-africaines risquent fort de continuer à vouloir s’étendre ailleurs en Afrique pour compenser les possibilités d’expansion limitées sur leur marché, surtout en période de ralentissement écono­mique.

Malgré les difficultés économiques qu’il connaît, le Nigeria compte six banques parmi les 20 premières places, plus que tout autre pays. Avec la notable exception de la panafricaine Ecobank International, dont le siège social se trouve au Togo, le Nigeria est le seul pays hors de l’Afrique du Sud et des pays d’Afrique du Nord à figurer dans le Top 20.

Répartition géographique

La répartition géographique des 100 premières banques d’Afrique a évolué depuis l’an dernier. Le nombre de banques nord-africaines augmente à nouveau. Au nombre de 39 en 2015, elles sont à présent 43 dans le palmarès 2016. L’Afrique australe, avec 24 établisse­ments, compte trois banques de moins au classement. L’Afrique de l’Ouest et centrale perd aussi trois entrées.

On remarque, néanmoins, la progression de l’Afrique de l’Est. La région a longtemps été sous-représentée par rapport à la taille de sa population mais, depuis 2013, deux nouvelles banques entrent au classement chaque année. Aujourd’hui, 16 banques y figurent.

La croissance économique a certainement mieux résisté en Afrique de l’Est qu’ailleurs sur le continent ces dernières années, cette région étant moins dépendante des exportations de pétrole, de gaz et de minerais que les autres.

La valeur totale des banques est-africaines dans notre tableau est passée de 4,1 milliards $ à 4,7 milliards $ cette année. C’est le Kenya qui domine dans cette région. Doté d’un secteur des services financiers sophistiqué, il compte aujourd’hui dix banques dans notre Top 100. Seuls le Nigeria et l’Égypte font mieux.

La montée de l’Afrique de l’Est isole encore davantage l’Afrique centrale. Compte tenu de sa population, la région pourrait faire l’objet d’un classement distinct, mais, avec une seule banque au palma­rès, la gabonaise BGFI Bank, nous l’incluons avec l’Afrique de l’Ouest.

L’Afrique du Nord et l’Afrique australe sont les mieux représentées dans notre tableau. L’Afrique australe dominait l’an dernier avec un total de fonds propres de 38,7 milliards $ dans notre Top 100, contre 36,4 milliards $ pour l’Afrique du Nord.

Bien que l’Afrique du Nord affiche aujourd’hui un total de seulement 33,3 milliards $, elle est toujours au coude-à-coude avec l’Afrique australe, à 36,2 milliards $. L’Afrique de l’Ouest s’est bien maintenue. Ses fonds propres, à 18,8 milliards $ cette année, n’ont perdu que 600 millions $ depuis l’an dernier.

L’un des thèmes récurrents dans notre analyse depuis une dizaine d’années est celui des investissements trans­frontaliers, réalisés surtout par des banques sud-africaines, marocaines, nigérianes et kényanes, en quête d’une expan­sion panafricaine.

Bien que certains doutent de la sagesse de cette stratégie, il est évident que l’implantation des banques marocaines au Sahel ou des banques kényanes dans la région des Grands lacs renforce le secteur bancaire de ces régions sous-bancarisées. Standard Bank a d’ailleurs vendu un grand nombre de ses actifs non africains afin de financer son expansion sur le continent. Stanbic prévoit de s’installer dans les autres pays de la région francophone depuis ses bureaux en Côte d’Ivoire.

Augmenter les réserves de devises

Le rythme de ces investissements transfrontaliers s’est ralenti depuis deux ans, les banques se montrant plus prudentes à la fois dans les pays voisins et dans leur propre pays, en raison des perspectives économiques moins optimistes.

Néanmoins, les plus grands établissements bancaires du continent n’ont pas renoncé et il semble probable qu’ils agiront dès que les conditions seront plus favorables, attirés par l’immense potentiel que repré­sentent les marchés bancaires moins développés d’Afrique.

De nombreuses banques africaines ont souffert de la fluctuation des devises au cours des 18 derniers mois. Bien que leurs revenus et réserves aient augmenté dans leur monnaie nationale, leurs résultats se sont détériorés une fois exprimés en dollars.

En février, les trois banques d’État égyptiennes, Banque Misr, Banque du Caire et National Bank of Egypt, ont commencé à proposer aux Égyptiens vivant à l’étranger des certificats de dépôts libellés en dollars offrant des rendements élevés, de l’ordre de 15 %. Ces trois banques espèrent ainsi accroître leurs réserves de devises étrangères. En outre, la Banque Misr négocie actuellement avec une banque étrangère pour obtenir un prêt syndiqué de 300 millions d’euros, dans le but d’aug­menter ses réserves de devises.

Les banques sud-africaines ont également dû faire face à des réglementations plus strictes et des coûts de personnel supérieurs. Johannes Grosskopf, leader de l’industrie des services financiers pour PwC Africa, explique : « Les coûts de personnel vont continuer d’augmenter, car les banques doivent employer des experts pour moderniser leurs systèmes informatiques afin de se conformer aux normes réglementaires plus élevées. Les coûts de développement pèsent sur les dépenses d’exploitation mais ils permettront de réaliser davantage de bénéfices à l’avenir. » Malgré cela, les banques africaines sont parvenues à enregistrer une augmentation de leur résultat d’exploitation de 13,3 % au 1er semestre 2016.

De son côté, Ecobank considère que les banques ghanéennes enregistreront le rendement sur capitaux propres le plus élevé d’Afrique. Ecobank est présente dans 36 pays d’Afrique, plus que toute autre banque. Au Kenya, le gouvernement a plafonné les taux d’intérêt des banques à 4,5 %, au-dessus du taux de la Banque centrale.

La suite dans African Banker N°29 | Novembre 2016 – Janvier 2017 • A partir de la page 28… African Banker : France et zone Euro 8€ • Zone CFA 5 000 F.CFA • Algérie 600 DA • Tunisie 7 000 TD • Maroc 60 Dh • États-Unis $9,95 • Maurice 300 MR • Royaume-Uni £5,50 • Suisse 15 FS

George Bodo, le directeur de la Recherche de Ecobank, estime que les actionnaires des banques kényanes verront leur rende­ment par action diminuer de moitié au cours du prochain exercice financier suite à cette mesure : « Le plafond n’aura pas beaucoup d’effet au 4e trimestre mais nous commencerons à constater un changement au 2e trimestre l’an prochain et aux résultats annuels avant que les banques aient pu faire des ajustements.»

Les taux d’intérêt au Kenya étaient sans doute trop élevés, mais le pays possède l’un des secteurs bancaires les plus compétitifs du continent. Il sera intéressant de voir quelles répercussions aura la nouvelle réglementation. Les banques devront peut-être sélectionner les emprunteurs plus prudemment afin de réduire la fréquence des dettes irrécouvrables.

La suite dans African Banker N°29 | Novembre 2016 – Janvier 2017 • A partir de la page 28…

African Banker : France et zone Euro 8€ • Zone CFA 5 000 F.CFA • Algérie 600 DA • Tunisie 7 000 TD • Maroc 60 Dh • États-Unis $9,95 • Maurice 300 MR • Royaume-Uni £5,50 • Suisse 15 FS

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